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tocqueville

  • Les six cognes sont de retour.

    Pour en revenir à Benalla, il faut expliquer pourquoi et comment ce type peut être lieutenant-colonel de gendarmerie (certes de réserve) à 26 ans.

    Ben mon colon !  (J’aimerais également qu’on m’explique et me détaille le parcours d’Aquilino Morelle, cher conseiller de Hollande, qui n’est pas techniquement possible tel qu’annoncé … et la thèse de Cambadélis … et la tête et le bec, alouette…!)

    Lors de la dernière campagne présidentielle, la France se trouvait, depuis bien longtemps dans la même situation qu’à la fin de la Monarchie de Juillet où une seul classe-caste, enlisée dans les affaires, se partageait tous les pouvoirs politiques et économiques depuis 18 ans. Actuellement la situation est la même depuis 45 ans !

    J'aime le peuple, un État irréprochable,

     

    Tocqueville faisait cet avertissement à la Chambre le 27 janvier 1848 :

    « ce n’est pas le mécanisme des lois qui produit les grands événements, messieurs, c’est l’esprit même du gouvernement. Gardez les lois, si vous voulez ; quoique je pense que vous ayez grand tort de le faire, gardez-les ; gardez même les hommes, si cela vous fait plaisir : je n’y fais, pour mon compte, aucun obstacle ; mais, pour Dieu, changez l’esprit du gouvernement, car, je vous le répète, cet esprit-là vous conduit à l’abîme ».

    Il annonçait la révolution de 1848, elle éclatait moins d’un mois plus tard !Tontons maroutes

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  • Jennifer Pitts, Université de Chicago à propos du dictionnaire Tocqueville

    image001.jpgThis remarkable dictionary draws on Benoît’s vast knowledge of Tocqueville’s life and family, and his intellectual and political preoccupations, to present vivid and original brief essays on a striking array of subjects. General readers and specialists alike will learn much from entries on topics large and small, from “liberalism” to “rubbish,” all taken up with Benoît’s characteristically lively judgment. Topics connected with empire, slavery, and political economy receive particularly thorough treatment. Throughout, Benoît pays welcome attention to Tocqueville’s use of language and his literary style.a-turn-to-empire.jpg

    Jennifer Pitts

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  • État social démocratique, démocratie, despotismes et démocratures

    • Un mouvement irrésistible (nous) entraîne chaque jour, et (nous)marchons en aveugles, peut-être vers le despotisme, peut-être vers la république, mais à coup sûr vers un état social démocratique ?(A., I, 2, ch.5)

     

    Introduction

    Tocqueville analyste de la démocratie moderne : une pensée pour aujourd’hui (les pathologies de la démocratie actuelle).

    Tocqueville annonce le surgissement inéluctable de la démocratie : États-Unis, États de droit de l’Europe occidentale ; une seule alternative désormais : démocratie ou despotisme sachant que le despotisme n’est pas antinomique avec la démocratie, il en est l’un des avatars, l’une des voies de sortie.

    « la démocratie coule à pleins bords »

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  • À propos de "Tocqueville et les Apaches".

    Réponse à Michel Onfray

    Mise au point sur Tocqueville les Indiens et les Noirs, l’Algérie et 1848

    Pendant le week-end du 14-15 janvier 2017 a eu lieu à Caen l’inauguration de la médiathèque Tocqueville.

    Le maire de Caen avait décidé de donner le nom de Tocqueville à cette nouvelle médiathèque et j’avais tenu à le féliciter de cette décision en lui envoyant un petit courrier. Il a décidé de centrer les événements qui marqueraient ces deux jours autour de Michel Onfray qui échangeait le dimanche matin avec Brigitte Krulic sur : « Alexis de Tocqueville historien et philosophe » et devait donner l’après-midi une « Leçon » au Conservatoire de Caen, retransmise en direct dans le forum de la bibliothèque Alexis de Tocqueville : « Alexis de Tocqueville, la passion de la liberté ».

    Pendant ces deux jours on remettait gracieusement aux centaines de visiteurs un petit ouvrage : « Michel Onfray La passion de la liberté, Tocqueville contre le despotisme démocratique[1]. »

    Le calendrier des manifestations avait été arrêté avec Michel Onfray et des invitations avaient été lancées aux personnalités mais j’appris huit jours auparavant que la « Leçon » était reportée à une date ultérieure, sans autre précision sur la raison de ce report.

    Joël Bruneau, maire de Caen, avait fait appel à Michel Onfray pour des raisons médiatiques. Je l’avais entendu précédemment à deux ou trois reprises évoquer Tocqueville de façon critique en utilisant les arguments habituels de la doxa des anti-tocquevilliens qui correspondaient assez bien à ses orientations politico-idéologiques, même si elles sont mouvantes et difficiles à cerner.

    Dans la préface de son dernier livre il écrit :

    « Longtemps je n'avais lu de Tocqueville que son Ancien régime et la Révolution française[2].(…) Je n'y avais pas compris grand-chose tant cet ouvrage exige en amont des connaissances sur la Révolution française. »

    Et il précise :

    « Quand Joël Bruneau, le maire de Caen, m'a sollicité pour le discours inaugural de la médiathèque, qui venait de prendre son nom. J'ai accepté en me disant que j'aurais ainsi l'occasion de revenir à un auteur que je n'avais lu que partiellement. »

    Dans son premier livre, Michel Onfray a puisé un très grand nombre d’éléments dans ma biographie[3] sans jamais signaler ses sources, sauf une fois, à la fin du livre :

    « Jean-Louis Benoît a écrit dans son incontournable Tocqueville, un destin paradoxal : ‘C’est à ce moment précis de sa vie que Tocqueville envisage le programme le plus social, le plus marqué à gauche, de toute sa carrière, qui est également le programme le plus avancé de toute la gauche réformiste sous la Monarchie de Juillet.’ »

    Et il fait de cet emprunt, Tocqueville homme de gauche, le leitmotiv de son livre ; d’aucuns parleraient de plagiat, et cependant, je préfère préciser qu’il s’agissait chez moi de présenter ces idées de Tocqueville dans leur contexte historique, celui de la gauche réformiste, ni socialisante ni communisante, de la Monarchie de Juillet. Pagnerre, homme de gauche et républicain qui fut reçu au château de Tocqueville et qui réalisa en 1848, la treizième édition de De la démocratie en Amérique, avait effectivement considéré qu’il pouvait inclure Tocqueville dans les députés de gauche de la Monarchie de Juillet, mais un homme de gauche atypique, tant il était marqué par ses origines, mais qui était pour la réforme, l’abaissement du cens menant à terme au suffrage universel et qui, bien qu’anglophile, voulait que la France tienne tête à l’Angleterre toujours soucieuse de nous tailler des croupières. Tels étaient les marqueurs retenus par Pagnerre ; le dernier notamment est l’une des raisons pour lesquelles il entendait que la France se maintienne en Algérie.

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  • Dictionnaire Tocqueville

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  • Tocqueville et la dénonciation du génocide des Indiens aux Etats-Unis

     Dans la rubrique Vient de sortir

    Liberty Fund a édité de très nombreux textes de, sur, ou à propos de Tocqueville, notamment The Making of Tocqueville’s Democracy in America, de James Schleifer, l’un des plus grands spécialistes de ce texte,

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    ainsi que l’édition bilingue de De la démocratie en Amérique (reprise de l’édition Vrin – 1990 – qui est la meilleure existant sur la marché). L’édition Liberty Fund – 4 tomes cartonnés, 3200 pages – est sans équivalent et appelée à faire date et à constituer l’édition de référence pour les chercheurs et spécialistes, pour les décennies à venir.génocide,indiens,esclavage,beaumont,tocqueville,yale,nolla,henderson,chicago,compostelle,liberty fund

    Aujourd’hui, Liberty Fund publie, sous la direction de Christine Henderson Tocqueville’s Voyage, les actes du double de symposium de Saint Jacques de Compostelle (25-28 sept 2008) et de Chicago (8-11 janvier 2009) qui réunissaient les principaux spécialistes du moment, parmi lesquels trois éditeurs (publishers) de De la démocratie en Amérique, en anglais (E.U.) , au premier rang desquels Eduardo Nolla qui a été seize ans chercheurs et enseignant à l’Université Yale.

     Cela a été un grand plaisir pour moi non seulement d’être invité au symposium de Compostelle mais encore d’être invité à faire une communication qui paraît aujourd’hui dans ce volume sous le titre Tocqueville's Reflections on a Democratic Paradox.

    Nous avions à proposer un thème portant sur le voyage américain de Tocqueville établissant un lien avec la suite de son oeuvre et son action politiques. 

    J’ai donc entrepris l’analyse de la double antinomie démocratique que constituait, pour Tocqueville et son ami Beaumont, le fait que cette grande démocratie remarquable s’établisse sur le génocide des Indiens et l’esclavage des Noirs, véritable crimes contre l’humanité (Tocqueville est à ma connaissance, le premier à utiliser cette expression au mot près et stricto sensu).

    L’entreprise relevait un peu du challenge ; certes les étatsuniens reconnaissent les faits, le mot génocide lui-même n’est plus systématiquement rejeté. Mais j’ai tenu à établir faits, textes, chiffres en mains que le terme est tout à fait juste. La population indienne qui représentait de 8 à 12 millions (le chiffre le plus vraisemblable étant de 10-11 millions) à l’arrivée des Européens, s’est trouvé réduit à 200-250000 au plus bas de l’étiage, à la fin du XIXe siècle. Mais le fait le plus important, qui constitue le centre de mon analyse,  était de prouver que ce n’était pas là le fruit d’un accident, d’un enchaînement mécanique de causes involontaires mais un acte politiquement délibéré obéissant au choix de la majorité des citoyens, textes à l’appui, chiffres à l’appui. 

    Tocqueville et Beaumont assistent même à la déportation des Chactas, qui signifie à court terme leur élimination, leur disparition et celle des Indiens des trois autres grandes tribus, dont les Cheyennes.

    Le Film de John Ford Cheyennes ne date que de 1964, ce n’est qu’en 1987 que le Congrès américain a choisi de nommer La piste des larmes  l'itinéraire, de la déportation des Cherokees.Tocqueville, dans le chapitre X de la première Démocratie (1835) comme dans sa correspondance, et Beaumont, dans son roman Marie ou de l’esclavage aux Etats-Unis,  dénoncent vigoureusement cette extermination systématique dont le responsable le plus déterminé est les président Jackson qui n’hésite pas pour cela à passer outre aux décisions du Congrès : ils choisissent de témoigner devant l'Histoire.

    Voici la liste des auteurs des communications qui figurent dans le livre de Christine Henderson : 

    Enrique Aguilar holds a PhD in political science from Pontifica Universidad Católica in Argentina, where he presently is professor of political theory and director of the Ph.D. program in Political Science of the Faculty of Social Sciences of the Universidad Católica Argentina.

     Barbara Allen is Ada M. Harrison Distinguished Teaching Professor of the Social Sciences, professor and former chair of the Department of Political Science, and director of Women’s Studies at Carleton College in Northfield, Minn.

     Jean-Louis Benoît MA in moral and political philosophy from Paris IV Sorbonne, PhD  Université de Caen. He initiated and co-organized the 1990 international colloquium L’actualité de Tocqueville and, in 2005,  the international colloquium honoring the bicentenary of Tocqueville’s birth : Tocqueville entre l’Amérique et l’Europe.

    Aurelian Craiutu is professor of political science at Indiana University–Bloomington.

     Simon J. D. Green is professor of modern history at the University of Leeds and fellow of All Souls College, Oxford.

     Christine Dunn Henderson is senior fellow at Liberty Fund. She managed, edited and introduced the symposium and the publishing of the essays. The book is to be published in October and should be on sale from November 1st.

     Jeremy Jennings is professor of political theory at Queen Mary Uni­versity of London.

     Alan S. Kahan is professor of British civilization at the Université de Versailles/St. Quentin-en-Yvelines.

     Harvey C. Mansfield is the William R. Kenan Jr. Professor of Gov­ernment at Harvard University,

     Reiji Matsumodo graduated from the University of Tokyo, he has been teaching political theory at Waseda University since 1982.

     Eduardo Nolla is professor of political theory at the Universidad San Pablo–CEU, Madrid. He was a visiting scholar at Yale University from 1981 to 1985 and taught there full time from 1986 to 1992.

     Filippo Sabetti is professor of political science at McGill University, Montreal, Quebec,

    James T. Schleifer , professor emeritus of history and former dean of Gill Library at the College of New Rochelle, received his PhD in his­tory from Yale University. Internationally recognized as a Tocqueville scholar, he has taught as a visiting professor at Yale University and at the University of Paris.

     Cheryl B. Welch is senior lecturer and director of undergraduate studies in government at Harvard University.

     Catherine H. Zuckert is Nancy Reeves Dreux Professor of Politi­cal Science at the University of Notre Dame where she also serves as editor-in-chief of the Review of Politics.

    “Tocqueville’s Voyage” September 25-28, 2008 Santiago de Compostela.

     CONFERENCE DIRECTOR Dr. Eduardo Nolla Universidad San Pablo-CEU

     DISCUSSION LEADER Professor David Wotton Department of History York University Heslington, York United Kingdom

     LIBERTY FUND REPRESENTATIVE Dr. Christine Dunn Henderson Liberty Fund, Inc  Indianapolis, IN 46250

  • Puisqu'il est question de religion par les temps qui courent

    D'abord un lien avec un podcast sur France Culture où le remarquable Abdelawab Meddeb m'interrogeait  sur mon livre présentant les textes, notes et analyses de Tocqueville sur le fait religieux, les religions et la société.Capture d’écran 2015-02-23 à 22.08.22.png

    Le livre a été publié en Espagnol sous le titre: Tocqueville sobre las religiones, bien préférable au titre français imposé par l'éditeur: Tocqueville, Notes sur le Cran et autres textes sur les religions...Capture d’écran 2015-02-23 à 22.11.11.png

    Les notes sur la Coran ne représentent que 18% de l'ensemble dont le propos est beaucoup plus vaste et riche d'enseignements qui amènent à la réflexion et plus encore lorsque Meddeb propose une lecture plus vaste et plus ample. Voici le lien:

     

    http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoit_jean_louis/tocqueville_et_islam_entrevue/tocqueville_et_islam.html

     

    Autre élément intéressant cette émission de Gabriel Enthoven à propos de Tocqueville, dans laquelle il aborde la question des rapports de Tocqueville et la religion et la foi. Et sur ce point, et dans les affirmations qui sont les siennes figurent nombre d'erreurs et/ou d'inexactitudes, d'où mon désir, absolument pas polémique, de faire quelques mises au point, non pour contredire l'intervenant mais  pour rétablir des faits que je connais d'autant mieux que j'ai participé à les mettre en valeur... Impossible d'introduire mon texte dans l'espace réservé à cet effet. J'ai donc demandé à un collègue de prendre le relais, même chose.

    Je ne recourrai pas à la théorie du complot dans cette affaire, je remercie simplement le médiateur d'avoir pris en compte mon intervention. Ajoutons - il faut bien sourire - que dans cette même émission Enthoven qui enseigne la philosophie à polytechnique (je crois) a fait part de son indignation parce que certains de ses élèves lui avaient demandé de se justifier, de dire d'où il parlait.

    Cris de pucelle outragée... Savez-vous qu'aux Etats-Unis les enseignants du supérieur sont l'objet d'une évaluation de la part de leurs étudiants.

    Quoi de plus normal ?

    En France les formateurs se gardent bien d'une telle  pratique: je me souviens des stagiaires des instituts de formation des maîtres, chers à Jospin, protestant véhémentement contre la pitance qui leur était servie et qui, s'ils avaient été consultés, auraient mis un zéro pointé aux responsables et principaux acteurs de cette formation au "staff" de l'IUFM.

    Voici ce qu'on peut trouver mis en ligne par le médiateur:

    Impossible de mettre un commentaire au Gai savoir sur Tocqueville

     
    Jean-Louis Benoît
    le 07/01/2015 à 22h10

    J'ai essayé à plus de 20 reprises de metttre un commentaire à l'émission d'Enthoven , Le gai Savoir, sur Tocqueville, un de mes amis a fait de même sans succès. C'est anormal.JLB

    En voici le texte:

    Il est toujours intéressant d’écouter une émission consacrée à Tocqueville, elles ne sont pas si nombreuses et Raphaël Enthoven est celui qui a fait le plus en la matière. Dans chacune il prend soin de préciser que Tocqueville n’était pas cartésien bien qu’il connût les textes de l’auteur du Discours de la Méthode auquel il fait allusion dans la seconde Démocratie par le biais du pragmatisme cartésien des Américains.

    Le fait est tellement avéré, la problématique de l’un et celle de l’autre étant effectivement irréductibles, la rupture des Lumières et de la Révolution et le surgissement démocratique faisant apparaître deux visions du monde si étrangères l’une à l’autre que le rappel de l’hétérogénéité des deux approches philosophiques est sans doute superflu.

    Enthoven est bien inspiré de souligner la relation étroite liant le milieu familial de Tocqueville sa vie et sa pensée ; et il faudrait ajouter à son action, pensée et action étant chez lui inséparables. Itinéraire platonicien de la sphère des idées  au monde sublunaire, de l’analyse du surgissement inéluctable de la démocratie au combat politique pour l’instauration d’une République équilibrée. Tout ceci  a fait de sa vie, on le verra bientôt dans un livre à paraître en février prochain, un véritable roman.

    Dans son émission, Raphaël Enthoven prend appui, à juste titre, sur des données biographiques mais il devrait veiller à plus d’exactitude.

    Contrairement à ce qu’il affirme, Hervé de Tocqueville, père d’Alexis, n’a pu voter l’abolition des privilèges… Il eût fallu qu’il appartînt au corps des représentants de la noblesse le 4 août 1789 ; ce n’est pas le cas, il n’avait alors que dix-sept ans, depuis la veille !

    Il affirme également, et cette fois à juste titre, qu’il est important de considérer les rapports de Tocqueville avec la religion. Celui-ci considérant que le doute est l’un des pires maux pour l’individu comme pour la société affirme dans la seconde Démocratie (1840) : « Pour moi, je doute que l’homme puisse jamais supporter à la fois une complète indépendance religieuse et une entière liberté politique ; et je suis porté à penser que, s’il n’a pas de foi, il faut qu’il serve, et, s’il est libre, qu’il croie. »Je ne sais cependant si cette grande utilité des religions n’est pas plus visible encore chez les peuples où les conditions sont égales, que chez tous les autres.

     

    Raphaël Enthoven cite à l’appui de son argumentation la lettre qu’Alexis adressa le 26 février 1857, à Mme de Swetchine, une émigrée russe de grande qualité, convertie au catholicisme et qui faisait un peu office de directeur de conscience dans un milieu spiritualiste parisien. Les deux correspondants n’avaient plus qu’un an à vivre, pour l’une, deux pour l’autre. Dans cette lettre Alexis fait un aveu unique, jamais il n’a dit à personne comment plus de trente-cinq ans auparavant, en 1821, il avait alors seize ans, un doute absolu s’est emparé de lui. Il a connu alors une crise existentielle qui ne l’a jamais vraiment quitté depuis. Il a perdu alors la foi de son enfance, perte irréparable et jamais comblée, même à la veille de sa mort.

    Mais Raphaël Enthoven ajoute que « les descendants d’Alexis ont voulu faire disparaître » cette lettre.

    Affirmation entièrement fausse.

    Tocqueville et sa femme n’ont pas eu d’enfants, la seule descendance familiale  est celle d’Edouard, son frère, c’est à dire ses neveux, petits-neveux et arrière petits neveux… Qui ont ouvert très largement la correspondance et les documents d’Alexis rendus entièrement accessibles au public aujourd’hui, ce dont il faut les remercier vivement car c’est loin d’être toujours le cas.

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    Quant à l’existence de la lettre d’Alexis à Mme de Swetchine, elle n’était connue que par Marie, femme d’Alexis, Falloux, Gustave de Beaumont, son collègue et ami intime, et la femme de celui-ci, Clémentine, La petite fille de La Fayette. Tous voulaient conserver ce document d’une importance capitale, sauf Marie, qui préparait avec Beaumont la première édition des œuvres complètes et exigea la destruction du document afin de préserver l’image d’Alexis qu’elle entendait faire passer à la postérité. Il fallut s’exécuter, heureusement, Clémentine de Beaumont avait fait, manifestement sans rien en dire, une copie de cette lettre que Rédier découvrit dans ses archives et révéla en 1926.

    A partir du texte de cette lettre, Rafael Enthoven affirme que Tocqueville ne croyait plus en Dieu, qu’il était athée, même si le mot ne figure pas/plus dans le podcast de l’émission. Une fois encore, l’affirmation n’est pas conforme à ce que nous apprend la biographie de Tocqueville.

    Certes il a perdu la foi de son enfance, certes il n’admet plus le contenu des dogmes, au premier rang desquels celui du péché originel. Il l’écrit à l’abbé Lesueur, son vieux précepteur lorsqu’il a appris qu’Alexis n’a pas fait ses Pâques :Je crois ; mais je ne puis pratiquer, la phrase a horrifié son vieil ami, il le lui dit dans sa réponse, le 8 septembre 1824.

    Alexis a perdu la foi de son enfance, le doute ne le quitte pas, il est essentiellement agnostique, au sens premier du mot, mais être agnostique ce n’est pas être athée. Tocqueville affirme toujours, sans exception aucune, être assuré de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme, mais la nature même de ces éléments est de l’ordre du mystère et demeure totalement insondable ; l’homme n’en peut rien connaître, nul ne peut voir le visage de Dieu sans mourir.

    Le croyant possède l’assurance de sa foi et de son contenu, celui qui n’a pas la foi demeure dans un doute insondable. Telle est l’expérience existentielle de Tocqueville depuis ses seize ans jusqu’à la veille de sa mort. En 1843, il écrit à Gobineau : « Je ne suis pas croyant (ce que je suis loin de dire pour me vanter) mais tout incroyant que je sois, je n’ai jamais pu me défendre d’une émotion profonde en lisant l’Évangile". Capture d’écran 2015-02-23 à 22.20.42.png 

    Il n’est pas croyant dans la mesure où le Credo lui échappe ; mais pourtant, parlant du catholicisme, il dit : « la religion que je professe », mais c’est là une vérité sociale, sociologique : vivre et mourir dans la religion dans laquelle j’ai été élevé !...

    Mais son ami Corcelle, ancien Carbonaro, néo converti, voit plutôt en lui un protestant, et ce qui n’est pas pour lui un compliment ; Morichini, légat du pape, fait de même !

    En fait, Tocqueville est plus chrétien, admirateur du christianisme originel, que catholique.  Ses textes de références sont ceux des Béatitudes et l’épître aux Galates qui « inventent », avant les Lumières, les valeurs d’humanité, d’égalité et d’universalisme : le christianisme est le grand fond de la morale moderne, il opère un renversement des valeurs. Les Lumières n’ont fait qu’opérer une reprise laïcisée des valeurs d’universalité et d’humanité mises en place par le christianisme originel :

    « Il fallut que Jésus-Christ vînt sur la terre pour faire comprendre que tous les membres de l'espèce humaine étaient naturellement semblables et égaux. » (Seconde Démocratie, I, ch. 3)

    Il écrit à Gobineau le 5 septembre 1843 : « Le christianisme me paraît avoir fait une révolution ou, si vous l’aimez mieux, un changement très considérable dans les idées relatives aux devoirs et aux droits, idées qui sont, en définitive, la matière de toute science morale.

    Le christianisme ne créa pas précisément des devoirs nouveaux ou en d’autres termes des vertus entièrement nouvelles ; mais il changea la position relative qu’occupaient entre elles les vertus. Les vertus rudes et à moitié sauvages étaient en tête de la liste ; il les plaça à la fin. Les vertus douces, telles que l’humanité, la pitié, l’indulgence, l’oubli même des injures, étaient des dernières ; il les plaça avant toutes les autres. Premier changement.

    Le champ des devoirs était limité. Il l’étendit. Il n’allait guère plus loin que les concitoyens. Il y fit entrer tous les hommes. Il renfermait principalement les maîtres ; il y introduisit les esclaves. Il mit dans un jour éclatant l’égalité, l’unité, la fraternité humaine. Second changement. »

    Quelques temps après sa lettre à Mme de Swetchine, il écrit à son ami le philosophe Bouchitté : « J’aurais eu un goût passionné pour les études philosophiques […] [mais] Ces idées conduisent aisément jusqu’à la croyance d’une cause première, qui reste tout à la fois évidente et inconcevable ; à des lois fixes que le monde physique laisse voir et qu’il faut supposer dans le monde moral ; à la providence de Dieu, par conséquent à sa justice ; à la responsabilité des actions de l’homme, auquel on a permis de connaître qu’il y a un bien et un mal, et, par conséquent, à une autre vie… » (O.C., (Bmt), t. 7, 1864, p. 475-477.)

    On aura saisi, je pense, que la question de la religion tenant un rôle capital dans l’œuvre de Tocqueville, il convient de l’aborder avec sérieux et rigueur.

    JLB

     

     

     
  • A méditer

    En suivant les évènements qui se déroulent aujourd'hui en France, en voyant le sursaut actuel dont j'espère qu'il aura des suites, je repensais à ce texte remarquable dans lequel Tocqueville, à la dernière page de L'Ancien Régime et la Révolution, dit son amour pour sa Nation, si surprenante, si incompréhensible parfois, mais capable des plus grandes choses lorsqu'elle sait remettre au premier plan son amour de la Liberté.tocqueville,obama,de gaulle,l'ancien régime et la révolution,condoleezza rice,dobrinyn,villepin,rafales,la fayette,cuba,phnom pen,vietnam,twin towers an

    À plusieurs reprises, depuis que la Révolution a commencé jusqu'à nos jours, on voit la passion de la liberté s'éteindre, puis renaître, puis s'éteindre encore, et puis encore renaître ; ainsi fera-t-elle longtemps, toujours inexpérimentée et mal réglée, facile à décourager, à effrayer et à vaincre, superficielle et passagère. Pendant ce même temps la passion pour l'égalité occupe toujours le fond des cœurs dont elle s'est emparée la première; elle s'y retient aux sentiments qui nous sont les plus chers; tandis que l'une change sans cesse d'aspect, diminue, grandit, se fortifie, se débilite suivant les événements, l'autre est toujours la même, toujours attachée au même but avec la même ardeur obstinée et souvent aveugle, prête à tout sacrifier à ceux qui lui permettent de se satisfaire, et à fournir au gouvernement qui veut la favoriser et la flatter les habitudes, les idées, les lois dont le despotisme a besoin pour régner.(…)

    Quand je considère cette nation en elle-même, je la trouve plus extraordinaire qu'aucun des événements de son histoire. En a-t-il jamais paru sur la terre une seule qui fût si remplie de contrastes et si extrêmes dans chacun de ses actes, plus conduite par des sensations, moins par des principes ; faisant ainsi toujours plus mal ou mieux qu'on ne s'y attendait, tantôt au-dessous du niveau commun de l'humanité, tantôt fort au-dessus ; un peuple tellement inaltérable dans ses principaux instincts qu'on le reconnaît encore dans des portraits qui ont été faits de lui y il a deux ou trois mille ans, et en même temps tellement mobile dans ses pensées journalières et dans ses goûts qu'il finit par se devenir un spectacle inattendu à lui-même, et demeure souvent aussi surpris que les étrangers à la vue de ce qu'il vient de faire ; le plus casanier et le plus routinier de tous quand on l'abandonne à lui-même, et lorsqu'une fois on l'a arraché malgré lui à son logis et à ses habitudes, prêt à pousser jusqu'au bout du monde et à tout oser ; indocile par tempérament, et s'accommodant mieux toutefois de l'empire arbitraire et même violent d'un prince que du gouvernement régulier et libre des principaux citoyens ; aujourd'hui l'ennemi déclaré de toute obéissance demain mettant a servir une sorte de passion que les nations les mieux douées pour la servitude ne peuvent atteindre ; conduit par un fil tant que personne ne résiste, ingouvernable dès que l'exemple de la résistance est donné quelque part ; trompant toujours ainsi ses maîtres, qui le craignent ou trop ou trop peu ; jamais si libre qu'il faille désespérer de l'asservir, ni si asservi qu'il ne puisse encore briser le joug; apte à tout, mais n'excellant que dans la guerre; adorateur du hasard, de la force, du succès, de l'éclat et du bruit, plus que de la vraie gloire; plus capable d'héroïsme que de Vertu, de génie que de bon sens, propre à concevoir d'immenses desseins plutôt qu'à parachever de grandes entreprises ; la plus brillante et la plus dangereuse des nations de l'Europe, et la mieux faite pour y devenir tour à tour un objet d'admiration, de haine, de pitié, de terreur, mais jamais d'indifférence ?

    Elle seule pouvait donner naissance à une révolution si soudaine, si radicale, si impétueuse dans son cours, et pourtant si pleine de retours, de faits contradictoires et d'exemples contraires. Sans les raisons que j'ai dites, les Français ne l'eussent jamais faite ; mais il faut reconnaître que toutes ces raisons ensemble n'auraient pas réussi pour expliquer une révolution pareille ailleurs qu'en France.

    Me voici parvenu jusqu'au seuil de cette révolution mémorable ; cette fois je n'y entrerai point : bientôt peut-être pourrai-je le faire. Je ne la considérerai plus alors dans ses causes, je l'examinerai en elle-même, et j'oserai enfin juger la société qui en est sortie.

    Nous sommes un pays complexe, singulier, difficile à comprendre, pour/par nous mêmes, et plus encore par beaucoup d'autres, y compris nos amis étatsuniens auxquels Tocqueville l'écrit à maintes reprises, et je repense à de Gaulle raccompagnant Dobrinyn venu menacer de déclencher des attaques nucléaires lors de la crise de Cuba et lui disant : "Eh bien, nous mourrons ensemble!". Je me souviens de son discours de Phnom Pen expliquant l'aberration de la guerre américaine au Vietnam, je repense également à la visite de Chirac aux Etats-Unis, le 18 septembre, une semaine après la destruction des Twin Towers; il était le premier chef d'Etat étranger à aller apporter son soutien au pays pour l'indépendance duquel nous avions combattu avec La Fayette . (à propos, avez-vous vu Obama?)...

    Il faut dire que nous en fûmes remerciés ; après le discours flamboyant de de Villepin à l'ONU, Condoleezza Rice déclara : « Il faut punir la France, ignorer l'Allemagne, et pardonner à la Russie » Et Dieu sait qu'ils ne nous ont pas oubliés, regardez le carnet des ventes de nos Rafales... 

    Maintenant il nous faut tenter de nous montrer à la hauteur de notre sursaut et suivre notre pente, mais comme le disait l'un de nous grands écrivains: "suivre sa pente pourvu que ce soit en montant!"

  • Retour du Québec

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    Lors de leur périple nord-américain, Tocqueville et Beaumont poussèrent jusqu’à la frontière, Saguinaw Bay sur le lac Huron, qu’ils atteignirent le 26 juillet 1831, après avoir traversé « le désert », entendons ici, la "Wilderness", la grande forêt.
    "Ce voyage au bout du monde, l’expérience anthropologique particulièrement intéressante qu’il permet, se prête à la réflexion philosophique. La petite « colonie » (même si le terme est un peu impropre) qui vit là comporte une trentaine d’habitants et met en présence cinq groupes humains tout à fait différents : les Indiens, les métis, les Anglais et les Français, et les pionniers américains.
    Les métis nommés les Bois-Brûlé, sont généralement les fils de blancs d’origine française qui ont épousé une Indienne, fondé une famille et vivent de la chasse et de la vente des peaux. Leur rencontre se fit de façon surprenante Pour arriver à Saginaw, les voyageurs doivent traverser la rivière, le passeur que Tocqueville a pris pour un Indien lui dit soudain avec cet accent caractéristique, celui des Bas-Normands de son village
    : « N’allez pas trop vitement, y en a des fois ici qui s’y noient. » « Mon cheval m’aurait adressé la parole que je n’aurais pas, je crois, été plus surpris », ajoute Tocqueville. La surprise ne s’arrête pas là, le Bois-Brûlé se met soudain à chanter, là-bas, au bout du monde, à près de 6 000 kilomètres de Paris :
    « Entre Paris et Saint-Denis
    Il était une fille…
    »
    On serait surpris à moins ! Et le lendemain, nouvel étonnement : le métis était absent mais sa jeune femme, une Indienne, psalmodiait sur un air indien Les cantiques de la Providence !
    Quant aux Anglais et aux Français, leur proximité et leur cohabitation au bout du monde ne font qu’accentuer les contrastes entre deux types d’hommes, deux civilisations, deux façons d’envisager le monde et la vie. Le Français est avenant et cordial, volontiers casanier, mais il se montre capable de se soumettre aux conditions les plus rudes, de vivre avec les Indiens, ou près d’eux, d’assimiler leurs coutumes et même de prendre femme. L’Anglais, lui, est froid, tenace, argumentateur. Ce serait une illusion de croire que ce portrait moral est le fait d’un anglophobe convaincu, Tocqueville au contraire a toujours eu la plus grande considération envers les Anglais (et n’oublions pas que Marie Mottley est anglaise). À ces quatre spécimens d’humanité, il convient d’ajouter le plus important en ces lieux : l’Américain, l’homme nouveau, le pionnier".


    Ensuite, les deux amis voyagent pendant deux semaines (21 août – 3 septembre ) dans le Bas-Canada, de Montréal à Québec (où ils séjournent une semaine) et découvrent que leurs compatriotes, abandonnés par le traité de 1763, constituent une population vivace et attachante ; Tocqueville retrouve-là les descendants de ses chers compatriotes :
    ‘Laissons place pour commencer au témoignage donné par Alexis à sa belle-sœur Émilie : « Si jamais vous allez en Amérique, chère sœur, c’est là qu’il faut venir vous établir. Vous retrouverez vos chers Bas-Normands trait pour trait. Monsieur Gisles, madame Noél , j’ai vu tous ces gens-là dans les rues de Québec, les beaux du pays ressemblent à vos cousins de la…. j’ai oublié le nom, c’est à s’y méprendre et les paysans nous ont assuré qu’ils n’avaient jamais besoin d’aller à la ville parce que c’étaient les « créatures » qui se chargeaient de tisser et de faire leurs habits».’P1050638_2.JPG (Voir : Tocqueville, un destin paradoxal, Bayard 2005, p. 84-94)

    Ce fut donc un très grand plaisir, pour moi, d’aller, à la demande de mes amis philosophes et sociologues, donner cinq conférences sur Tocqueville dans les universités de Laval (Québec) et de Motréal (Uqàm), regrettant de ne pouvoir répondre à l’invitation de l’université d’Ottawa qui arriva hors délai en raison de la réservation de la compagnie aérienne.
    A la demande de mes amis Québécois, je mettrai le texte de ces communications en ligne afin que chacun puisse en prendre connaissance.
    Je reviendrai également sur l’état actuel de la société québécoise qui a remarquablement réussi sa « Révolution tranquille » et constitue un modèle de société multiculturelle et ethnique, apaisée et véritablement démocratique, ce dont on rêve comme d’ un « Paradis perdu » ; et fait très notable, dans cette société pacifiée, les forces de police apparaissent comme peu nombreuses ; mais ceci explique cela !

     

    Trois conférences à Québec

     

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    M. Philip KNEE Faculté de Philosophie Bureau 426 Pavillon Félix-Antoine-Savard

    2325 rue des Bibliothèques Université Laval Québec QC G1V 0A6 Canada

    Conférence de Jean-Louis Benoît

    Les Ateliers de philosophie moderne et contemporaine dans le cadre du séminaire de Philip Knee (PHI-7201 – morale et politique) auront l'honneur d'accueillir Jean-Louis Benoît pour une conférence intitulée: « Tocqueville, religion et société », le lundi 5 octobre à 15h30, à la salle 413 du pavillon Félix-Antoine-Savard.

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    ***

    Québec Cégep Sainte Foy

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    Conférence de Jean-Louis Benoît, mercredi 7 octobre

    "L'actualité de Tocqueville - une éthique du politique : la dénonciation du racisme, de l'esclavage et du génocide des Indiens, Démocratie et religion, individualisme démocratique et toute puissance de l'Etat, risques et enjeux de la démocratie moderne... et quelques éléments sur l'expérience québécoise de Tocqueville".

     

    ***

     

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    ***

     

    Deux conférences à Montréal

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    Jean-Louis Benoît – Démocratie et religion chez Tocqueville

    La Chaire UNESCO d'étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique,

    La Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie

    lancent une série de conférences conjointes sur les fondements de la démocratie moderne.

    Pour l'année 2009-2010, le thème retenu est : RELIGION ET POLITIQUE

    Vous êtes cordialement invités à la première conférence:Démocratie et religion chez Tocqueville

    Par Jean-Louis Benoît, Agrégé de l'Université,

    Docteur ès Lettres, Professeur des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (e.r.)

    Mercredi 14 octobre, de 15h30 à 17h. - local D-R200 Avocat du diable : Yves Couture – UQAM -

    PUBLISHED IN: PHILOSOPHIE POLITIQUE TOCQUEVILLE UNESCO UQAM ON AT 9:21 PM LEAVE A COMMENT

    Cette conférence qui étudie les liens entre démocratie et religion chez le plus célèbre visiteur des États-Unis, Tocqueville, par un spécialiste de l'auteur, ouvre le séminaire conjoint sur les fondements de la démocratie moderne sur le thème en 2009-2010 de Religion et Politique.

    Unité responsable : Chaire UNESCO d'étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique

     

    ***

     

    Université du Québec à Montréal Séminaires 2009-2010 - Département de science politique -

     

    CONFÉRENCE - SÉMINAIRE DÉPARTEMENTALimages.jpeg

    1er Séminaire départemental

    La réception de Tocqueville en France aujourd’hui

    Conférencier :

    Jean-Louis Benoît

    Agrégé de l’Université, Docteur ès Lettres, Professeur des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (e.r.)

    Président et commentateur :Yves Couture - Professeur, Département de science politique, UQAM -

    Jeudi 15 octobre 2009, 12h30 à 14h00 Local A-3316

     

     

  • que le pouvoir arrête le pouvoir

    images.jpegDisciple de Montesquieu, Tocqueville considère qu'il est absolument obligatoire que le pouvoir arrête le pouvoir, si l'on veut éviter le despotisme!images.jpeg

    Je pense donc qu'il faut toujours placer quelque part un pouvoir social supérieur à tous les autres, mais je crois la liberté en péril lorsque ce pouvoir ne trouve devant lui aucun obstacle qui puisse retenir sa marche et lui donner le temps de se modérer lui-même.images.jpeg

    La toute-puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse. Son exercice me paraît au-dessus des forces de l'homme, quel qu'il soit, et je ne vois que Dieu qui puisse sans danger être tout-puissant, parce que sa sagesse et sa justice sont toujours égales à son pouvoir. Il n'y a donc pas sur la terre d'autorité si respectable en elle-même, ou revêtue d'un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacles. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu'on l'appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu'on l'exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis: là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d'autres lois.images.jpeg

    Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu'on l'a organisé aux États-Unis, ce n'est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et ce qui me répugne le plus en Amérique, ce n'est pas l'extrême liberté qui y règne, c'est le peu de garantie qu'on y trouve contre la tyrannie.

    Lorsqu'un homme ou un parti souffre d'une injustice aux États-Unis, à qui voulez-vous qu'il s'adresse ? À l'opinion publique ? c'est elle qui forme la majorité; au corps législatif ? il représente la majorité et lui obéit aveuglément; au pouvoir exécutif ? il est nommé par la majorité et lui sert d'instrument passif; à la force publique ? la force publique n'est autre chose que la majorité sous les armes; au jury ? le jury, c'est la majorité revêtue du droit de prononcer des arrêts: les juges eux-mêmes, dans certains États, sont élus par la majorité. Quelque inique ou déraisonnable que soit la mesure qui vous frappe, il faut donc vous y soumettre .

    Supposez, au contraire, un corps législatif composé de telle manière qu'il représente la majorité, sans être nécessairement l'esclave de ses passions; un pouvoir exécutif qui ait une force qui lui soit propre, et une puissance judiciaire indépendante des deux autres pouvoirs; vous aurez encore un gouvernement démocratique, mais il n'y aura presque plus de chances pour la tyrannie.images.jpeg

    Je ne dis pas que dans le temps actuel on fasse en Amérique un fréquent usage de la tyrannie, je dis qu'on n'y découvre point de garantie contre elle, et qu'il faut y chercher les causes de la douceur du gouvernement dans les circonstances et dans les mœurs plutôt que dans les lois.images.jpeg

    De la démocratie en Amérique, 1835,2e partie, ch. VII.

  • La démocratie, l’Eglise et l’Etat…relire Tocqueville

     

    Voici ce que je viens de trouver sur un site UMP : http://catholiques-ump.typepad.fr/catholiques_de_lump/

    On se rappelle sans doute que depuis quelque temps, aussi bien Sarkozy que Benoît XVI ont cru bon de faire appel à Tocqueville lui-même pour justifier leur appel à une laïcité positive ; en fait ce qu’ils souhaitent c’est plus de laïcité du tout.

    Rappelons quand même que si l’Eglise catholique pouvait régenter notre vie quotidienne, il n’y aurait ni procréation assistée, ni fécondation in vitro, ni pilule ni préservatif, ni divorce, et quoi encore…

    Souvenez-vous que Galilée n’a été réhabilité que voici quelques années, car pour l’obscurantisme, la religion catholique fait jeu égal avec les autres intégrismes religieux.

    Voici donc le début du texte de nos vaillants jeunes de l’UMP, puis deux textes de Tocqueville que je vous conseille de lire !

    Catholiques de l'UMP

    Blog de libre réflexion par des catholiques membres de l'UMP. "On ne peut séparer l'homme de Dieu, ni la politique de la morale", Thomas More

    Blog de libre réflexion Une "politique de civilisation" politique qui touche davantage encore à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c'est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation.

    Depuis trop longtemps la politique se réduit à la gestion restant à l’écart des causes réelles de nos maux qui sont souvent plus profondes. J’ai la conviction que dans l’époque où nous sommes, nous avons besoin de ce que j’appelle une politique de civilisation." (extrait des voeux de Nicolas Sarkozy aux Français)

    Bien que cette politique reste à définir, ce voeux rappelle celui de Jean-Paul II : l'établissement de "la civilisation de l'amour". Il s'agit pour nous catholiques d'un travail de long terme à mener sur la culture, l'éducation et le développement du sens de la dignité de la personne humaine. Cette politique de civilisation est bien différente de la simple gestion des problèmes économiques et sociaux à court terme, à laquelle s'est trop souvent cantonnée la Droite ; c'est ce qu'a bien compris Sarkozy.

    Si une nouvelle politique de civilisation doit être mise en oeuvre, ce qui serait très souhaitable, il incombe aux Catholiques d'y apporter leur pierre, pour qu'elle ne se fasse pas sans eux !

     

    N'est-ce pas beau comme l'antique?

    Benoit XVI & Sarko.jpgBenoît XVI et Sarkozy n'ayant pas hésité à faire appel à Tocqueville, ils osent tout! je vous livre ici deux textes de Tocqueville que vous pourrez retrouver avec beaucoup d'autres dans : Tocqueville, Notes sur le Coran et autres textes sur les religions.

    Lettre de Tocqueville à Corcelle,

    15 Novembre 1843

    Ce qui est [le] plus dangereux […] c’est l’esprit même du catholicisme, cet esprit intraitable qui ne peut vivre nulle part s’il n’est le maître. Le catholicisme, qui produit de si admirables effets dans certains cas, qu’il faut soutenir de tout son pouvoir parce qu’en France l’esprit religieux ne peut exister qu’avec lui, le catholicisme, j’en ai bien peur, n’adoptera jamais la société nouvelle, il n’oubliera jamais la position qu’il

    a eue dans l’ancienne et toutes les fois qu’on lui donnera des forces, il se hâtera d’en abuser. Je ne dirai cela qu’à vous.

    Mais je vous le dis, parce que je veux vous faire pénétrer dans ma plus secrète pensée. C’est celle-là qui me tourmente plus que toutes les autres. C’est cette idée générale qui m’occupe plus que toutes les idées particulières qui naissent des faits actuels15. Si ces faits n’étaient que la maladie, j’en prendrais

    mon parti. Mais ils ne sont que le symptôme d’une maladie plus grave, plus durable. C’est ce qui me désole. Le clergé ressemble parfaitement aux hommes de l’Ancien Régime. Dès qu’un vent de popularité lui arrive ou que la main du pouvoir se tend vers lui, il se croit follement le maître de la société et, au lieu de profiter de cette fortune pour prendre dans la nouvelle hiérarchie une place utile et grande quoique secondaire, il

    se fait briser en voulant se rasseoir à la première. Le même esprit qui a perdu la Restauration perdra toujours, j’en ai bien peur, le clergé et, malheureusement avec lui, la religion.

     

    ***

     

    La dénonciation du lien de l’Église avec le pouvoir politique se fait plus vigoureuse encore lorsque celui-ci est, comme le second Empire, moralement indéfendable; cette compromission ne peut faire que continuer à la discréditer. Tel est le sens de la lettre faussement déférente mais vraiment très ironique qu’il adresse à l’évêque de Coutances en mars1858 ; par trois fois, en janvier, février, mars, l’évêque avait fait expédier un mandement dans les paroisses pour appeler à prier pour « L’Envoyé du Très-Haut » entendez Napoléon III !

    Tocqueville n’imaginait pas « L’Envoyé du Très-Haut » avec les yeux globuleux et  la barbiche de Napoléon III, n’était-il pas, en outre, agnostique et fervent partisan de la séparation de l’Eglise et de l’Etat…

    LETTRE À MONSEIGNEUR DANIEL, ÉVÊQUE DE COUTANCES

    4 mars 1858

    Monseigneur,

    Je viens de recevoir l’Instruction pastorale que vous avez bien voulu m’adresser.

    J’ai été très touché que vous ayez bien voulu vous souvenir de moi dans cette circonstance. Veuillez agréer l’expression de ma vive reconnaissance. Je vous ai lu, Monseigneur; je vous ai admiré. J’ai admiré cette abondance de la parole qui n’ôte rien à la précision de l’idée; l’éclat du langage; la force de la pensée que les richesses de l’expression ornent et n’énervent point. J’ai reconnu, en un mot, les dons particuliers de votre éloquence, de cette éloquence qui pénètre dans l’esprit et touche le cœur.

    En même temps que je vous exprime avec une parfaite sincérité ces sentiments que la lecture de votre Mandement m’a inspirés, me permettrez-vous, Monseigneur, de vous soumettre, avec toute la défiance que je dois avoir en moi-même quand je vous parle, une observation critique. Elle se rapporte à ce paragraphe du Mandement, pageþ31, où vous parlez de l’Envoyé du Très-Haut, Celui que sa grâce a choisi, ce Ministre des divins Conseils, etc. Il m’a paru que ces paroles impliquaient une sorte de consécration au nom de la religion [du gouvernement actuel]; et j’avoue avec candeur que venant d’un homme tel que vous, elles m’ont ému. Je ne veux point, assurément, entrer dans une discussion politique. Je me suppose ami des institutions actuelles (ce que je confesse que je ne suis point), et, partant de cette donnée même, je me demande s’il n’y a pas

    quelque danger pour la religion à prendre parti pour le pouvoir nouveau et à le recommander en pareils termes au nom de Dieu. J’ai vu, de mon temps même, l’Église mêler aussi sa cause à celle du premier empereur; je l’ai vue de même couvrir de sa parole la Restauration; et il ne m’a pas semblé qu’elle eût

    profité de cette conduite. Dans un pays en révolution comme le nôtre, les jugements qui sont portés sur le pouvoir du moment ne sauraient être unanimes. Dans ces temps malheureux, on ne blâme pas seulement les actes du gouvernement; on conteste sa moralité, ses droits. Il y a encore aujourd’hui, en France, un

    grand nombre d’hommes qui regardent comme un acte de conscience de ne point reconnaître le nouveau pouvoir. Je crois qu’on ne saurait nier que parmi ceux-là il ne s’en trouve plusieurs qui par l’étendue de leurs lumières, l’honnêteté de leur vie, souvent par la sincérité de leur foi, sont les alliés naturels de l’Église, je dirais ses alliés nécessaires, si la religion n’avait sa principale force en elle-même.

    Parmi ceux mêmes qui approuvent la marche actuelle du pouvoir, combien peu ont honoré ses débuts et ses premiers actes? [Violer les serments les plus solennellement prêtés ou rejetés, renverser par la violence les lois qu’on s’était chargé de protéger, mitrailler dans Paris des hommes désarmés pour inspirer une terreur salutaire et prévenir la résistance… Ces actes, et je pourrais assurément en ajouter beaucoup d’autres,]

    ces actes peuvent être excusés et même approuvés par la politique; mais la loi morale universelle les réprouve [absolument]. Ceux qui ont présents ces souvenirs si récents de notre histoire [ne peuvent manquer d’éprouver] un trouble douloureux au fond de leur âme et une sorte d’ébranlement de leur croyance, en entendant les voix les plus autorisées couvrir de pareils actes au nom de la morale éternelle [un pouvoir si nouveau et qui a ainsi commencé].

    Voilà du moins, Monseigneur, le doute que je me permets de vous soumettre, en faisant appel à votre indulgence en faveur d’un homme qui professe pour vous autant de respect que d’attachement…

     

    Les passages entre crochets avaient été supprimés dans l’édition Beaumont, en 1864 par (ou pour la censure).

    Au nom de la charité chrétienne, il serait bon de rappeler aux bergers du moment que sauf à vivre dans le péché, ils doivent savoir que l’Eglise catholique refuse le divorce, interdit aux divorcés l’accès aux sacrements et leur impose, s’ils sont remariés, ils doivent s’abstenir de relations sexuelles et vivre dans la chasteté !

    L’Église catholique, quel esprit d’ouverture ; nul doute que Benoît XVI a rappelé toutes ces exigences également à Berlusconi et à Ingrid Betancourt !

     

  • L'art du portait : Louis-Napoléon croqué par Tocqueville

    Les Français revendiquent à cor et à cri leur sens de la démocratie et de la République, et nos hommes politiques...n'en parlons pas!

    D'ailleurs ceux-ci ne tarissent jamais d'éloges, de livres, sur nos deux grands démocrates que furent Napoléon Ier, qui saigna la France à blanc, et son pseudo-neveu qui acheva la tâche de son "oncle".Napoleon3.jpg

    "Nous avons fait (Napoléon Ier a fait) de nos alliés naturels, les Allemands, nos pires ennemis", écrivait Tocqueville à son neveu, attaché d'Ambassade à Vienne puis à Berlin. Quant à Napoléon III, que l'on admire tant également, il fut, lui aussi, constamment en guerre...jusqu'au Mexique, puis contre la Prusse, en 70. Idée de génie!

    On connaît la suite, comme une généalogie biblique, 70 engendra 14 qui engendra 39-45.

    Coût total des opérations :environ 100 millions de mort et une Europe condamnée au déclin.

    Mais ne dites pas cela à Max Gallo ni aux autres.

    Tocqueville qui fut, cinq mois,ministre des Affaires Etrangères, de celui que la hiérarchie catholique désignait à ses fidèles comme "l'envoyé du très-Haut" (ce qui fâchait Alexis qui n'imaginait pas celui-ci avec des yeux globuleux et une barbichette), et qui tenta, en vain d'empêcher cet obsessionnel de commettre son coup d'Etat, Tocqueville, dis-je, nous livre, dans ses Souvenirs, un délicieux portrait de l'empereur, esprit fumeux entouré de vauriens et de drôlesses!

    "La nation l'avait choisi pour tout oser, et ce qu'elle attendait de lui, c'était l'audace et non la prudence. Il avait toujours, dit-on, été très adonné aux plaisirs et peu délicat dans le choix. Cette passion de jouissances vulgaires et ce gout du bien-être s'étaient encore accrus avec les facilités du pouvoir. Il y alanguissait chaque jour son énergie, y amortissait et rabaissait son ambition même.

    Son intelligence était incohérente confuse, remplie de grandes pensées mal appareillées, qu’il empruntait tantôt aux exemples de Napoléon, tantôt aux théorie socialistes, quelquefois aux souvenirs de l'Angleterre où il avait vécu; sources très différentes et souvent fort contraires. Il les avait péniblement amassées dans des méditations solitaires, loin du contact des faits et des hommes, car il était naturellement rêveur et chimérique. Mais, quand on le forçait de sortir de ces vagues et vastes régions pour resserrer son esprit dans le limites d'une affaire, celui-ci se trouvait capable de justesse quelquefois de finesse et d'étendue, et même d'une certaine profondeur, mais jamais sûr et toujours prêt à placer une idée bizarre à côté d'une idée juste.

    En général, il était difficile de l'approcher longtemps et très près sans découvrir une petite veine de folie, courant ainsi au milieu de son bon sens, et dont la vue, rappelant sans cesse les escapades de sa jeunesse, servait à les expliquer.

    On peut dire, au demeurant, que ce fut sa folie plus que sa
raison qui, grâce aux circonstances, fit son succès et sa force 
car le monde est un étrange théâtre. Il s'y rencontre des moments 
où les plus mauvaises pièces sont celles qui y réussissent le mieux. Si Louis Napoléon avait été un homme sage, ou même un homme de génie, il ne fût jamais devenu président de la République.

    Il se fiait à une étoile ; il se croyait fermement l'instrument de 
la destinée et l'homme nécessaire. J'ai toujours cru qu'il était 
réellement convaincu de son droit, et je doute que Charles X ait jamais été plus entiché de sa légitimité qu'il l'était de la sienne ; 
aussi incapable, du reste, que celui-ci, de rendre raison de sa foi : car s'il avait une sorte d'adoration abstraite pour le peuple il ressentait très peu de goût pour la liberté. Le trait caractéristique et fondamental de son esprit, en matière politique, était la haine et le mépris des assemblées. Le régime de la monarchie constitutionnelle lui paraissait plus insupportable que celui même de la république. L'orgueil que lui donnait son nom, qui était sans bornes, s'inclinait volontiers devant la nation, mais il se révoltait à l'idée de subir l'influence d'un parlement.

    Il avait eu, avant d'arriver au pouvoir, le temps de renforcer ce goût naturel que les princes médiocres ont toujours pour la valetaille, par les habitudes de vingt ans de conspirations passés au milieu d'aventuriers de bas étage, d'hommes ruinés ou tarés, de jeunes débauchés, seules personnes qui, pendant tout ce temps, avaient pu consentir à lui servir de complaisants ou de complices. Lui-même, à travers ses bonnes manières, laissait percer quelque chose qui sentait l'aventurier et le prince de hasard. Il continuait à se plaire au milieu de cette compagnie subalterne, alors qu'il n'était plus obligé d'y vivre.

    Je crois que la difficulté qu'il avait à exprimer ses pensées autrement que par écrit l'attachait aux gens qui étaient depuis longtemps au courant de ses idées et familiers avec ses rêveries, et que son infériorité dans la discussion lui rendait, en général, le contact des hommes d'esprit assez pénible. Il désirait, d'ailleurs, avant tout, rencontrer le dévouement à sa personne et à sa cause (comme si sa personne et sa cause avaient pu le faire naître) ; le mérite le gênait pour peu qu'il fût indépendant. Il lui fallait des croyants en son étoile et des adorateurs vulgaires de sa fortune. On ne pouvait donc l'approcher qu'en passant à travers un groupe de serviteurs intimes et d'amis particuliers, dont le général Changarnier me disait, dès ce temps-là, qu'on pouvait les définir presque tous par ces deux mots qui rimaient ensemble : escrocs et marauds.

    En somme rien n'était au-dessous de ses familiers si ce n'est sa famille composée en majeure partie de vauriens et de drôlesses.

    Tel est l'homme que le besoin d'un chef et la puissance d'un souvenir avaient mis à la tête de la France, et avec lequel nous allions avoir à la gouverner.napoleon3.jpg

     

    Fort heureusement, le Très-Haut nous épargne de telles turpitudes!images.jpeg

     

    Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas; la hiérarchie catholique a toujours été démocrate, de nos jours encore...La preuve : elle a soutenu Pétain, Mussolini et Franco et canonise, aujourd'hui, les prêtres franquistes, alors que les autres, on n'a pas attendu, ils ont été "canonisés" par l'artillerie franquiste avec la bénédiction des prélats !images.jpegimages.jpeghitler_pretres.jpg


  • Un chapitre de la seconde Démocratie dont les résonances sont fort actuelles

    Voici un chapitre fort intéressant de la seconde Démocratie de Tocqueville qui permet de comprendre pourquoi, dans la seconde partie du XXe siècle, tous les redécouvreurs de Tocqueville (dont Aron, mais également Jacob Peter Mayer à qui l'on doit la mise en place de l'édition des Oeuvres Complètes, chez Gallimard, Furet, mais on aurait grand tort d'oublier Soboul qui analyse avec soin l'approche historique de la Révolution française par Tocqueville, dans l'Encyclopaedia Universalis, Lefebvre, qui rédigea l'introduction de L'Ancien Régime et la Révolution, Braudel, qui rédigea l'introduction des Souvenirs, dans l'édition Folio) ou bien étaient de formation marxiste ou avaient une solide culture marxiste. Dans son fort intéeessant Tocqueville, Jacques Coenen-Huther explique comment le sociologue Ralf Dahrendorf: "a malicieusement présenté une description de la 'révolution de la modernité' qui constitueen fait un habile montage d'extraits du manifeste communiste et de la première Démocratie". A mon sens, le passage qui suit, emprunté à la seconde Démocratie est encore plus significatif. L'analyse des faits (comme en ce qui concerne Le Coup d'Etat du dix-huit Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte) et celle de la situation et des enjeux est identique chez les deux politistes, même si les jugements et choix qui suivent sont différents, voire opposés (on pourra consulter sur ce point mon Tocqueville moraliste).

    Le "prophétisme" de Tocqueville est une formule facile et déplacée, mais son analyse de la possible montée d'un capitalisme industriel, celui des maîtres de forges du XIXe siècle est encore beaucoup plus prégnante pour nous, aujourd'hui, au comment où le capitalisme financier, international et dévoyé, relève du banditisme de la mafia bancaire et capitalistique pour lequel la vie des individus n'a aucune importance et où l'emploi - qui met en question la vie des individus, des familles et des  économies locales - n'est plus qu'une variable d'ajustement!

    Dans le cas précis du texte qui suit, et dont la rigueur est absolument remarquable, on peut penser, juger et/ou regretter que l'hypothèse de Tocqueville selon laquelle la prise de contrôle de la société et de l'économie par une aristocratie inhumaine et pire que tout ce qui a précédé, relève d'un choix de classe, d'un aveuglement volontaire; il n'empêche que ce texte requiert toute notre attention apr les temps qui courent!

    Deuxième partie

     

    CHAPITRE XX

     

    COMMENT L'ARISTOCRATIE POURRAIT SORTIR DE L'INDUSTRIE

     

    J'ai montré comment la démocratie favorisait les développements de l'industrie, et multipliait sans mesure le nombre des industriels; nous allons voir par quel chemin détourné l'industrie pourrait bien à son tour ramener les hommes vers l'aristocratie.

    On a reconnu que quand un ouvrier ne s'occupait tous les jours que du même détail, on parvenait plus aisément, plus rapidement et avec plus d'économie à la pro­duc­tion générale de l’œuvre.

    On a également reconnu que plus une industrie était entreprise en grand, avec de grands capitaux, un grand crédit, plus ses produits étaient à bon marché.

    Ces vérités étaient entrevues depuis longtemps, mais on les a démontrées de nos jours. Déjà on les applique à plusieurs industries très importantes, et successivement les moindres s'en emparent.

    Je ne vois rien dans le monde politique qui doive préoccuper davantage le législa­teur que ces deux nouveaux axiomes de la science industrielle.

    Quand un artisan se livre sans cesse et uniquement à la fabrication d'un seul objet, il finit par s'acquitter de ce travail avec une dextérité singulière. Mais il perd, en même temps, la faculté générale d'appliquer son esprit à la direction du travail. Il devient chaque jour plus habile et moins industrieux, et l'on peut dire qu'en lui l'hom­me se dégrade à mesure que l'ouvrier se perfectionne.

    Que doit-on attendre d'un homme qui a employé vingt ans de sa vie à faire des têtes d'épingles? et à quoi peut désormais s'appliquer chez lui cette puissante intelli­gence humaine, qui a souvent remué le monde, sinon à rechercher le meilleur moyen de faire des tètes d'épingles !

    Lorsqu'un ouvrier a consumé de cette manière une portion considérable de son existence, sa pensée s'est arrêtée pour jamais près de l'objet journalier de ses labeurs; son corps a contracté certaines habitudes fixes dont il ne lui est plus permis de se départir. Et, un mot, il n'appartient plus à lui-même, mais à la profession qu'il a choisie. C'est en vain que les lois et les mœurs ont pris soin de briser autour de cet homme toutes les barrières et de lui ouvrir de tous côtés mille chemins différents vers la fortune; une théorie industrielle plus puissante que les mœurs et les lois l'a attaché à un métier, et souvent à un lieu qu'il ne peut quitter. Elle lui a assigné dans la société une certaine place dont il ne peut sortir. Au milieu du mouvement universel, elle l'a rendu immobile.

    À mesure que le principe de la division du travail reçoit une application plus complète, l'ouvrier devient plus faible, plus borné et plus dépendant. L'art fait des progrès, l'artisan rétrograde. D'un autre côté, à mesure qu'il se découvre plus manifes­tement que les produits d'une industrie sont d'autant plus parfaits et d'autant moins chers que la manufacture est plus vaste et le capital plus grand, des hommes très riches et très éclairés se présentent pour exploiter des industries qui, jusque-là, avaient été livrées à des artisans ignorants ou malaisés. La grandeur des efforts nécessaires et l'immensité des résultats à obtenir les attirent.

    Ainsi donc, dans le même temps que la science industrielle abaisse sans cesse la classe des ouvriers, elle élève celle des maîtres.

    Tandis que l'ouvrier ramène de plus en plus son intelligence à l'étude d'un seul détail, le maître promène chaque jour ses regards sur un plus vaste ensemble, et son esprit s'étend en proportion que celui de l'autre se resserre. Bientôt il ne faudra plus au second que la force physique sans l'intelligence; le premier a besoin de la science, et presque du génie pour réussir. L'un ressemble de plus en plus à l'administrateur d'un vaste empire, et l'autre à une brute.

    Le maître et l'ouvrier n'ont donc ici rien de semblable, et ils diffèrent chaque jour davantage. Ils ne se tiennent que comme les deux anneaux extrêmes d'une longue chaî­ne. Chacun occupe une place qui est faite pour lui, et dont il ne sort point. L'un est dans une dépendance continuelle, étroite et nécessaire de l'autre, et semble né pour obéir, comme celui-ci pour commander.

    Qu'est-ce ceci, sinon de l'aristocratie ?

    Les conditions venant à s'égaliser de plus en plus dans le corps de la nation, le besoin des objets manufacturés s'y généralise et s'y accroît, et le bon marché qui met ces objets à la portée des fortunes médiocres, devient un plus grand élément de succès.

    Il se trouve donc chaque jour que des hommes plus opulents et plus éclairés consacrent à l'industrie leurs richesses et leurs sciences et cherchent, en ouvrant de grands ateliers et en divisant strictement le travail, à satisfaire les nouveaux désirs qui se manifestent de toutes parts.

    Ainsi, à mesure que la masse de la nation tourne à la démocratie, la classe parti­culière qui s'occupe d'industrie devient plus aristocratique. Les hommes se montrent de plus en plus semblables dans l'une et de plus en plus différents dans l'autre, et l'inégalité augmente dans la petite société en proportion qu'elle décroît dans la grande.

    C'est ainsi que, lorsqu'on remonte à la source, il semble qu'on voie l'aristocratie sortir par un effort naturel du sein même de la démocratie.

    Mais cette aristocratie-là ne ressemble point à celles qui l'ont précédée.

    On remarquera d'abord que, ne s'appliquant qu'à l'industrie et à quelques-unes des professions industrielles seulement, elle est une exception, un monstre, dans l'ensem­ble de l'état social.

    Les petites sociétés aristocratiques que forment certaines industries au milieu de l'immense démocratie de nos jours renferment, comme les grandes sociétés aristocra­tiques des anciens temps, quelques hommes très opulents et une multitude très misérable.

    Ces pauvres ont peu de moyens de sortir de leur condition et de devenir riches, mais les riches deviennent sans cesse des pauvres, ou quittent le négoce après avoir réalisé leurs profits. Ainsi, les éléments qui forment la classe des pauvres sont à peu près fixes; mais les éléments qui composent la classe des riches ne le sont pas. À vrai dire, quoiqu'il y ait des riches, la classe des riches n'existe point; car ces riches n'ont pas d'esprit ni d'objets communs, de traditions ni d'espérances communes. Il y a donc des membres, mais point de corps.

    Non seulement les riches ne sont pas unis solidement entre eux, mais on peut dire qu'il n'y a pas de lien véritable entre le pauvre et le riche.

    Ils ne sont pas fixés à perpétuité l'un près de l'autre; à chaque instant l'intérêt les rapproche et les sépare. L'ouvrier dépend en général des maîtres, mais non de tel maître. Ces deux hommes se voient à la fabrique et ne se connaissent pas ailleurs, et tandis qu'ils se touchent par un point, ils restent fort éloignés par tous les autres. Le manufacturier ne demande à l'ouvrier que son travail, et l'ouvrier n'attend de lui que le salaire. L'un ne s'engage point à protéger, ni l'autre à défendre, et ils ne sont liés d'une manière permanente, ni par l'habitude, ni par le devoir.

    L'aristocratie que fonde le négoce ne se fixe presque jamais au milieu de la popu­lation industrielle qu'elle dirige; son but n'est point de gouverner celle-ci, mais de s'en servir.

    Une aristocratie ainsi constituée ne saurait avoir une grande prise sur ceux qu'elle emploie; et, parvint-elle à les saisir un moment, bientôt ils lui échappent. Elle ne sait pas vouloir et ne peut agir.

    L'aristocratie territoriale des siècles passés était obligée par la loi, ou se croyait obligée par les mœurs, de venir au secours de ses serviteurs et de soulager leurs misères. Mais l'aristocratie manufacturière de nos jours, après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir. Ceci résulte naturellement de ce qui précède. Entre l'ouvrier et le maître, les rapports sont fréquents, mais il n'y a pas d'association véritable.

    Je pense qu'à tout prendre, l'aristocratie manufacturière que nous voyons s'élever sous nos yeux est une des plus dures qui aient paru sur la terre; mais elle est en même temps une des plus restreintes et des moins dangereuses.

    Toutefois, c’est de ce côté que les amis de la démocratie doivent sans cesse tour­ner avec inquiétude leurs regards; car, si jamais l'inégalité permanente des condi­tions et l'aristocratie pénètrent de nouveau dans le monde, on peut prédire qu'elles y entreront par cette porte.

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  • L’Eglise et L’Etat, politique, religion et laïcité

    L’Eglise et L’Etat, politique, religion et laïcité

    Benoit XVI & Sarko.jpgVoici quelques mois on a cru bon, dans les sphères du pouvoir, en France et au Vatican, de faire appel à Tocqueville pour renforcer les liens entre un Etat qui se veut laïc et les religions. C’est oublier que Tocqueville a souligné que la première chose qui l’a frappé, en arrivant aux Etats-Unis, avait été de constater chez un peuple « religieux » la séparation effective du religieux et du politique. Alors qu’en France le traumatisme des persécutions religieuses de la Révolution subsiste, les États-Unis offrent l’exemple d’un peuple et d’un État vivant sous un régime démocratique dans lequel la religion est d’autant mieux établie et d’autant plus forte qu’elle est séparée du politique ; mieux encore, c’est dans l’exacte mesure où la religion reste à l’écart de la sphère politique qu’elle est la principale force politique du pays :

    « À mon arrivée aux États-Unis, ce fut l'aspect religieux du pays qui frappa d'abord mes regards.[…]

    J'avais vu parmi nous l'esprit de religion et l'esprit de liberté marcher presque tou­jours en sens contraire. Ici, je les retrouvais intimement unis l’un à l'autre : ils régnaient ensemble sur le même sol.

    Chaque jour je sentais croître mon désir de connaître la cause de ce phénomène.[…]

    Ceci me conduisit à examiner plus attentivement que je ne l'avais fait jusqu'alors la position que les prêtres américains occupent dans la société politique. Je reconnus avec surprise qu'ils ne remplissent aucun emploi public. Je n'en vis pas un seul dans l'administration, et je découvris qu'ils n'étaient pas même représentés au sein des assemblées.

    La loi, dans plusieurs États, leur avait fermé la carrière politique ; l'opinion dans tous les autres.

    Lorsque enfin je vins à rechercher quel était l'esprit du clergé lui-même, j'aperçus que la plupart de ses membres semblaient s'éloigner volontairement du pouvoir, et mettre une sorte d'orgueil de profession à y rester étrangers ».

    Pour le reste, Tocqueville se garde bien de juger ce qu’il en est de la foi réelle et du conformisme, de l’authenticité et du pharisaïsme et/ou des convenances d’une société puritaine. Pour l’individu avoir la foi et poser les gestes de la foi sont deux choses différentes ; pour la société, l’apparence compte plus que le fond des choses. Peu importe, pour la société, qu’un acte soit authentiquement religieux ou moral puisque d’un point de vue sociétal l’apparence offre ici la même garantie pour le corps social que la réalité : l’exigence sectaire est purement formelle et se moque bien des canons kantiens ainsi qu’il l’écrit à son ami Kergorlay :

    « [Aux États-unis] on suit une religion comme nos pères prenaient une médecine au mois de mai, si ça ne fait pas de bien, a-t-on l’air de dire, au moins ça ne peut pas faire de mal, et il est d’ailleurs convenable de se conformer à la règle commune ».

    On le voit le propos est familier ce qui se comprend mieux quand on sait que Tocqueville était essentiellement agnostique.

     

    En 1858, Monseigneur Daniel, évêque de Coutances ayant appelé, par trois fois, les paroissiens de son diocèse à prier pour l’envoyé du Très-Haut, Tocqueville - qui n’imaginait pas celui-ci avec la barbichette et les yeux globuleux de Napoléon III - prend sa plume et écrit à son évêque ce petit texte dont on admirera l’ironie :

     

     

     

    À MONSEIGNEUR ***, ÉVÈQUE DE...

    Tocqueville, 4 mars 1858

     

    Monseigneur,

    Je viens de recevoir l’Instruction pastorale que vous avez bien voulu m’adresser.

    J'ai été très-touché que vous ayez bien voulu vous souvenir de moi dans cette circonstance. Veuillez agréer l'expression de ma vive reconnaissance. Je vous ai lu, monseigneur ; je vous ai admiré. J'ai admiré cette abondance de la parole qui n'ôte rien à la précision de l'idée ; l'éclat du langage ; la force de la pensée que les richesses de l'expression ornent et n'énervent point. J'ai reconnu, en un mot, les dons particuliers de voire éloquence, de cette éloquence qui pénètre dans l'esprit et touche le cœur.

    En même temps que je vous exprime avec une parfaite sincérité ces sentiments que la lecture de votre Mandement m'a inspirés, me permettrez-vous, monseigneur, de vous soumettre, avec toute la défiance que je dois avoir en moi-même quand je vous parle, une observation critique. Elle se rapporte à ce paragraphe du Mandement, page 31, où vous parlez de l'Envoyé du Très-Haut, Celui que sa grâce a choisi, ce Ministre des divins Conseils, etc. Il m'a paru que ces paroles impliquaient une sorte de consécration au nom de la religion [ du gouvernement actuel ] ; et j'avoue avec candeur que venant d'un homme tel que vous, elles m'ont ému. Je ne veux point assurément, entrer dans une discussion politique. Je me suppose ami des institutions actuelles (ce que je confesse que je ne suis point), et, partant de cette donnée même, je me demande s'il n'y a pas quelque danger pour la religion à prendre parti pour le pouvoir nouveau et à le recommander en pareils termes au nom de Dieu. J'ai vu, de mon temps même, l'Église mêler aussi sa cause à celle du premier empereur ; je l'ai vue de même couvrir de sa parole la Restauration ; et il ne m'a pas semblé qu'elle eût profité de cette conduite. Dans un pays en révolution comme le nôtre, les jugements qui sont portés sur le pouvoir du moment ne sauraient être unanimes. Dans ces temps malheureux, on ne blâme pas seulement les actes du gouvernement ; on conteste sa moralité, ses droits. Il y a encore aujourd'hui, en France, un grand nombre d'hommes qui regardent comme un acte de conscience de ne point reconnaître le nouveau pouvoir. Je crois qu'on ne saurait nier que parmi ceux-là il ne s'en trouve plusieurs qui par l'étendue de leurs lumières, l'honnêteté de leur vie, souvent par la sincérité de leur foi, sont les alliés naturels de l'Église, je dirais ses alliés nécessaires, si la religion n'avait sa principale force en elle-même.

    Parmi ceux mêmes qui approuvent la marche actuelle du pouvoir, combien peu ont honoré ses débuts et ses premiers actes ? [ Violer les serments les plus solennellement prêtés ou rejetés, renverser par la violence les lois qu’on s’était chargé de protéger, mitrailler dans Paris des hommes désarmés pour inspirer une terreur salutaire et prévenir la résistance... Ces actes, et je pourrais assurément en ajouter beaucoup d’autres, ] ces actes peuvent être excusés et même approuvés par la politique ; mais la loi morale universelle les réprouve [ absolument ]. Ceux qui ont présents ces souvenirs si récents de notre histoire, [ ne peuvent manquer d’éprouver ] un trouble douloureux au fond de leur âme et une sorte d'ébranlement de leur croyance, en entendant les voix les plus autorisées couvrir de pareils actes au nom de la morale éternelle [ un pouvoir si nouveau et qui a ainsi commencé ].

    Voilà du moins, Monseigneur, le doute que je me permets de vous soumettre, en faisant appel à votre indulgence en faveur d'un homme qui professe pour vous autant de respect que d'attachement.

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    Les récentes prises de position de Benoît XVI me rappellent les propos d’un de mes amis, Etienne Charpentier, l’un des grands biblistes français disparu voici 25 ans : « L’Église catholique me fait penser à l’un de ces chats des dessins animés qui avancent levant la tête, voire fermant les yeux, sans s’apercevoir qu’au bout d’un moment ils marchent au-dessus du vide ».Benoit 16 Sarko1.jpg

     

     

    (J’ai reproduit ici le texte tel qu’il parut dans le tome VII de l’édition Beaumont, mais j’ai fait apparaître en caractères gras et entre [...] ce qui avait été supprimé par (ou pour) la censure. Malgré ces suppressions, l’attaque restait forte, contre le régime et contre l’attitude de l’évêque.)Religion & société2.doc

    Tocqueville & la religion txt jlb.doc

    On pourra également se reporter aux deux adresses suivantes :

    http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoit_jean_louis/benoit_jean_louis.html

    http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/de_tocqueville.html

     



     

  • Des nouvelles du site consacré à Tocqueville

    Chers amis, chers collègues,

    J'ai cessé de tenir ce blog depuis plusieurs mois maintenant. Il était trop composite - je traiterai sur un autre blog de l'actualité politique car il n'est plus possible de ne pas analyser ce qui se passe - et, en outre j'ai consacré de longs moments à des recherches documentaires qu'il me faut maintenant mettre en forme.

    Ce blog sera donc consacré désormais uniquement à l'actualité des travaux et recherches tocquevilliennes.

    Dans l'immédiat je vous indique les liens qui vous permettront d'accéder au site de Jean-Marie Tremblay, site bénévole et très remarquable qui met en ligne plus de 4000 textes des classiques des sciences sociales, du XVIIIe siècle à nos jours.

    Jean-Marie Tremblay m'a fait l'amitié de mettre en ligne deux de mes ouvrages :

    Tocqueville, Notes sur le Coran et autres textes sur les Religions notes_sur_le_coran_L8.jpg

    et

    Alexis de Tocqueville, Textes économiques, Anthologie critique, publié avec Eric Keslassy.textes_economiques_L17.jpg

    Vous pourrez en outre le texte de communications que j'ai faites dans des colloques internationaux (texte de ma communication au colloque du bicentenaire, faite à la Beinecke Library de l'Université Yale de New Haven), textes de conférences et d'articles publiés dans des revues spécialisées. Enfin des dossiers à l'usage des lycéens et étudiants, mais aussi à leurs professeurs et à l'honnête homme du XXIe siècle désireux d'obtenir des renseignements biographiques et bibliographiques sur Tocqueville.

    Donc, dans l'immédiat, je vous souhaite une bonne lecture. 

    JLB

    jennifer.jpgAvec Jennifer Pitts et Lucia, devant le buste d'Alexis, à Tocqueville.

     

    http://classiques.uqac.ca/

     

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    http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/de_tocqueville.html