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Le blog de JL Benoît

  • Au revoir Jean d'Ormesson

    Voici la copie de la lettre que Jean d’Ormesson m’avait expédiée le 11 juin 2006 en réponse au courrier dans lequel je lui parlais d’un de mes ouvrages.
    Mercredi dernier à 11h46 (smartphone faisant foi) il m’a appelé et nous avons parlé quelques minutes de mon Dictionnaire Tocqueville, de Tocqueville et de l’Académie où il allait moins souvent parce qu’il était fatigué, mais il s’y rendrait très bientôt. Nous avons parlé des tocquevilliens et de l’Académie, il a cité le nom de Giscard et, quand je lui ai donné le nomme Fumaroli (qui faisait un éloge ému de matin de son ami), il m’a dit : « Nous mangeons ensemble demain midi ».

    Il n’évoquait donc pas la perspective d’une mort si rapprochée.

    Jean d’Ormesson était avant tout un homme libre. Il en existe si peu, une clarté, une élégance, un style, pas celui de Chateaubriand qui était pourtant son modèle mais qu’il n’essayait pas de copier.

    Jean d’Ormesson c’était aussi un style, un style différent et personnel, et « le style c’est l’homme »

    Au revoir Jean d’Ormesson, vous que j’ai entendu dire un jour que vous étiez au fond un agnostique marqué par son catholicisme hérité de sa vie et de sa famille, agnostique, comme Tocqueville. Comme lui, vous ne saviez pas ce qu’il y a derrière le rideau, ni même il y a quelque chose ou quelqu’un, vous le savez peut-être maintenant.

    Au revoir

    Jean-Louis Benoît

  • Au revoir Jean d'Ormesson

    J'ai appris ce matin la mort de Jean d'Ormesson. Je pense à lui pour de multiples raisons que je préciserai bientôt. Mercredi dernier dernier, 29 novembre à 11h46 mon téléphone sonne, surprise c'était lui. Il m'appelait à la suite d'un courrier que je lui avais expédié à l'Académie le 24. Il m'a dit : "Vous savez, je suis bien fatigué". Puis nous avons parlé, quelques petites minutes, de Tocqueville à propos duquel je lui avais déjà écrit voici plusieurs années, il m'avait alors répondu par lettre. Lors de notre conversation il a cité le nom de Giscard comme l'un des académiciens connaissant Tocqueville. Je lui ai dit : "il y en a d'autres, Fumaroli par exemple" et il m'a répondu : " Je le vois demain midi, nous mangeons ensemble".
    Ce jour là il était fatigué, il savait qu'il arrivait au terme de sa vie mais il ne pensait pas sa mort si proche car il comptait se rendre encore prochainement à l'Académie.

  • Réponse au dernier livre de Michel Onfray et à la quintessence du condensé de F.O. Giesbert dans Le Point du 17 novembre 2017.

    Le 15 août 1834, Tocqueville rejoint son ami Beaumont au château de Gallerande. Ils sont en train d’achever leurs deux ouvrages. Le propos de celui de Beaumont est la dénonciation de l’esclavage mais aussi du génocide des Indiens : Marie ou de l’esclavage aux Etats-Unis. D’un commun accord les deux amis avaient décidé que Tocqueville traiterait des institutions américaines, mais au début 1834 des émeutes raciales tournées contre les Noirs ont éclaté à New York. Situation très grave; Beaumont consacrera un chapitre à ces massacres : « L’émeute » et Tocqueville rédige un nouveau chapitre, le dernier de la première Démocratie à L’avenir des trois races, qui représente ¼ de la totalité du livre, à la dénonciation du génocide des Indiens, de l’esclavage et de la situation faite aux Indiens et aux Noirs.

    Tocqueville et Beaumont avaient bien pris conscience de la nature exacte du crime contre l’humanité qui se déroulait et la publication du livre de Beaumont et l’inclusion, dans celui de Tocqueville, du chapitre X, répondaient au besoin de témoigner, de dénoncer la double atteinte au droit naturel et aux droits des individus et des peuples, véritable déni de démocratie au sein même de la grande démocratie moderne ; et, pour Tocqueville, il était devenu capital d’établir qu’il n’était pas passé à côté de l’existence de cette antinomie démocratique.

    C’est là le thème de ma communication au symposium organisé par Liberty Fund à Compostelle en 2008, publiée dans l’édition de Tocqueville’s Voyage, réalisée par Christine Dunn Henderson pour Liberty Fund  

    Tocqueville, Indiens,génocide, esclavage, noirs,

    dont on peut lire la version française sur :

    http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoit_jean_louis/reflexions_tocquevilliennes/reflexions.html

     

    L’inversion de la perspective et le changement total de point de vue sur le sort réservé aux Indiens

    Le dernier chapitre de La démocratie est d’autant plus remarquable qu’en ce qui concerne la question des Indiens, Tocqueville inverse la perspective du premier chapitre de l’ouvrage concernant les conditions faites aux Indiens et leur destinée. Là, après avoir souligné les vertus des Indiens, il se plaçait dans une perspective historique admettant que si les Indiens étaient certes les premiers occupants du pays, ils n’en étaient pas pour autant vraiment les propriétaires, se ralliant, en vertu de la force des lois du développement historique, au point de vue des citoyens américains pour lesquels les Indiens n’avaient été jusqu’alors que les usufruitiers temporaires du sol, « en attendant ».

    Dans le chapitre X, au contraire, il dénonce avec vigueur le génocide qui est décidé et que Jackson, le premier grand génocidaire moderne, est bien décidé à mener le crime à son terme.

     

    Il faut donc en finir avec les élucubrations aberrantes et malhonnêtes.

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  • État social démocratique, démocratie, despotismes et démocratures

    • Un mouvement irrésistible (nous) entraîne chaque jour, et (nous)marchons en aveugles, peut-être vers le despotisme, peut-être vers la république, mais à coup sûr vers un état social démocratique ?(A., I, 2, ch.5)

     

    Introduction

    Tocqueville analyste de la démocratie moderne : une pensée pour aujourd’hui (les pathologies de la démocratie actuelle).

    Tocqueville annonce le surgissement inéluctable de la démocratie : États-Unis, États de droit de l’Europe occidentale ; une seule alternative désormais : démocratie ou despotisme sachant que le despotisme n’est pas antinomique avec la démocratie, il en est l’un des avatars, l’une des voies de sortie.

    « la démocratie coule à pleins bords »

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  • À propos de "Tocqueville et les Apaches".

    Réponse à Michel Onfray

    Mise au point sur Tocqueville les Indiens et les Noirs, l’Algérie et 1848

    Pendant le week-end du 14-15 janvier 2017 a eu lieu à Caen l’inauguration de la médiathèque Tocqueville.

    Le maire de Caen avait décidé de donner le nom de Tocqueville à cette nouvelle médiathèque et j’avais tenu à le féliciter de cette décision en lui envoyant un petit courrier. Il a décidé de centrer les événements qui marqueraient ces deux jours autour de Michel Onfray qui échangeait le dimanche matin avec Brigitte Krulic sur : « Alexis de Tocqueville historien et philosophe » et devait donner l’après-midi une « Leçon » au Conservatoire de Caen, retransmise en direct dans le forum de la bibliothèque Alexis de Tocqueville : « Alexis de Tocqueville, la passion de la liberté ».

    Pendant ces deux jours on remettait gracieusement aux centaines de visiteurs un petit ouvrage : « Michel Onfray La passion de la liberté, Tocqueville contre le despotisme démocratique[1]. »

    Le calendrier des manifestations avait été arrêté avec Michel Onfray et des invitations avaient été lancées aux personnalités mais j’appris huit jours auparavant que la « Leçon » était reportée à une date ultérieure, sans autre précision sur la raison de ce report.

    Joël Bruneau, maire de Caen, avait fait appel à Michel Onfray pour des raisons médiatiques. Je l’avais entendu précédemment à deux ou trois reprises évoquer Tocqueville de façon critique en utilisant les arguments habituels de la doxa des anti-tocquevilliens qui correspondaient assez bien à ses orientations politico-idéologiques, même si elles sont mouvantes et difficiles à cerner.

    Dans la préface de son dernier livre il écrit :

    « Longtemps je n'avais lu de Tocqueville que son Ancien régime et la Révolution française[2].(…) Je n'y avais pas compris grand-chose tant cet ouvrage exige en amont des connaissances sur la Révolution française. »

    Et il précise :

    « Quand Joël Bruneau, le maire de Caen, m'a sollicité pour le discours inaugural de la médiathèque, qui venait de prendre son nom. J'ai accepté en me disant que j'aurais ainsi l'occasion de revenir à un auteur que je n'avais lu que partiellement. »

    Dans son premier livre, Michel Onfray a puisé un très grand nombre d’éléments dans ma biographie[3] sans jamais signaler ses sources, sauf une fois, à la fin du livre :

    « Jean-Louis Benoît a écrit dans son incontournable Tocqueville, un destin paradoxal : ‘C’est à ce moment précis de sa vie que Tocqueville envisage le programme le plus social, le plus marqué à gauche, de toute sa carrière, qui est également le programme le plus avancé de toute la gauche réformiste sous la Monarchie de Juillet.’ »

    Et il fait de cet emprunt, Tocqueville homme de gauche, le leitmotiv de son livre ; d’aucuns parleraient de plagiat, et cependant, je préfère préciser qu’il s’agissait chez moi de présenter ces idées de Tocqueville dans leur contexte historique, celui de la gauche réformiste, ni socialisante ni communisante, de la Monarchie de Juillet. Pagnerre, homme de gauche et républicain qui fut reçu au château de Tocqueville et qui réalisa en 1848, la treizième édition de De la démocratie en Amérique, avait effectivement considéré qu’il pouvait inclure Tocqueville dans les députés de gauche de la Monarchie de Juillet, mais un homme de gauche atypique, tant il était marqué par ses origines, mais qui était pour la réforme, l’abaissement du cens menant à terme au suffrage universel et qui, bien qu’anglophile, voulait que la France tienne tête à l’Angleterre toujours soucieuse de nous tailler des croupières. Tels étaient les marqueurs retenus par Pagnerre ; le dernier notamment est l’une des raisons pour lesquelles il entendait que la France se maintienne en Algérie.

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  • État social démocratique, démocratie, despotismes et démocratures

    Ouest-France  16 octobre 2017  e m'inscris !

    « Pourquoi il faut lire les écrits de Tocqueville »

     

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  • Dictionnaire Tocqueville

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  • Rocard et Velazquez

    Michel Rocard vient de mourir ; comment ne pas se retourner sur 50 ans de la vie politique que nous avons connue, vécue, subie et dont nous portons la responsabilité et les stigmates.

    Après la disparition de de Gaulle, trahi par les siens (poignardé même dans le discours de Rome « Tu quoque mi fili !), débarqué au moment où il entendait engager les réformes les plus importantes, après le renvoi de Chaban, congédié comme un valet, pour les mêmes raisons, il ne restait en France qu’un homme politique de première importance, Michel Rocard qui vient de nous quitter après avoir jugé l’état de la gauche actuelle  - mais il y a belle lurette que l’électroencéphalogramme du parti socialiste est plat : la SFIO, Mollet ; l’erreur de Rocard, après l’expérience du PSU, fut de croire qu’il était possible de lui insuffler une nouvelle vie, de l’engager sur la voie de la vérité et de la vertu citoyenne et politique… avec Mitterrand !!!Rocard, Mitterand, de Gaulle, Chaban, Mollet

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  • La crise agricole - écouter les propos remarquables d'Edgar Pisani

    pisani,agriculture

    L'ensemble de l'entretien est intéressant, les 15 dernières minutes sont absolument remarquables. L'orientation proposée ici, la seule possible pour sauver la situation, n'est malheureusement pas prise en compte par une politique nationale et européenne qui prend le chemin inverse ! Le président de la FNSEA est un agro-industriel ; la solution qu'il propose consiste à poursuivre le développement de structures de très grande dimension qui ne font qu'aggraver le problème. Vous comprendrez pourquoi la politique agricole suivie depuis 20 ans et plus mène à la catastrophe, et pourquoi les choix du « toujours plus » reviennent à prendre une autoroute à l'envers...

    www.franceculture.fr/.../nourrir-la-ville-grand-temoin-edgard-pisani-rediffusion-du-4..

    pisani,agriculture

  • Pas tibulaire?

    Vous avez dit : "Pas tibulaire !"image001.pngimage001.png

    "mais presque..."

    Regardez comme il est souriant! C'est le jumeau de Jean-Pierre Marielle...

     

    Vous reprendrez bien une galette à Pont-Aven !

     

     

  • La nef des fous

    Quand j'entends le buzz médiatique de tous ceux qui - de droite et de gauche, du fond de leur néant - se bousculent et qui hurlent parce qu'ils voudraient bien exister, ne serait-ce qu'un tout petit peu, parce qu'ils ne sont rien! Du vide intégral, du vent, prêts à tout sacrifier comme Agamemnon, pour avoir des vents!!!nef des fous

    Comme disait l'autre, en rigolant...

    Me revient toujours à l'esprit ce délicieux passage des Souvenirs de Tocqueville : J'entendis à côté de moi des gens du peuple qui disaient entre eux, avec douleur : «Non, non ; ce n'est pas cela que nous voulons. » Beaucoup de républicains sincères étaient désespérés. Je fus abordé, au milieu de ce tumulte, par Trélat, révolutionnaire du genre sentimental et rêveur qui avait conspiré en faveur de la République pendant tout le temps de la monarchie, du reste, médecin de mérite qui dirigeait alors un des principaux hôpitaux de fous de Paris, quoiqu'il fût un peu timbré lui-même. Il me prit les mains avec effusion et, les larmes aux yeux : « Ah ! monsieur, me dit-il, quel malheur et qu'il est étrange de penser que ce sont des fous, des fous véritables qui ont amené ceci ! Je les ai tous pratiqués ou traités. Blanqui est un fou, Barbès est un fou, Sobrier est un fou, Huber surtout est un fou, tous fous, monsieur, qui devraient être à ma Salpêtrière et non ici. » tous fousIl se serait assurément ajouté lui-même à la liste, s'il se fût aussi bien connu qu'il connaissait ses anciens amis. J'ai toujours pensé que dans les révolutions et surtout dans les révolutions démocratiques, les fous, non pas ceux auxquels on donne ce nom par courtoisie, mais les véritables, ont joué un rôle politique très considérable. Ce qu'il y a de certain, du moins, c'est qu'une demi-folie ne messied pas dans ces temps-là et sert même souvent au succès.Capture d’écran 2015-02-18 à 20.58.17.png

    Et vogue le navire, ou, plutôt, la nef des fous!selfi, soi-même, homme politiquegrotesque

  • Chronique d'un séisme annoncé

    Voici la fin de la conférence que j'ai prononcée le 12 octobre dernier au "Cercle de l'union Interalliée" dans le cadre du "Nouveau Dialogue". 

    Copie de Jlidentité1112.jpg
    En 1847, Tocqueville rédige deux ébauches destinées à servir de programme soit de gouvernement, soit susceptible d’inspirer l’action d’un gouvernement : De la classe moyenne et du peuple et Fragments pour une politique sociale[1]. Il souligne le décalage considérable existant entre le pays légal et le pays réel. Le pouvoir tout entier est confisqué par les représentants d’une seule classe–caste, économico–financière, dont les différences entre les membres et les partis sont quasi inexistantes : « une seule classe presque homogène dans le sein de laquelle […] il est à peu près impossible de faire naître et subsister de grands partis, c’est–à–dire de grandes associations politiques ayant des intérêts très distincts et voulant des choses très différentes »[2].

    De même aujourd’hui et dans la crise actuelle, les partis de droite et de gauche ont beau s’opposer, il y a moins de différence entre eux qu’il n’y en a entre eux et leur l’électorat. Curieusement, le Sénat semble peut–être parfois plus présentable que la chambre des députés mais ces deux assemblées ne sont guère représentatives du pays réel qui ne se reconnaît pas/plus en elles, ce qui explique, pour partie, les succès de Marine Le Pen.

     

    En guise de perspectives…

    L’un des éléments les plus graves dans la vie politique d’un pays, à plus forte raison d’un pays démocratique c’est la perte de confiance et de crédit du gouvernement, des hommes politiques et de la classe politique toute entière. C’est là le dernier avertissement que Tocqueville adresse à la chambre le 27 janvier 1848. Non seulement le pouvoir s’est enfermé dans l’immobilisme comme dans un bastion mais encore il s’est compromis dans une série d’affaires frauduleuses ou de soutien à des responsables de pratiques douteuses et pour se justifier a, comme c’est d’usage, accordé des promotions et des récompenses aux individus les plus douteux ; il a eu son affaire Cahuzac et bien d’autres encore. Pendant ce temps le pouvoir a totalement oublié les classes populaires que l’opposition va mettre en branle par la Campagne des Banquets, ouvrant par là la boite de Pandore. Tocqueville met en garde ses amis Beaumont et Barrot et les autres : ils vont déchaîner des forces qu’ils ne pourront plus contrôler.

    Il termine ainsi son discours :

    « Messieurs, (…) je vous en supplie ; je me mettrais volontiers à genoux devant vous, tant je crois le danger réel et sérieux, (…) le danger est grand ! Conjurez–le, quand il en est temps encore ; corrigez le mal par des moyens efficaces, non en l’attaquant dans ses symptômes, mais en lui–même. « On a parlé de changements dans la législation. Je suis très porté à croire que ces changements sont non seulement très utiles, mais nécessaires : ainsi, je crois à l’utilité de la réforme électorale, à l’urgence de la réforme parlementaire ; mais, je ne suis pas assez insensé, messieurs, pour ne pas savoir que ce ne sont pas les lois elles–mêmes qui font la destinée des peuples ; non, ce n’est pas le mécanisme des lois qui produit les grands événements, messieurs, c’est l’esprit même du gouvernement. Gardez les lois, si vous voulez ; quoique je pense que vous ayez grand tort de le faire, gardez–les ; gardez même les hommes, si cela vous fait plaisir : je n’y fais, pour mon compte, aucun obstacle ; mais, pour Dieu, changez l’esprit du gouvernement, car, je vous le répète, cet esprit–là vous conduit à l’abîme[3].»aveuglement

    Je crois que tous les éléments que je viens d’énumérer ici, à la suite de Tocqueville, ne sont pas étrangers à la crise d’identité et à la crise existentielle que connaît la France aujourd’hui. C’est aussi une crise morale dont les citoyens sont également les responsables et les victimes. Ils en sont responsables parce que les élus sont leurs élus, au terme d’une procédure démocratique. Mais il y a toujours dans notre façon d’être, politiquement, des marques fortes de notre propension au césarisme et/ou au bonapartisme, comme le souligne Melvin Richter[4].

    Nous vivons la politique comme on joue au jeu de bonneteau. BonneteauLes candidats au pouvoir disent aux citoyens : « Votez pour moi je me charge de tout… ». Les citoyens disent, eux, comme les concitoyens de Tocqueville quand il revient à Valognes au printemps 1851 et mène son dernier combat pour obtenir la révision de la Constitution pour tenter d’éviter le coup d’État : « j’ai voté pour lui, il est là, qu’il s’en débrouille ». Les Bourgeois de Valognes avaient déjà admis le coup d’État avant qu’il ne fût perpétré. Mais quelques mois plus tard, dans une lettre à son neveu, dénonçant le coup d’État et le nouveau régime, il établit les responsabilités de chacun proportionnellement au degré de ses lumières et de son importance.

    Le problème le plus grave aujourd’hui est sans doute la perte du sens civique et donc de la confiance ; c’est là le terme d’un long processus et d’un nombre d’affaires graves, et de toutes sortes, qui ont traversé notre vie politique depuis une quarantaine d’années.

    Terminons par une anecdote : Un soir, en quittant la Sorbonne j’achète Le Monde au kiosque le plus proche. La première page étalait toutes les affaires du moment qu’illustrait un dessin de Plantu. Celui qui me précédait réagit à voix haute : « nous sommes vraiment dans une République bananière !»IMG_0191.JPG

    Et le kiosquier de lui répondre : « il a/ils ont bien raison, si j’étais à leur place, si je pouvais en faire autant… ».

    Quand ce type d’exemple vient d’en haut, le pays est en train de perdre son âme !

    Une République doit se fonder sur la vertu, écrivait Montesquieu ; depuis des décennies le civisme est grandement mis à mal en France et la crise morale, sociale et politique apparaît comme quasiment insoluble ! Peut-on espérer un sursaut ? Question de foi, la toute petite espérance de Péguy, c’est selon, pour chacun.

    [1] - O.C., III, 2, pp. 738-744.

    [2] -Ibid. p. 739.

    [3] Discours prononcé à la Chambre des députés, le 27 janvier 1848, dans la discussion du projet d’Adresse en réponse au discours de la couronne. (Note de l’éditeur.)

    [4] Dictatorship in History and Theory, Cambridge University Press, 2004.

     

  • Tocqueville et la dénonciation du génocide des Indiens aux Etats-Unis

     Dans la rubrique Vient de sortir

    Liberty Fund a édité de très nombreux textes de, sur, ou à propos de Tocqueville, notamment The Making of Tocqueville’s Democracy in America, de James Schleifer, l’un des plus grands spécialistes de ce texte,

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    ainsi que l’édition bilingue de De la démocratie en Amérique (reprise de l’édition Vrin – 1990 – qui est la meilleure existant sur la marché). L’édition Liberty Fund – 4 tomes cartonnés, 3200 pages – est sans équivalent et appelée à faire date et à constituer l’édition de référence pour les chercheurs et spécialistes, pour les décennies à venir.génocide,indiens,esclavage,beaumont,tocqueville,yale,nolla,henderson,chicago,compostelle,liberty fund

    Aujourd’hui, Liberty Fund publie, sous la direction de Christine Henderson Tocqueville’s Voyage, les actes du double de symposium de Saint Jacques de Compostelle (25-28 sept 2008) et de Chicago (8-11 janvier 2009) qui réunissaient les principaux spécialistes du moment, parmi lesquels trois éditeurs (publishers) de De la démocratie en Amérique, en anglais (E.U.) , au premier rang desquels Eduardo Nolla qui a été seize ans chercheurs et enseignant à l’Université Yale.

     Cela a été un grand plaisir pour moi non seulement d’être invité au symposium de Compostelle mais encore d’être invité à faire une communication qui paraît aujourd’hui dans ce volume sous le titre Tocqueville's Reflections on a Democratic Paradox.

    Nous avions à proposer un thème portant sur le voyage américain de Tocqueville établissant un lien avec la suite de son oeuvre et son action politiques. 

    J’ai donc entrepris l’analyse de la double antinomie démocratique que constituait, pour Tocqueville et son ami Beaumont, le fait que cette grande démocratie remarquable s’établisse sur le génocide des Indiens et l’esclavage des Noirs, véritable crimes contre l’humanité (Tocqueville est à ma connaissance, le premier à utiliser cette expression au mot près et stricto sensu).

    L’entreprise relevait un peu du challenge ; certes les étatsuniens reconnaissent les faits, le mot génocide lui-même n’est plus systématiquement rejeté. Mais j’ai tenu à établir faits, textes, chiffres en mains que le terme est tout à fait juste. La population indienne qui représentait de 8 à 12 millions (le chiffre le plus vraisemblable étant de 10-11 millions) à l’arrivée des Européens, s’est trouvé réduit à 200-250000 au plus bas de l’étiage, à la fin du XIXe siècle. Mais le fait le plus important, qui constitue le centre de mon analyse,  était de prouver que ce n’était pas là le fruit d’un accident, d’un enchaînement mécanique de causes involontaires mais un acte politiquement délibéré obéissant au choix de la majorité des citoyens, textes à l’appui, chiffres à l’appui. 

    Tocqueville et Beaumont assistent même à la déportation des Chactas, qui signifie à court terme leur élimination, leur disparition et celle des Indiens des trois autres grandes tribus, dont les Cheyennes.

    Le Film de John Ford Cheyennes ne date que de 1964, ce n’est qu’en 1987 que le Congrès américain a choisi de nommer La piste des larmes  l'itinéraire, de la déportation des Cherokees.Tocqueville, dans le chapitre X de la première Démocratie (1835) comme dans sa correspondance, et Beaumont, dans son roman Marie ou de l’esclavage aux Etats-Unis,  dénoncent vigoureusement cette extermination systématique dont le responsable le plus déterminé est les président Jackson qui n’hésite pas pour cela à passer outre aux décisions du Congrès : ils choisissent de témoigner devant l'Histoire.

    Voici la liste des auteurs des communications qui figurent dans le livre de Christine Henderson : 

    Enrique Aguilar holds a PhD in political science from Pontifica Universidad Católica in Argentina, where he presently is professor of political theory and director of the Ph.D. program in Political Science of the Faculty of Social Sciences of the Universidad Católica Argentina.

     Barbara Allen is Ada M. Harrison Distinguished Teaching Professor of the Social Sciences, professor and former chair of the Department of Political Science, and director of Women’s Studies at Carleton College in Northfield, Minn.

     Jean-Louis Benoît MA in moral and political philosophy from Paris IV Sorbonne, PhD  Université de Caen. He initiated and co-organized the 1990 international colloquium L’actualité de Tocqueville and, in 2005,  the international colloquium honoring the bicentenary of Tocqueville’s birth : Tocqueville entre l’Amérique et l’Europe.

    Aurelian Craiutu is professor of political science at Indiana University–Bloomington.

     Simon J. D. Green is professor of modern history at the University of Leeds and fellow of All Souls College, Oxford.

     Christine Dunn Henderson is senior fellow at Liberty Fund. She managed, edited and introduced the symposium and the publishing of the essays. The book is to be published in October and should be on sale from November 1st.

     Jeremy Jennings is professor of political theory at Queen Mary Uni­versity of London.

     Alan S. Kahan is professor of British civilization at the Université de Versailles/St. Quentin-en-Yvelines.

     Harvey C. Mansfield is the William R. Kenan Jr. Professor of Gov­ernment at Harvard University,

     Reiji Matsumodo graduated from the University of Tokyo, he has been teaching political theory at Waseda University since 1982.

     Eduardo Nolla is professor of political theory at the Universidad San Pablo–CEU, Madrid. He was a visiting scholar at Yale University from 1981 to 1985 and taught there full time from 1986 to 1992.

     Filippo Sabetti is professor of political science at McGill University, Montreal, Quebec,

    James T. Schleifer , professor emeritus of history and former dean of Gill Library at the College of New Rochelle, received his PhD in his­tory from Yale University. Internationally recognized as a Tocqueville scholar, he has taught as a visiting professor at Yale University and at the University of Paris.

     Cheryl B. Welch is senior lecturer and director of undergraduate studies in government at Harvard University.

     Catherine H. Zuckert is Nancy Reeves Dreux Professor of Politi­cal Science at the University of Notre Dame where she also serves as editor-in-chief of the Review of Politics.

    “Tocqueville’s Voyage” September 25-28, 2008 Santiago de Compostela.

     CONFERENCE DIRECTOR Dr. Eduardo Nolla Universidad San Pablo-CEU

     DISCUSSION LEADER Professor David Wotton Department of History York University Heslington, York United Kingdom

     LIBERTY FUND REPRESENTATIVE Dr. Christine Dunn Henderson Liberty Fund, Inc  Indianapolis, IN 46250

  • Puisqu'il est question de religion par les temps qui courent

    D'abord un lien avec un podcast sur France Culture où le remarquable Abdelawab Meddeb m'interrogeait  sur mon livre présentant les textes, notes et analyses de Tocqueville sur le fait religieux, les religions et la société.Capture d’écran 2015-02-23 à 22.08.22.png

    Le livre a été publié en Espagnol sous le titre: Tocqueville sobre las religiones, bien préférable au titre français imposé par l'éditeur: Tocqueville, Notes sur le Cran et autres textes sur les religions...Capture d’écran 2015-02-23 à 22.11.11.png

    Les notes sur la Coran ne représentent que 18% de l'ensemble dont le propos est beaucoup plus vaste et riche d'enseignements qui amènent à la réflexion et plus encore lorsque Meddeb propose une lecture plus vaste et plus ample. Voici le lien:

     

    http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoit_jean_louis/tocqueville_et_islam_entrevue/tocqueville_et_islam.html

     

    Autre élément intéressant cette émission de Gabriel Enthoven à propos de Tocqueville, dans laquelle il aborde la question des rapports de Tocqueville et la religion et la foi. Et sur ce point, et dans les affirmations qui sont les siennes figurent nombre d'erreurs et/ou d'inexactitudes, d'où mon désir, absolument pas polémique, de faire quelques mises au point, non pour contredire l'intervenant mais  pour rétablir des faits que je connais d'autant mieux que j'ai participé à les mettre en valeur... Impossible d'introduire mon texte dans l'espace réservé à cet effet. J'ai donc demandé à un collègue de prendre le relais, même chose.

    Je ne recourrai pas à la théorie du complot dans cette affaire, je remercie simplement le médiateur d'avoir pris en compte mon intervention. Ajoutons - il faut bien sourire - que dans cette même émission Enthoven qui enseigne la philosophie à polytechnique (je crois) a fait part de son indignation parce que certains de ses élèves lui avaient demandé de se justifier, de dire d'où il parlait.

    Cris de pucelle outragée... Savez-vous qu'aux Etats-Unis les enseignants du supérieur sont l'objet d'une évaluation de la part de leurs étudiants.

    Quoi de plus normal ?

    En France les formateurs se gardent bien d'une telle  pratique: je me souviens des stagiaires des instituts de formation des maîtres, chers à Jospin, protestant véhémentement contre la pitance qui leur était servie et qui, s'ils avaient été consultés, auraient mis un zéro pointé aux responsables et principaux acteurs de cette formation au "staff" de l'IUFM.

    Voici ce qu'on peut trouver mis en ligne par le médiateur:

    Impossible de mettre un commentaire au Gai savoir sur Tocqueville

     
    Jean-Louis Benoît
    le 07/01/2015 à 22h10

    J'ai essayé à plus de 20 reprises de metttre un commentaire à l'émission d'Enthoven , Le gai Savoir, sur Tocqueville, un de mes amis a fait de même sans succès. C'est anormal.JLB

    En voici le texte:

    Il est toujours intéressant d’écouter une émission consacrée à Tocqueville, elles ne sont pas si nombreuses et Raphaël Enthoven est celui qui a fait le plus en la matière. Dans chacune il prend soin de préciser que Tocqueville n’était pas cartésien bien qu’il connût les textes de l’auteur du Discours de la Méthode auquel il fait allusion dans la seconde Démocratie par le biais du pragmatisme cartésien des Américains.

    Le fait est tellement avéré, la problématique de l’un et celle de l’autre étant effectivement irréductibles, la rupture des Lumières et de la Révolution et le surgissement démocratique faisant apparaître deux visions du monde si étrangères l’une à l’autre que le rappel de l’hétérogénéité des deux approches philosophiques est sans doute superflu.

    Enthoven est bien inspiré de souligner la relation étroite liant le milieu familial de Tocqueville sa vie et sa pensée ; et il faudrait ajouter à son action, pensée et action étant chez lui inséparables. Itinéraire platonicien de la sphère des idées  au monde sublunaire, de l’analyse du surgissement inéluctable de la démocratie au combat politique pour l’instauration d’une République équilibrée. Tout ceci  a fait de sa vie, on le verra bientôt dans un livre à paraître en février prochain, un véritable roman.

    Dans son émission, Raphaël Enthoven prend appui, à juste titre, sur des données biographiques mais il devrait veiller à plus d’exactitude.

    Contrairement à ce qu’il affirme, Hervé de Tocqueville, père d’Alexis, n’a pu voter l’abolition des privilèges… Il eût fallu qu’il appartînt au corps des représentants de la noblesse le 4 août 1789 ; ce n’est pas le cas, il n’avait alors que dix-sept ans, depuis la veille !

    Il affirme également, et cette fois à juste titre, qu’il est important de considérer les rapports de Tocqueville avec la religion. Celui-ci considérant que le doute est l’un des pires maux pour l’individu comme pour la société affirme dans la seconde Démocratie (1840) : « Pour moi, je doute que l’homme puisse jamais supporter à la fois une complète indépendance religieuse et une entière liberté politique ; et je suis porté à penser que, s’il n’a pas de foi, il faut qu’il serve, et, s’il est libre, qu’il croie. »Je ne sais cependant si cette grande utilité des religions n’est pas plus visible encore chez les peuples où les conditions sont égales, que chez tous les autres.

     

    Raphaël Enthoven cite à l’appui de son argumentation la lettre qu’Alexis adressa le 26 février 1857, à Mme de Swetchine, une émigrée russe de grande qualité, convertie au catholicisme et qui faisait un peu office de directeur de conscience dans un milieu spiritualiste parisien. Les deux correspondants n’avaient plus qu’un an à vivre, pour l’une, deux pour l’autre. Dans cette lettre Alexis fait un aveu unique, jamais il n’a dit à personne comment plus de trente-cinq ans auparavant, en 1821, il avait alors seize ans, un doute absolu s’est emparé de lui. Il a connu alors une crise existentielle qui ne l’a jamais vraiment quitté depuis. Il a perdu alors la foi de son enfance, perte irréparable et jamais comblée, même à la veille de sa mort.

    Mais Raphaël Enthoven ajoute que « les descendants d’Alexis ont voulu faire disparaître » cette lettre.

    Affirmation entièrement fausse.

    Tocqueville et sa femme n’ont pas eu d’enfants, la seule descendance familiale  est celle d’Edouard, son frère, c’est à dire ses neveux, petits-neveux et arrière petits neveux… Qui ont ouvert très largement la correspondance et les documents d’Alexis rendus entièrement accessibles au public aujourd’hui, ce dont il faut les remercier vivement car c’est loin d’être toujours le cas.

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    Quant à l’existence de la lettre d’Alexis à Mme de Swetchine, elle n’était connue que par Marie, femme d’Alexis, Falloux, Gustave de Beaumont, son collègue et ami intime, et la femme de celui-ci, Clémentine, La petite fille de La Fayette. Tous voulaient conserver ce document d’une importance capitale, sauf Marie, qui préparait avec Beaumont la première édition des œuvres complètes et exigea la destruction du document afin de préserver l’image d’Alexis qu’elle entendait faire passer à la postérité. Il fallut s’exécuter, heureusement, Clémentine de Beaumont avait fait, manifestement sans rien en dire, une copie de cette lettre que Rédier découvrit dans ses archives et révéla en 1926.

    A partir du texte de cette lettre, Rafael Enthoven affirme que Tocqueville ne croyait plus en Dieu, qu’il était athée, même si le mot ne figure pas/plus dans le podcast de l’émission. Une fois encore, l’affirmation n’est pas conforme à ce que nous apprend la biographie de Tocqueville.

    Certes il a perdu la foi de son enfance, certes il n’admet plus le contenu des dogmes, au premier rang desquels celui du péché originel. Il l’écrit à l’abbé Lesueur, son vieux précepteur lorsqu’il a appris qu’Alexis n’a pas fait ses Pâques :Je crois ; mais je ne puis pratiquer, la phrase a horrifié son vieil ami, il le lui dit dans sa réponse, le 8 septembre 1824.

    Alexis a perdu la foi de son enfance, le doute ne le quitte pas, il est essentiellement agnostique, au sens premier du mot, mais être agnostique ce n’est pas être athée. Tocqueville affirme toujours, sans exception aucune, être assuré de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme, mais la nature même de ces éléments est de l’ordre du mystère et demeure totalement insondable ; l’homme n’en peut rien connaître, nul ne peut voir le visage de Dieu sans mourir.

    Le croyant possède l’assurance de sa foi et de son contenu, celui qui n’a pas la foi demeure dans un doute insondable. Telle est l’expérience existentielle de Tocqueville depuis ses seize ans jusqu’à la veille de sa mort. En 1843, il écrit à Gobineau : « Je ne suis pas croyant (ce que je suis loin de dire pour me vanter) mais tout incroyant que je sois, je n’ai jamais pu me défendre d’une émotion profonde en lisant l’Évangile". Capture d’écran 2015-02-23 à 22.20.42.png 

    Il n’est pas croyant dans la mesure où le Credo lui échappe ; mais pourtant, parlant du catholicisme, il dit : « la religion que je professe », mais c’est là une vérité sociale, sociologique : vivre et mourir dans la religion dans laquelle j’ai été élevé !...

    Mais son ami Corcelle, ancien Carbonaro, néo converti, voit plutôt en lui un protestant, et ce qui n’est pas pour lui un compliment ; Morichini, légat du pape, fait de même !

    En fait, Tocqueville est plus chrétien, admirateur du christianisme originel, que catholique.  Ses textes de références sont ceux des Béatitudes et l’épître aux Galates qui « inventent », avant les Lumières, les valeurs d’humanité, d’égalité et d’universalisme : le christianisme est le grand fond de la morale moderne, il opère un renversement des valeurs. Les Lumières n’ont fait qu’opérer une reprise laïcisée des valeurs d’universalité et d’humanité mises en place par le christianisme originel :

    « Il fallut que Jésus-Christ vînt sur la terre pour faire comprendre que tous les membres de l'espèce humaine étaient naturellement semblables et égaux. » (Seconde Démocratie, I, ch. 3)

    Il écrit à Gobineau le 5 septembre 1843 : « Le christianisme me paraît avoir fait une révolution ou, si vous l’aimez mieux, un changement très considérable dans les idées relatives aux devoirs et aux droits, idées qui sont, en définitive, la matière de toute science morale.

    Le christianisme ne créa pas précisément des devoirs nouveaux ou en d’autres termes des vertus entièrement nouvelles ; mais il changea la position relative qu’occupaient entre elles les vertus. Les vertus rudes et à moitié sauvages étaient en tête de la liste ; il les plaça à la fin. Les vertus douces, telles que l’humanité, la pitié, l’indulgence, l’oubli même des injures, étaient des dernières ; il les plaça avant toutes les autres. Premier changement.

    Le champ des devoirs était limité. Il l’étendit. Il n’allait guère plus loin que les concitoyens. Il y fit entrer tous les hommes. Il renfermait principalement les maîtres ; il y introduisit les esclaves. Il mit dans un jour éclatant l’égalité, l’unité, la fraternité humaine. Second changement. »

    Quelques temps après sa lettre à Mme de Swetchine, il écrit à son ami le philosophe Bouchitté : « J’aurais eu un goût passionné pour les études philosophiques […] [mais] Ces idées conduisent aisément jusqu’à la croyance d’une cause première, qui reste tout à la fois évidente et inconcevable ; à des lois fixes que le monde physique laisse voir et qu’il faut supposer dans le monde moral ; à la providence de Dieu, par conséquent à sa justice ; à la responsabilité des actions de l’homme, auquel on a permis de connaître qu’il y a un bien et un mal, et, par conséquent, à une autre vie… » (O.C., (Bmt), t. 7, 1864, p. 475-477.)

    On aura saisi, je pense, que la question de la religion tenant un rôle capital dans l’œuvre de Tocqueville, il convient de l’aborder avec sérieux et rigueur.

    JLB

     

     

     
  • Le France et la réforme - Circus Maximus -

     

    Ce qui se passe aujourd’hui en France est exemplaire quant à notre incapacité de réformer. Les démocraties seront des régimes agités et conservateurs disait Tocqueville. Quoi de plus vrai chez nous ? On peut se reporter à : http://www.constructif.fr/bibliotheque/2014-11/le-point-de-vue-de-tocqueville.html?item_id=3435

     

    La démocratie ne répond pas toujours à l’appel, en France, elle est plus souvent apparente que réelle : une démocratie d’apparence et d’apparences. Quant à l’agitation de nos frondeurs, qui postériorisent l’hémicycle, ils attirent tous les regards et commentaires de nos merdias. 

    Guignolades des séances de questions, postures ; c’est grandiose ! Tous ceux qui voudraient bien avoir l’air mais n’ont pas l’air du tout se précipitent sur le devant de la scène, Paul avec son look mi- Coluche (en moins drôle, mi- Christophe Colomb, mais on se demande ce qu’il aurait bien pu découvrir…).frondeurs,christian jacob,ump,martine auv-bry,cécile duflot,hamon,agités,conservateurs,fondement,poiret,dégage,démocratie,réformeCapture d’écran 2015-02-18 à 14.36.35.png

     

     

    frondeurs,christian jacob,ump,martine auv-bry,cécile duflot,hamon,agités,conservateurs,fondement,poiret,dégage,démocratie,réformefrondeurs,christian jacob,ump,martine auv-bry,cécile duflot,hamon,agités,conservateurs,fondement,poiret,dégage,démocratie,réforme

     

    Agités "fondamentaux" qui ont oublié qu’on peut (normalement) tout faire avec une épée, sauf s’asseoir dessus…Capture d’écran 2015-02-18 à 14.37.49.png

    Et Martine ! Elle n'a pas peur : "il fallait continuer à discuter !" Tu l'as dit !!! Elle me saoule...

    Et Duflot ! « Ce qui vient de flot repart de marée », dit-on chez moi !Capture d’écran 2015-02-18 à 14.39.50.png

     

    En face, ceux qui s’opposent à une loi, discutée démocratiquement, dont bien des éléments vont dans le sens de leurs aspirations antérieures, s’opposent au texte !

    A ce jeu Christian Jacob est remarquable.Capture d’écran 2015-02-18 à 14.34.41.png

    Il me fait penser à Poiret, dans « La gueule de l’autre » mais Poiret jouait !frondeurs,christian jacob,ump,martine auv-bry,cécile duflot,hamon,agités,conservateurs,fondement,poiret,dégage,démocratie,réforme

    Le spectacle  de nos politiques serait comique s’il n’était affligeant, à moins que ce ne soit l’inverse !

    Fichez-moi tout ça dehors !

     

    http://www.constructif.fr/bibliotheque/2014-11/le-point-de-vue-de-tocqueville.html?item_id=3435

     

  • D'une époque fantastique à une époque étrangement schizophrénique ... de Daniélou à DSK

    Le 20 mai 1974, le cardinal Daniélou meurt en pleine épectase en allant évangéliser  Marie-Madeleine, l’une des plus belles figures qui soit, celle à qui le Christ est apparu en premier en sortant du tombeau : noli me tangere !daniélou,dsk,barabbas,pilate,jésus,matthieu,nuances de grey,madame de saint-sulpice,confucius,eugénie de montijo,napoléon iii

    N’avait-il pas dit : Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. (Mat. 28)

    Il est vrai que cela n ‘a pas plu et que c’est l’une des raisons, entre autres, pourquoi les bien pensants de l’époque lui  ont fait la peau, malgré les efforts réitérés de Ponce Pilate pour lui sauver la mise :

    Et comme il était assis sur le tribunal, sa femme lui envoya dire: N'aie rien à faire avec ce juste; car j'ai beaucoup souffert aujourd'hui à son sujet dans un songe. Mais les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent aux foules de demander Barabbas et de faire perir Jesus. (...) Pilate leur dit: Que ferai-je donc de Jésus, qui est appelé Christ? Ils disent tous: Qu'il soit crucifié ! Et le gouverneur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? Et ils s'écriaient encore plus fort, disant : Qu'il soit crucifié !

    Et Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que plutôt il s'élevait un tumulte, prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, disant :

    daniélou,dsk,barabbas,pilate,jésus,matthieu,nuances de grey,madame de saint-sulpice,confucius,eugénie de montijo,napoléon iiiJe suis innocent du sang de ce juste ... Et tout le peuple, répondant, dit : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants !(Mat. 27 , 19-24)

     Nous n’en sommes plus au temps béni où Daniélou exerçait son ministère près des dames de Saint-Sulpice ; on s’occupe désormais du cas DSK.daniélou,dsk,barabbas,pilate,jésus,matthieu,nuances de grey,madame de saint-sulpice,confucius,eugénie de montijo,napoléon iii

    Chacun pense ce qu’il veut et juge comme bon lui semble.

    Cependant en ce même moment où les merdias dénoncent ses/ces turpitudes, ces mêmes merdias font état du succés qui attend le film Nuances de Grey appelé à un succès énorme, comme le livre éponyme.daniélou,dsk,barabbas,pilate,jésus,matthieu,nuances de grey,madame de saint-sulpice,confucius,eugénie de montijo,napoléon iii

    On réserve des places à l'avance, les jeunes femmes, les femmes jeunes et les ménagères de 50 ans, et les hommes, leurs maris, leurs amants, leurs gigolos ou tous les indépendants ... réservent leurs places, nous répètent à l'envi et en boucle, les merdias. Les marchands de godmichets et voient leurs ventes connaître une explosion, rapportent encore les mêmes merdias !

    Il y est question je crois, dans ce livre/film, si j’ai bien entendu, d’une jeune femme sans le sou qui se livre aux pratiques sadiques d’une homme fortuné !... Mais entendons-nous bien, si j'ai bien compris, un sadisme soft, ou quelque chose du genre. Vous voyez ! Qu'entendez-vous par là ? Pas grand chose à la vérité !

    Rappelons ici les fortes paroles de Confucius : « On a le droit d’être c@n, mais il y a des limites".

    J’ajoute que les mêmes moralistes évoqués au début (tous ceux qui hantent nos plateaux de télé dissertant shitphilosophiquement), les mêmes, dis-je, voici quelques mois, dans les mêmes circonstances, portaient les mêmes jugements et suivaient attentivement à la télévision l’histoire de l’impératrice Eugénie, vous savez la femme de ce putassier de Napoléon III, bien connu à ce titre.

    « Vaste programme » disait de Gaulle ; en ces temps merdiatiques, la pente est encore plus raide.

    Si l’on peut dire !

  • Economie réelle ou économie mafieuse ?

    Il y a toujours une dans l’économie une part d’escamotage et de filouterie mais celle qui s’est installée avec le néo-libéralisme  Reagan-Thatcher est sans commune mesure avec tout ce qui précède.hsbc,paradis fiscaux,économie réelle,mafia,loge p2,banque ambrosiano,susan george,les usurpateurs,écuries d'augias,lobby,reagan,thatcher,blanchiment,truands

    Nous sommes depuis lors prisonniers d’une économie mafieuse ; et les membres des  honorables sociétés financières et groupes bancaires ne sont pas d’une nature différente de celle des honorables membres des honorables sociétés avec lesquels ils partagent les hôtels, les avions, les femmes, les implantations géographiques et paradis fiscaux.

    Aussi suis-je satisfait de voir qu’avec l’affaire HSBC on se décide à marier système bancaire et mafia ; je le répétais depuis longtemps, vox clamans in deserto…

    Paradis fiscaux

    Prêts frauduleux

    Fonds pourris

    Blanchiment

    Mais le système dans lequel l’économie financière est totalement déconnectée de l’économie réelle n’est qu’une autre des tentacules de la pieuvre, celle qui fait que 1%   les plus riches, les plus puissants, les plus mafieux captent pour eux une part considérable de la richesse.

    Les plus pauvres deviennent des assistés à vie, dépendant entièrement pour leur subsistance de la charité publique ou privée tandis que les classes moyennes sont totalement pressurées. Economie du vol, économie mafieuse aux mains des plus riches mais surtout des grands groupes anonymes dont les managers, honorables membres de ces sociétés, ne se distinguent des mafieux que par quelques pratiques annexes, mais pour le reste ils ont le même ADN ; comme eux ce sont des truands, d’ailleurs les relations entre la mafia, les banques, les paradis fiscaux, sont incestueuses. Qu’on se rappelle l’histoire de la banque Ambrosiano liée au Vatican et à la loge P2.

    hsbc,paradis fiscaux,économie réelle,mafia,loge p2,banque ambrosiano,susan george,les usurpateurs,écuries d'augias,lobby,reagan,thatcher,blanchiment,truandsComment faire le ménage ? Nettoyer les écuries d’Augias ; tâche quasiment impossible. La seule condition nécessaire aujourd’hui possible consiste à faire sauter tous les secrets de ces groupes, le secret leur étant absolument indispensable. Mais cette condition n’est sans doute pas suffisante tant ces groupes et leurs lobbies tiennent nos pseudo « élites » politiques et leurs laquais par les c…..s. 

    Une petite pensées pour nos spécialistes qui viennent disserter sur nos économies et qui sont tous, ou presque, grassement rémunérés par de grands groupes auxquels ils permettent de prendre et de garder le pouvoir… Tous des « Usurpateurs ».hsbc,paradis fiscaux,économie réelle,mafia,loge p2,banque ambrosiano,susan george,les usurpateurs,écuries d'augias,lobby,reagan,thatcher,blanchiment,truands

     

  • 'Touche pas au grisbi, salope!" Il faut exorciser Macron !

    Les membres de la très honorable société d'"officiers ministériels" (si, si, ne rigolez pas) qui ont proféré des menaces de mort en direction de Macron considèrent qu'outre la nécessité de prévoir un contrat, il conviendrait de faire exorciser au préalable cette engeance diabolique qui entend toucher à leur grisbi.

     

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    Touche pas au grisbi, Salope !
     

     

     

     

     

     

    Hier, nous vivions dans le jardin heureux de Jérôme Bosch.Capture d’écran 2015-02-04 à 14.25.35.png

     

     

     

     

     

     

    Aujourd'hui c'est l'enfer.Capture d’écran 2015-02-04 à 14.18.34.png

     

     

     

     

     

     

    Il faut chasser les démons et les boucs lubriques de cet univers et pratiquer le grand exorcisme.Capture d’écran 2015-02-04 à 14.31.32.png

     

     

     

     

     

     

     

     

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