mardi, 03 juin 2008

Soyez curieux, consultez un site Québécois qui vous présente de nombreux textes..

Vous pouvez consuter la version pdf, peut-être pluslisibleChicoutimi2.pdf Pour ceux que cela intéresse, vous trouverez quelques textes sur ce site de Jean-Marie Tremblay, sociologue à l’université de Chicoutimi ; vous l’avez déviné, c’est pas en France qu’on verrait cela ! : http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoit_jean_louis/benoit_jean_louis.html Nous entendons beaucoup parler de Tocqueville actuellement par de « nouveaux convertis », anciens camarades maoïstes, trotskystes, communistes, compagnons de route des Beaux Quartiers qui disposent de tous les accès aux médias et aux hebdomadaires : "passe-moi le sénevé, je te passe la moutarde » je te renvoie l’ascenseur…alors, forcément, il y a du pique et du carreau et des interviews qui valent leur poids de cacahuètes… Ne soyez pas médisants…je ne suis pas superstitieux…ça porte malheur. Je repense à la compassion de nos collègues américains lors de la seconde partie du colloque du bicentenaire dont j’étais coorganisateur, avec Françoise Mélonio et Olivier Zunz de l’Université de Virginie. La première partie s’était déroulée « chez moi/nous », en Basse-Normandie, au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, puis une après-midi aux Archives départementales de St Lô, -fonds Tocqueville et très belle exposition- puis une séance à l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Seconde partie à l’Université Yale de New Haven le site Tocquevillien les plus important des Etats-Unis… Et là, franchement, nos collègues, c’est-à-dire, les vrais spécialistes de Science Politique des Etats-Unis et de Tocqueville étaient très malheureux pour nous des événements qui se déroulaient : un « intellectuel » médiatique faisait campagne médiatique « sur les pas de Tocqueville »…je ne me souviens plus du nom ! Bizarre, je sais qu’il est bien connu …vous n’avez pas une idée ; notre homme bénéficiait du concours des « concours actifs » des attachés « culturels" de l’ambassade…. Inutile de vous dire que quand on n’est pas Normalien Supérieur, de la rue d’Ulm, universitaire & parisien, on peut toujours attendre une recension de vos travaux, en France, tout au moins ; ça tient franchement de l’omerta ! Curieusement, vous pouvez trouver des textes en ligne, susceptibles de vous intéresser : mon dernier ouvrage sur Tocqueville et les religionsqui ne traite pas que du Coran et du monde musulman(20% du livre), mais du fait religieux en général, de l’hindouisme, du christianisme et du catholicisme. Vous trouverez également un texte sur religion et politique dans l’élection américaine, notamment… Je l’avais expédié au Monde...rien, rien sur mes textes antérieurs, rien sur les sept livre que j’ai publiés et dont il est question dans les livres des chercheurs américains, alors j’ai résilié mon abonnement. Un lecteur doit se reconnaître dan son journal et réciproquement… Et d’autres textes de communications et de conférences qui peuvent vous intéresser même si elles ne sont pas relayées par les jumelles Omerta et Nomenklatura… Voilà ! Vous aurez remarqué que pour la célébration du bicentenaire de Tocqueville (2005) les médias – français – ont été d’une discrétion absolue, à l’exception de France Culture et de …direct 8 : 10 minutes le matin du jour anniversaire. J’avais signalé l’affaire à ARTE et France 5 : Rien, pas leur problème…mais si les amis d’Mossieu s’en mêlent/s’enmêlent, ou quelques autres, dont je tairai les noms, ça pourrait changer ! Voici la recension de mon dernier livre, publiée par Georges Leroux, professeur de philosophie dans une université canadienne: “Tocqueville et les religions”. Un article publié dans le journal Le Devoir, Montréal, édition du samedi 10 novembre 2007, page F 28. Tocqueville avait pris ses distances à l'égard du catholicisme doctrinal, mais il avait développé, dans les deux volets de La Démocratie en Amérique, une doctrine de la religion comme ferment social qui l'avait conduit ensuite à considérer les autres religions dans la même perspective. Célébré en 2005, le bicentenaire de la naissance d'Alexis de Tocqueville fut salué par de nombreuses publications. Parmi celles-ci, une biographie importante nous permettait de prendre toute la mesure du personnage: après André Jardin, son premier biographe, Jean-Louis Benoît, éditeur de la correspondance familiale, a pris le relais dans un portrait soucieux de mettre en relief les paradoxes d'un intellectuel qui fut à la fois un grand théoricien et un militant plongé dans les combats politiques de son temps (Tocqueville. Un destin paradoxal, Bayard). Déchiré entre ses origines aristocratiques et une conviction démocratique profonde, Tocqueville apparaît surtout comme un homme intègre, rigoureux et suprêmement intelligent. L'intérêt de rassembler ses écrits sur les religions est d'autant plus grand que Tocqueville semble avoir eu à l'égard de la religion la même attitude que celle de Max Weber: lui-même, chrétien «spiritualiste», avait pris ses distances à l'égard du catholicisme doctrinal, mais il avait développé, dans les deux volets de La Démocratie en Amérique, une doctrine de la religion comme ferment social qui l'avait conduit ensuite à considérer les autres religions dans la même perspective. Jean-Louis Benoît connaît de l'intérieur cet ensemble de textes dispersés dans l'oeuvre et il les présente aujourd'hui dans un ensemble très utile. Religion et démocratie Tocqueville pratiquait déjà une sorte de sociologie de la religion et, autant sur l'islam que sur l'hindouisme, il se montre à la fois sévère et très tolérant. Cette anthologie en donne la preuve. Protecteur des musulmans d'Algérie, il apporta son soutien à leurs écoles et aux mosquées. Sa lecture du Coran, minutieuse et détaillée, l'amène pourtant à formuler un jugement très critique. Même s'il pensait que toutes les religions sont vraies et utiles, parce qu'elles entretiennent au sein de la société la perspective d'un bien transcendant à rechercher au-delà des satisfactions matérielles, il ne doutait pas que certaines fussent inférieures à d'autres. À l'égard de l'islam, il exprimera surtout une réelle déception devant les appels répétés à la violence dans le Coran et le peu de place laissé à la liberté: son correspondant, Arthur de Gobineau, le trouve cependant injuste sur ces deux points et on trouve dans leur échange l'écho de l'ambivalence qui pénétrait alors l'orientalisme français, écho qui se perpétuera par exemple chez Louis Massignon. Admiratif devant l'habileté politique de Mahomet, Tocqueville reconnaît que le Coran constitue un progrès immense sur le polythéisme antérieur, mais il s'inquiète au spectacle de la passion qui lui semble constitutive de la religion musulmane. L'étude de ses notes sur le texte montre un intérêt pour la théologie de la grandeur divine et pour le souci compassionnel de la justice, mais une réelle réticence devant les propos conquérants. Plusieurs analyses conservent aujourd'hui une certaine pertinence, notamment quand Tocqueville attribue la faiblesse des nations musulmanes à leur théologie politique. Il ne peut cependant qu'observer la profondeur du sentiment religieux et les liens authentiques avec une doctrine de la justice communautaire. Un des morceaux les plus passionnants de ce livre est la partie consacrée à Abd el-Kader, qui s'était vu reconnaître la souveraineté sur une partie importante de l'Algérie par le Traité de la Tafna en 1837. Tocqueville raconte cet épisode et compare l'émir à Cromwell; il montre aussi tout ce que son pouvoir doit à la religion. Ces textes se trouvent au coeur du débat très vif en France sur la position de Tocqueville concernant la colonisation: très critique, comme Jean-Louis Benoît le fait observer, il ne la justifia jamais par l'argument colonial de la mission civilisatrice, ni par la supériorité du christianisme. Tocqueville demandait pour l'Algérie justice et rigueur, mais il savait que la colonisation se faisait toujours aux dépens des colonisés. Comme Massignon plus tard, il réclamait le respect de la culture, mais il trouva bien peu d'écoute. Quand il intervient en 1847 contre la spoliation des biens des fondations musulmanes, il plaide pour une aide matérielle à l'Algérie. Il ne cesse de répéter que la colonisation «déconsidère» la France et que la destruction des monuments et des temples justifie le mépris des colonisés pour les colons. Cette anthologie offre également des sections sur l'hindouisme et le christianisme, catholique et protestant: pour la religion de l'Inde, Tocqueville blâme fortement le soutien au système des castes, alors que, pour le christianisme, son jugement annonce les théoriciens de la sécularisation. Il croit en effet que la modernité constitue une reprise des valeurs chrétiennes d'universalité et d'humanité et que le christianisme se trouve dès lors au fondement de la morale moderne. La correspondance avec Gobineau propose plusieurs comparaisons avec l'islam et se conclut sur une interprétation du christianisme comme religion quasi naturelle des temps démocratiques. Des notes très riches sur la séparation de l'Église et de l'État complètent ce dossier, de même qu'un appareil bibliographique renvoyant à plusieurs sites Internet où le lecteur trouvera les textes de Tocqueville en accès libre et plusieurs ressources pour les étudier. Collaborateur du Devoir Autres textes que vous pouvez trouver en ligne: Notes sur le Coran
 et autres textes sur les religions Alexis de Tocqueville, Présentation et notes de Jean-Louis Benoît, Éditions Bayard, Paris, 2007, 175 pages 

Jean-Louis Benoît, “Société et religion: sécularisation laïcité et politique. - Les élections américaines, la société musulmane et le déclin du catholicisme européen à la lumière du texte tocquevillien -.” (2008). Texte inédit, 8 mai 2008. [Autorisation accordée par l'auteur de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales, le 8 mai 2008.] Texte téléchargeable ! 

Alexis de Tocqueville, NOTES SUR LE CORAN ET AUTRES TEXTES SUR LES RELIGIONS. Présentation et notes de Jean-Louis Benoît. Paris: Les Éditions Bayard, 2007, 175 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation conjointe accordée le 28 mai 2008 par M. Jean-Louis Benoît et Les Éditions bayard de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.] Texte téléchargeable !

 
“Tocqueville: L’homme et la religion, le fait religieux et la société”. Texte d’une conférence faite à la Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, Granville, le 9 octobre 2007. Texte téléchargeable !
 
“Tocqueville: La démocratie au risque de son armée”. Un article publié dans la revue The Tocqueville Review / La revue Tocqueville, Numéro spécial Alexis de Tocqueville (1805-1859) A Specal Bicentennial Issue, vol. XXVII, no 2, 2006, pp. 191-207. [Autorisation accordée par l'auteur de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales, le 23 octobre 2007.] Texte téléchargeable !


“Alexis de Tocqueville: textes en ligne et bibliographie”, 2006. Texte téléchargeable !


“Alexis de Tocqueville: Repères chronologiques”. 2006. Texte téléchargeable !

 “Tocqueville n’aurait pas voté Bush”. Saint-Aubin, France, le 20 novembre 2006, 9 pp. [Réponse à l'article de Jean-Philippe Chartré, “Le devoir de philo. Tocqueville voterait-il Bush ?” (2006). Un article publié dans le journal LE DEVOIR, Montréal, édition du samedi 22 avril 2006, pages B6]. Texte inédit. Texte téléchargeable !

“Réflexions sur le 11 septembre”. St-Aubin, France, le 11 septembre 2006. Texte inédit. Texte téléchargeable !
 “Restaurer la démocratie” (2006). Réflexion personnelle sur la situation politique actuelle, résultat d'une dérive commencée en 1970. 23 avril 2006. Texte téléchargeable !

“Relectures de Tocqueville.” (2001). Un article publié dans la revue Le Banquet, n°16, 2001. Texte téléchargeable !
 “Tocqueville aurait-il enfin trouvé ses juges ? Ôter son masque au parangon de la vertu démocratique !” Un article publié dans la revue ResPublica, décembre 2001. Texte téléchargeable !

“Foi, Providence et religion chez Tocqueville”. (1990) Le texte de cette communication a été publié avec les actes du colloque international sur L’Actualité de Tocqueville qui s’est déroulé à St-Lô en septembre 1990, à l’initiative de l’association Lire à St-Lô, dont l’auteur était le président, en partenariat avec le Conseil général de la Manche. Mme Françoise Mélonio, Gwenaël Huet et l’auteur coorganisaient ce colloque et François Furet assurait la direction scientifique. Les actes de ce colloque ont été publiés en 1991 dans le n° 19 des Cahiers de philosophie politique et juridique de Caen ; la présente communication y figure aux pages 119-134. Texte téléchargeable !
 Rappelez-moi, Bartabas et sa subvention…on peut pas subventionner tout le monde, évidemment …Béjart ; obligé d’aller travailler en Suisse et en Belgique…sacrés Français, comme dit l’autre !

lundi, 12 mai 2008

Un pouvoir singulier Un singulier Pouvoir

10 mai, journée pour une célébration de la mémoire de l’esclavage et de la mémoire de l’abolition. Décision prise par Jacques Chirac en 2006, initiative juste, chacun en convient même si certains eussent préféré une autre date, par exemple de l’anniversaire de la loi Schœlcher, par exemple.1345654575.jpg Le président vient encore de se prononcer sur ce sujet pour que ceci fasse l’objet d’un enseignement dans le primaire. Pourquoi pas, ou bien sûr…Rappelons malgré tout qu’il faudra bien tenir les programmes au moment même où on diminue le volume horaire. Rappelons également que l’école et le collège voient se multiplier depuis des lustres des missions différentes, qui ne lui incombent pas obligatoirement de par sa nature et sa fonction mêmes. On a vu ainsi la prévention routière et la sécurité routière imposer chacune son intervention et son influence par l’intermédiaire de l’école… Bref il y a là bien des domaines et des missions à définir. C’est une philosophie de l’école qui est en question et cela mérite discussion. Les historiens sont très critiques sur la lecture, la pratique et l’instrumentalisation sarkozienne de l’histoire. Beaucoup de Français ont fort critiqué le livre, ou au moins le titre du volume II d’Henri Amouroux : juin 40 juin 41, 40 millions de pétainistes ; est-il plus sage d’affirmer que la France, la seule, la vraie, c’est celle de la Résistance… D’autant plus que le même pouvoir fait une chasse aux sans papiers stupide et inhumaine. Que la France ne puisse accueillir toute la misère du monde, chacun en convient. Que les étrangers en situation irrégulière qui multiplient les délits, que ceux qui sont des délinquants notoires : proxénètes, trafiquants notoires de drogues ou d’être humains soient chassés et interdits de retour, quoi de plus juste. Qu’on renvoie, ou tente de renvoyer sans pitié ni distinction des personnes qui suivent des traitements lourds dont ils ne peuvent bénéficier chez eux, c’est inhumain ! Qu’on renvoie de travailleurs qui font tourner des pans entiers de l’économie, dans le bâtiment et la restauration, c’est une injustice d’une stupidité crasse ! La France a, pour cette raison, et bien d’autres, cessé d’être attractive. Les cadres de haut niveau mariés à des étrangers hors communauté s’installent en Belgique ou en Suisse. Les universités américaines font le plein d’étudiants de talent de tous pays, ce n’es plus le cas de la France qui dissuade les meilleurs volontés ! Pire, ceux qui ont coûté le plus cher aux finances nationales n’ont plus qu’une idée, partir aux Etats-Unis, ou en Angleterre : un gâchis, parfois une trahison. Dans le même temps où on affirme, à juste titre, la nécessité de développer la recherche, on se refuse à leur donner des postes convenables, et ceux-là n’ont d’autre choix que de quitter un pays si ingrat et stupide qui n’est généreux que pour las amis du pouvoir. Rappelons, pour en revenir à notre point de départ, que sous l’occupation il y eut des milliers de justes, appartenant à touts les catégories sociales, qui ont caché des Juifs et d’autres personnes recherchées, contre la volonté d’un pouvoir singulier qui collaborait avec les pratiques inhumaines de l’occupant Nazi. Et eux aussi, ils ont refusé d’obéir à la loi, conscients qu’il existe un devoir de résistance, une nécessité de transgresser une loi qui, par définition, est légale – puisque, comme l’écrivait Tocqueville, le despote trouve toujours un juriste pour donner forme à ses dérives, les lois antijuives de Pétain, par exemple -. Les lois sont dans ce cas illégitimes.1914533631.jpg Puisqu’on aime bien citer à temps et contretemps Tocqueville dans les allées du pouvoir, qu’on relise donc ce texte remarquable : « Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même ? Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c'est la justice. La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple. Une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d'appliquer la justice qui est sa loi. Le jury, qui représente la société, doit-il avoir plus de puissance que la société elle-même dont il applique les lois ? Quand donc je refuse d'obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j'en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain ».1451799833.jpg Tocqueville établit ici la distinction essentielle, qu’Hannah Arendt développé dans La désobéissance civile (In Du mensonge à la violence, Agora Pocket, pp. 53-104) dans la vie courante je suis contraint d’obéir et j’obéis aux lois de l’Etat dans lequel je vis, et je puis aller vivre ailleurs si celles-ci ne me conviennent pas ! Mais le souverain , l’Etat, la volonté générale peuvent aller contre les lois de l’humanité, voter des lois iniques, alors j’ai non seulement le droit mais le devoir de désobéir, d’en appeler à la face du monde de ces lois évidemment « légales », puisque tout despote trouve un juriste pour les rédiger et une assemblée, démocratique ou non pour les voter : « dans tous les pays civilisés, à côté d’un despote qui commande, se rencontre presque toujours un légiste qui régularise et coordonne les volontés arbitraires et incohérentes du premier ». Mais ces lois « légales » sont illégitimes au nom des valeurs universelles, celles du christianisme comme celles des principes des Lumières.370871522.jpg

mercredi, 16 avril 2008

La démocratie se meurt! Vive l’aristocratie/caste Bling-Bling

Pour savoir si nous sommes en démocratie, il suffit de répondre à une question. Dans une société aristocratique, ou de caste, les solidarités sont horizontales comme nous l’explique Tocqueville : Madame de Sévigné et les siens ignoraient ce que ces que souffrir quand on n’est point gentilhomme1790572627.jpg. Dans une société démocratique, les solidarités sont verticales , cela s’appelle le Contrat Social, qui fait, par exemple, que tous ont le droit à des lunettes. Tocqueville soulignait le risque de voir surgir avec le capitalisme industriel, une nouvelle aristocratie, une société de caste, comme par exemple celle de Neuilly aujourd’hui. Relisons-le donc pur en tirer profit : « [...] Mais cette aristocratie-là ne ressemble point à celles qui l'ont précédée1212858455.jpg. [...] Le manufacturier ne demande à l'ouvrier que son travail, et l'ouvrier n'attend de lui que le salaire. L'un ne s'engage point à protéger, ni l'autre à défendre, et ils ne sont liés d'une manière permanente, ni par l'habitude, ni par le devoir. L'aristocratie que fonde le négoce ne se fixe presque jamais au milieu de la population industrielle qu'elle dirige ; son but n'est point de gouverner celle-ci, mais de s'en servir. [...] L'aristocratie territoriale des siècles passés était obligée par la loi, ou se croyait obligée par les mœurs, de venir au secours de ses serviteurs et de soulager leurs misères. Mais l'aristocratie manufacturière de nos jours, après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir. Ceci résulte naturellement de ce qui précède. Entre l'ouvrier et le maître, les rapports sont fréquents, mais il n'y a pas d'association véritable. Je pense qu'à tout prendre, l'aristocratie manufacturière que nous voyons s'élever sous nos yeux est une des plus dures qui aient paru sur la terre [...] c'est de ce côté que les amis de la démocratie doivent sans cesse tourner avec inquiétude leurs regards ; car, si jamais l'inégalité permanente des conditions et l'aristocratie pénètrent de nouveau dans le monde, on peut prédire qu'elles y entreront par cette porte. (De la démocratie en Amérique, II, 2e partie, ch. XX)89693605.jpg

vendredi, 11 janvier 2008

Sociétés et religions : les élections américaines, laïcité et sécularisation, le déclin du catholicisme européen ; Tocqueville, une lecture de pleine actualité !

Les élections américaines qui se déroulent, le contraste saisissant d’une société américaine où le fait religieux semble s’imposer dans la campagne et la société française, laïcisée et sécularisée, pays catholique en voie de déchristianisation, autant de questions de société qui se posent à nous avec une acuité accrue en ce début de troisième millénaire. Le problème majeur est aujourd’hui celui de l’articulation du politique et du religieux, des choix d’aujourd’hui dépendent directement la sauvegarde – ou plutôt la restauration - de la paix ou la guerre généralisée, le conflit qui débouche sur l’Apocalypse comme le montre avec force René Girard dans son dernier livre (1). Le plus choquant, aujourd’hui, est l’incompréhension réciproque existant dans l’articulation du religieux et du politique entre les sociétés étatsuniennes, européennes et les sociétés musulmanes (2) ; or nos concitoyens sont sans outils intellectuels pour aborder cette problématique. Les présentations qui sont faites aujourd’hui dans les médias, et qui seront beaucoup plus importantes dans les mois à venir - puisque c’est du conflit généralisé et apocalyptique ou de la paix et de la survie qu’il est question - sont obligatoirement superficielles puisque, de par leur nature même ces émissions ne peuvent pas vraiment permettre de comprendre une problématique qui se pose depuis la fin du XVIII siècle, globalement depuis la naissance des républiques américaine (Etats-Unis) et française. Or il se trouve que, de 1835 à 1859, Tocqueville a abordé ces questions et mis en évidence la nature profonde des questions qui se posent aux sociétés démocratiques. La place et le rôle de la religion au Etats-Unis. (Re)lisons Tocqueville : Aux États-Unis, la religion se confond donc avec toutes les habitudes nationales et tous les sentiments que la patrie fait naître; cela lui donne une force particulière.[…] En Amérique, la religion s'est, pour ainsi dire, posé elle-même ses limites; l'ordre religieux y est resté entièrement distinct de l'ordre politique, de telle sorte qu'on a pu changer facilement les lois anciennes sans ébranler les anciennes croyances.6dac40045c7b5280708a43faa48cefe6.jpg […]C'est la religion qui a donné naissance aux sociétés anglo-américaines : il ne faut jamais l'oublier; aux États-Unis, la religion se confond donc avec toutes les habitudes nationales et tous les sentiments que la patrie fait naître; cela lui donne une force particulière ». Mais il ajoute que si la religion doit : « être considérée comme la première de leurs institutions politiques, c’est dans la mesure où elle s'est, pour ainsi dire, posé elle-même ses limites; l'ordre religieux y est resté entièrement distinct de l'ordre politique… » La lecture de Tocqueville nous permet de mieux comprendre la double tradition étatsunienne : celle des pères fondateurs qui construisaient le pays et ses institutions la Bible à la main, et celle des hommes formés à l’école des Lumières, comme Jefferson ( ambassadeur en France de mai 1785 à août 1789), pour lequel la construction d’un «mur de séparation » entre l’État et les Églises constitue une impérieuse nécessité. Ce principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat figure dès le premier amendement, dans l’Amérique de Jefferson : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion » ; principe d’autant plus pertinent qu’aux Etats-Unis, dès le début, on n’a pas affaire à un Eglise mais à une pluralité d’Eglises et de sectes. Aussi, depuis lors, les Etats-Unis ont vu successivement au pouvoir l’une ou l’autre des tendances (mais parler d’alternance serait trop réducteur). Tantôt les présidents soulignent leur distance vis-à-vis de la religion. Jefferson était agnostique, John Quincy Adams, que Tocqueville rencontra pendant son voyage (3) , était un partisan convaincu de la laïcité, choisissant de prêter serment, non sur la Bible, mais la Constitution des États-Unis. Théodore Roosevelt ne prêta serment sur aucun livre ; Franklin Pierce et Herbert Hoover n'ont, quant à eux, pas juré, mais promis de remplir fidèlement leurs fonctions et de défendre la Constitution. Kennedy, lui, prêta serment sur une version catholique de la Bible. Mais, la religion catholique étant minoritaire et perçue comme naturellement monopoliste, il prit soin de mettre en avant la séparation entre l’Etat et les Eglises. Ce n’est que depuis 1956, la Guerre Froide aidant, les Américains se sentent remplis d’une mission divine que la devise : « In God we trust » a remplacé sur le dollar « E pluribus unum » qui vantait les mérites de l’union et de l’association !4bdb89b2e612b90eacfa54c1d9dc9618.jpg Auourd’hui, comme en 1831, un homme politique ne peut faire carrière s’il professe ouvertement son athéisme ou attaque toutes les Eglises ou sectes comme le soulignait Tocqueville : « Aux États-Unis, lorsqu'un homme politique attaque une secte, ce n'est pas une raison pour que les partisans mêmes de cette secte ne le soutiennent pas; mais s'il attaque toutes les sectes ensemble, chacun le fuit, et il reste seul ». Mais cette revendication religieuse relève sans doute, comme en conviennent nombre d’Américains en privé, d’un positionnement politique, idéologique et sociétal que d’une foi profonde comme Tocqueville le soulignait déjà : « Je ne sais si tous les Américains ont foi dans leur religion, car qui peut lire au fond des cœurs ? Mais je suis sûr qu'ils la croient nécessaire au maintien des institutions républicaines. Cette opinion n'appartient pas à une classe de citoyens ou à un parti, mais à la nation entière; on la retrouve dans tous les rangs. »041d370e14cb656def03b0a0c274f600.jpg Il entre dans cette religiosité du pragmatisme, de l’hypocrisie, une sorte de pari économique qui espère une sorte de retour sur investissement : « [Aux États-unis] on suit une religion comme nos pères prenaient une médecine au mois de mai, si ça ne fait pas de bien, a-t-on l’air de dire, au moins ça ne peut pas faire de mal, et il est d’ailleurs convenable de se conformer à la règle commune. » Le catholicisme va-t-il mourir ? .Etienne Charpentier, l’un des grands biblistes français disparu accidentellement voici 25 ans, était l’un de mes amis. Que de fois l’avons-nous entendu répéter, non sans une réelle ironie devant le tragique de la situation : « L’Église catholique me fait penser à l’un de ces chats des dessins animés qui avancent levant la tête, voire fermant les yeux, sans s’apercevoir qu’au bout d’un moment ils marchent au-dessus du vide » Pour Tocqueville, l’Eglise catholique est son meilleur/pire ennemi, voici ce qu’il écrivait à son ami Corcelle, le 15 novembre 1843 : « Ce qui est [le] plus dangereux […] c'est l'esprit même du catholicisme, cet esprit intraitable qui ne peut vivre nulle part s'il n'est le maître. Le catholicisme, qui produit de si admirables effets dans certains cas, qu'il faut soutenir de tout son pouvoir parce qu'en France l'esprit religieux ne peut exister qu'avec lui, le catholicisme, j'en ai bien peur, n'adoptera jamais la société nouvelle. Il n'oubliera jamais la position qu'il a eue dans l'ancienne et toutes les fois qu'on lui donnera des forces, il se hâtera d'en abuser.[…] Le clergé ressemble parfaitement aux hommes de l'ancien régime. Dès qu'un vent de popularité lui arrive ou que la main du pouvoir se tend vers lui, il se croit follement le maître de la société et, au lieu de profiter de cette fortune pour prendre dans la nouvelle hiérarchie une place utile et grande quoique secondaire, il se fait briser en voulant se rasseoir à la première. Le même esprit qui a perdu la Restauration perdra toujours j'en ai bien peur, le clergé et, malheureusement avec lui, la religion ».e1e34c2425e071572817ef8a5934b25a.jpg « Cette citation est malheureusement vraie […] et je n'avais pas encore lu ce risque aussi bien exprimé », convenait voici peu l’un des responsables du service religieux d’un grand journal catholique répondant à l’un de mes courriers. Tocqueville a été témoin du rendez-vous manqué de l’Eglise catholique avec l’Histoire. Après la Restauration l’Eglise qui s’était discréditée, estime Tocqueville, en soutenant le régime, retrouve son rang, sa place et l’estime de la population, puis elle se fourvoie à nouveau. Elle se mêle de politique de la pire façon qui soit, en soutenant alors et depuis lors, les régimes les plus conservateurs et/ou réactionnaires, antidémocratiques et antirépublicains : de Napoléon III à Pétain, en passant par Mussolini et Franco. Aujourd’hui le catholicisme romain (5) subit l’extrême violence de ce retour du refoulé, l’insupportable vestige du cadavre dans le placard. Tocqueville s’est violemment indigné du soutien de l’Eglise et de la hiérarchie catholique à un despote liberticide (5). En mars 1858 il écrit à l’Evêque de Coutance qui vient d’appeler ses ouailles par trois fois en trois mois à prier pour, « L’envoyé du Très-Haut ». Cet attelage de la religion et du pouvoir constitue, explique-t-il : « un danger pour la religion à prendre parti pour le pouvoir nouveau et à le recommander en pareils termes au nom de Dieu. J’ai vu, de mon temps même, l’Église mêler aussi sa cause à celle du premier empereur ; je l’ai vue de même couvrir de sa parole la Restauration ; et il ne m’a pas semblé qu’elle eût profité de cette conduite. Dans un pays en révolution comme le nôtre, les jugements qui sont portés sur le pouvoir du moment ne sauraient être unanimes. Dans ces temps malheureux, on ne blâme pas seulement les actes du gouvernement ; on conteste sa moralité, ses droits.[…] La loi morale universelle réprouve absolument [les exactions du pouvoir impérial]. Ceux qui ont présents ces souvenirs si récents de notre histoire, [ ne peuvent manquer d’éprouver ] un trouble douloureux au fond de leur âme et une sorte d’ébranlement de leur croyance, en entendant les voix les plus autorisées couvrir de pareils actes au nom de la morale éternelle… » Tocqueville estime également que le pontificat de Pie IX, dont il est contemporain (6), ne peut que conduire l’Eglise catholique à son déclin pour cette raison à laquelle il en ajoute deux autres, d’une part, une surcharge dogmatique inutile – l’invention du dogme de l’Immaculée conception, par exemple – d’autre part parce que, sauf à prendre la voie de l’intégrisme ou du fanatisme, les religions ne doivent pas aller inutilement, en des temps démocratiques, à rebours des moeurs. Si aujourd’hui les églises sont vides, si depuis 25 ans le nombre des « messalisants » a chuté de 84% (7) c’est parce qu’il n’y a pas de relève. Pourquoi? Parce que les femmes de ma génération se sont trouvées de facto hors de l’Eglise, de la communion, des sacrements en refusant de se soumettre aux exigences anachroniques de l’encyclique Huamane Vitae. « La femme fait les mœurs », écrit Tocqueville, elles faisaient également le cathéchisme et assuraient la transmission sinon de la foi, du moins de la pratique religieuse. Aujourd’hui l’Eglise de France est devant ce paradoxe : dans ce pays où plus des 2/3 des citoyens se considère(raient), aujourd’hui encore, sinon comme catholiques, du moins comme de tradition catholique [tradition avec laquelle ils accepteraient volontiers de renouer…s’il y avait une offre] moins de 20% des enfants d’une tranche d’âge font aujourd’hui leur communion contre plus de 80% en 1970 ! On le voit, les textes de Tocqueville demeurent d’une complète actualité et leur lecture permettrait à nos concitoyens d’aborder les problèmes majeurs qui se posent actuellement d’une façon un peu plus approfondie.… Notes 1 - Achever Clausewitz, Carnetsnord, 2007. 2 - La question se pose, on le remarquera, entre les religions du livre, leur coexistence possible ou non, conflictuelle ou pacifique, et la sécularisation, la possibilité d’une évolution vers une démocratie laïque, alors que cette problématique n’a guère de sens pour le monde asiatique, par exemple ; de plus cette opposition est asymétrique : Etats-Unis, Europe, monde musulman – qui ne correspond pas exactement à une entité géographique - , reste à poser le problème du continent africain partagé entre islam et religions et/ou sectes chrétiennes… 3 - Tocqueville prend fait et cause pour la séparation du religieux et du politique, des Eglises et de l’Etat, qu’il a expérimentée dans l’Amérique de Jefferson, qui n’est mort que depuis cinq ans lorsque Tocqueville arive aux Etats-Unis. 4 - Pensons ici aux trois grandes nations catholiques que sont l’Italie, l’Espagne et la France. 5 - Tocqueville n’a aucun doute à ce sujet, n’oublions pas, en outre, que le régime fut à peu près continuellement en guerre, et que le « Neveu » qui n’en était pas un, acheva les forfaits de l’oncle qui avait fait, écrit Tocqueville : « de nos alliés naturels (les Allemands) nos pires ennemis, qu’il engagea la France dans la guerre de 1870 d’où sortirent les deux guerres mondiales. René Girard souligne comment la montée aux extrêmes qui mène à l’Apocalypse naît des ces guerres franco-allemandes. 6 - Tocqueville était ministre des Affaires étrangères dans le second gouvernement Barrot – 2 juin -30 octbre 1849- et il se trouva en charge de l’intervention militaire française (à laquelle il était opposé) ; il voulait, toute sa correspondance privée et officielle l’établit, contraindre le pape à amnistier tous les républicains qui s’étaient emparés de Rome et à donner une constitution libérale à ses Etats. Louis-Napoléon Bonaparte choisit, pour marquer son autorité, de renvoyer, inconstitutionnellement, le gouvernement sur cette question. 7- Je travaille ici d’après lenquête de La Croix en 2006. 8 - Quinze jours au désert, in Gallimard, « la Pléiade », I, p. 219-220.

vendredi, 04 janvier 2008

Le Dakar et l’effet Sarko Ier

Depuis le début de la campagne présidentielle, plus on avance plus notre Président Bienaimé Sarko Ier évoque le "neveu", qui n’en était pas un, le Hollandais Napo III , tant admiré d’une partie de notre classe politique démocratique et républicaine qui se met en posture d’oblation devant l’Oncle et le pseudo-« Neveu ».92fcdcbcfcc5b48af772640f2357543b.jpg8002b68385f0480791cd4da3816c4c78.jpg C’est vrai qu’avec eux, nos ancêtres n’ont pas été déçus, la France a toujours été en guerre, avant le premier Empire, de l’Italie à L’Egypte où le responsable d’une double défaite militaire, maritime et terrestre, et qui de surcroît avait abandonné son armée, s’auréola de gloire, jusqu’à la guerre d’Espagne et cette grande aventure russe qu’Hitler, un grand démocrate, lui aussi, crut bon d’imiter. Le « Neveu » « L’Envoyé du Très –Haut » comme l’écrivait la hiérarchie catholique, dont l’Evêque de Coutances, appelant comme ses « collègues » tous ses ouailles à prier pour l’Empereur, mena la France d’interventions militaires en conflits déclarés, de la Crimée à l’Italie, du Mexique à l'Algérie, et, pour finir en apothéose en France, contre la Prusse, à Sedan ! On sait la suite : 1870 engendra 1914 qui engendra 1939-1945 !L’oncle qui « fit de nos alliés naturels nos pires ennemis » [comme l’écrit Tocqueville qui explique à son filleul comment la paix en Europe repose sur un équilibre des quatre puissances : l’Angleterre, la France, la Russie et une Allemagne qui doit se réunifier] et le « Neveu » ont écrit le désastre de l’Europe. On ne le dit jamais. Tocqueville avait annoncé à son neveu que tout système d’alliance de la France avec l’Angleterre et/ou la Russie contre l’Allemagne aboutirait à un conflit généralisé qui conduirait l’Europe à son déclin. Mais les Français et leurs dirigeants ont bien d’autres choses à faire qu’à lire Tocqueville ! Faire semblant de le citer parfois, sans l’avoir lu, certes ! Pas plus ! Je reviens à mon propos : après le 11 septembre et la seconde guerre d’Irak, la France n’a pas eu à subir d’attentats. Même si les proches de Ben Laden sont très réservés, voire hostiles, à la France, s’ils ont dénoncé la loi contre le voile, les choses en sont restées là, malgré notre engagement en Afghanistan, où des otages français ont même été libérés, notre diplomatie ayant pris des engagements quant à une sortie de la France de ce conflit. Notre Bien-aimé Sarko Ier avait même dit, je crois, pendant sa campagne, que la France n’avait pas vocation à occuper d’autres Etats. Après la campagne, notre Président alla voir le Président Bush, que ses concitoyens considèrent comme le pire président que les Etats-Unis aient connu, puis il est revenu, et il a clamé bien fort que la France renforcerait son engagement en Afghanistan. Chose dite, chose faite : nos Mirages qui étaient basés hors de l’Afghanistan furent désormais installés dans le pays. On allait voir ce qu’on allait voir, nous renforcerions notre contingent et notre engagement. Voici quelques jours des Français voyageant en Mauritanie, ont été attaqués, quatre d’entre d’eux tués, par un groupe se réclamant d’Al Quaïda. Tous les spécialistes présents sur le plateau d’une émission de Calvi [qui fait, avec quelques autres un remarquable travail de journalisme, et donne de la profession une image de grande qualité] convenaient que cette agression était une réponse claire des milieux islamistes de la mouvance d’Al Quaïda, aux dernières prises de position de notre Président Bien-aimé ! Aujourd’hui le Quai d’Orsay demande aux Français de ne pas aller en Mauritanie, on demande au Dakar d’éviter le pays, preuve que toutes ces menaces sont bien réelles. C’est ça l’effet impulse Sarko Ier. J’ai écrit ici qu’avec Sarko Ier la France aurait été engagée en Irak, maintenant, ça y est, c’est comme si on y était ! Et pendant ce temps là …Les Caucus au balcon Nos amis Américains s’apprêtent, peut-être, à voter pour un président noir, Barak Obama, avocat de quarante six ans !5c923d28498724af5c8a43b95f967c68.jpg Imagine-t-on cela en France ? Pas question, on veille ! Pas question qu’un Ivoirien ou Malien d'origine, âgé de 46 ans et avocat, puisse s’engager dans une course à la présidence : d’abord on veille à ce qu’ils ne deviennent pas avocats ; on les accepte comme éboueurs ; mais faut pas exagérer. Et puis après, nous, on a les quotas, notre ami Brice Hortefeux veille : tout le monde dehors ! Non mais ! d68c98abf2e5d046fc075799bb5d329d.jpg Et de plus, on va se faire bénir chez Benedictus Sixtine,

0c5af18bd8cc81986e3c39064f70bfb9.jpg
alors, circulez, y’a rien à voir ! C’est grand, c’est beau, c’est généreux la France. Ajouterais-je que voir, enfin, le Dakar disparaître, ne me cause pas un grand chagrin : quelques enfants qui ne seront pas écrasés, quelques puits qui ne seront pas souillés, un peu moins d'essence de gaspillée...

jeudi, 26 juillet 2007

Quelques recensions

Vous pouvez consulter les recensions suivantes, par ordre chronoogique décroissant : Notes sur le Coran et autres textes sur les religions e595614d5208f8a05fe6b433fcaa5fa4.jpg Microsoft Word - La Presse de la Manche 24 juin 2007.pdf Tocqueville un destin paradoxal ca8a50f2c0de8ea86db63e7cdcee10b5.jpg Tocqueville un destin paradoxal Marianne.pdf Tocqueville moraliste d139cfcaf0a59b26cc11e8de79adcb5b.jpg Tocqueville moraliste Recension Revues ÉTVDES & Commentaires.pdf Tocqueville moraliste & Comprendre T. in REVUE FRANÇAISE DE SOCIOLOGIE.pdf Comprendre Tocqueville 7babdce8987caf0d31ba429c13e9d29b.jpg Microsoft Word - Comprendre Tocqueville recension ESPRIT.pdf

vendredi, 13 juillet 2007

Encore Tocqueville : Salauds de pauvres !

Avec Jennifer Pitts, Université de Princeton, et sa fille Lucia, à Tocqueville, devant le buste d'Alexis9a6c7daf46e22fd81a4676d4063f4f32.jpg On peut lire dans Le Monde du 29 mai dernier sous le titre : Répression ou protection : cinq siècles de gestion des "pauvres", le commentaire suivant : « Dès 1835, Alexis de Tocqueville énonce l’existence de cette « classe oisive et paresseuse, vivant aux dépens de la classe industrielle et travaillante ». C’est désormais une habitude de nos vaillants chercheurs que de citer Tocqueville, à temps et à contre temps. Précisons un peu les choses avant de donner aux lecteurs le texte exact auquel il pourra se référer pour se faire une opinion véritable, en se fiant à son intelligence du texte, mais pour cela, il faut lui permettre de faire la lecture du texte lui-même que je mets donc en ligne ici. La phrase de Tocqueville n’est pas prise exactement dans son contexte, celui de l’assistance de la Loi des Pauvres en Angleterre qui aboutissait à un certain nombre de dérives rapportées dans le premier Mémoire sur le paupérisme. Tocqueville a rédigé deux Mémoires sur la question du paupérisme ; le premier présenté à l’Académie de Cherbourg, en 1835, et publié, le second, écrit en 1837, demeura inachevé et fut publié dans le tome XVI des œuvres complètes chez Gallimard, en 1989. Le premier texte fait une analyse de ce fléau nouveau que constitue le paupérisme qui naît de la révolution industrielle, le second propose un certain nombre de solutions, qu’il convient de replacer dans leur époque, mais qui ont quelques points communs avec des éléments qu'on trouve chez Mohammed Yunus, quand il crée une banque des pauvres, ou chez Amartya Sen. Tocqueville considérait que, devant les crises cycliques qui ne manqueraient pas de naître de/dans la révolution industrielle, les remèdes ne relevant que de l’assistance ne règleraient rien, quant au fond, mais amèneraient des dérives pires que le mal. Le traitement de ces crises doit d’abord être, selon lui, d’ordre économique et structurel : participation, développement de la petite propriété agricole, banque au service des pauvres, sociétés coopératives ouvrières de production, et non pas d’ordre seulement social. Les solutions sociales, prises seules, ne constituant qu’un palliatif à effet momentané, alors qu'elles peuvent et doivent jouer un rôle complémentaire comme il le met en évidence dans l'ébauche de programme de gouvernement pour la Jeune gauche (dont il est l'un des fondateurs), qu'il rédige en 1847. Cela a été l’erreur de la gestion française de la crise économique et du chômage : à partir de Giscard. Toute l’énarchie a considéré que le chômage ne constituait pas un problème absolu puisque l’économie, qui tournait encore, permettait d’indemniser le chômage jusqu’à environ 10% de la population active ; mieux, c’est-à-dire pire, on a, pour faire tourner l’économie, multiplié les plans dits « sociaux » consistant à multiplier les fermetures d’usines, et les chômeurs, pour le plus grand bénéfice des « rentiers de Paris ». Les socialistes ont fait mieux encore : jamais la bourse ne s’est mieux portée que sous le pharaon Mitterand Ier. Nos éminents énarques et inspecteurs des finances n’avaient oublié qu’une chose : le coût social du chômage et ses effets induits qui conduisent à l’implosion de la société et du Contrat social et l’explosion des banlieues. Revenons donc à Tocqueville qui écrivait dans son premier Mémoire sur le paupérisme: « Mais je suis profondément convaincu que tout système régulier, permanent, administratif, dont le but sera de pourvoir aux besoins du pauvre, fera naître plus de misères qu'il n'en peut guérir, dépravera la population qu'il veut secourir ». Dans le second Mémoire, il avançait plusieurs propositions : le développement de la petite propriété agricole (1), la nécessité de rendre également les ouvriers propriétaires au moins en partie d’une part du produit de leur usine – la participation -, ou de leur outil de travail par le développement de ce que sont aujourd’hui des SCOP, Sociétés Coopératives Ouvrières de Production, la création d’une banque des pauvres. Voici quelques textes tirés du second Mémoire sur le paupérisme – 1837- : Faire que le paysan puisse être propriétaire de sa terre en favorisant la propriété : « Le moyen le plus efficace de prévenir le paupérisme parmi les classes agricoles est donc assurément la division de la propriété foncière ». La participation « A mon avis, tout le problème à résoudre est donc celui-ci : Trouver un moyen de donner à l'ouvrier industriel comme au petit agriculteur l'espoir et les habitudes de la propriété. Deux moyens principaux se présentent (2): le premier, et celui qui au premier abord semble le plus efficace consisterait à donner à l'ouvrier un intérêt dans la fabrique. Ceci produirait pour les classes industrielles des effets semblables à ce qu'amène la division de la propriété foncière parmi la classe agricole ». Associations ouvrières et coopératives de production Evoquant les associations ouvrières, ce qui correspond aujourd’hui aux SCOP – sociétés coopératives ouvrières de production, qui ont connu à l’époque des échecs importants, il ajoute : « Je suis porté à croire cependant qu'un temps s'approche où un grand nombre d'industries pourront être conduites de cette manière. […] Je pense que dans des siècles démocratiques comme les nôtres, l'association en toutes choses doit peu à peu se substituer à l'action prépondérante de quelques individus puissants (3). L'idée des associations industrielles d'ouvriers me paraît donc devoir être féconde, mais je ne la crois pas mûre. Il faut donc, quant présent, chercher des remèdes ailleurs. Puisqu'on ne peut donner aux ouvriers un intérêt de propriétaire dans la fabrique, on peut au moins leur faciliter à l'aide des salaires qu'ils retirent de la fabrique la création d'une propriété indépendante ». Donner l’accès au monde ouvrier à la banque, notamment en créant « une banque des pauvres », fondée sur un couplage entre les monts-de-piété et les caisses d’épargne, rémunérant l’épargne des ouvriers, leur prêtant à des taux convenables, réintroduisant les bénéfices dans la création d’entreprises et d’emplois locaux au lieu de faire la richesse des rentiers de Paris. Tocqueville dénonce que le système ne fasse alors - exactement comme aujourd’hui - que d’enrichir la rente, les rentiers de paris : « La grande masse [de l’argent collecté] va se perdre dans les fonds publics et reste dans les mains du commerce et des rentiers de Paris ».[…] Et il ajoute « Les économistes et les hommes d'État de nos jours devraient tendre d'une part à améliorer la constitution des caisses d'épargne et de l'autre à créer d'autres ressources aux économies des pauvres. Les caisses d'épargne sont un excellent moyen pour faire naître chez le pauvre l'idée de faire des économies et de faire rapporter des intérêts à leurs économies.[…] Le gouvernement, au lieu de s'efforcer d'attirer autant que possible le produit des caisses d'épargne dans le Trésor et dans les fonds publics, devrait tendre de tout son pouvoir à donner, sous sa garantie, à ces petits capitaux un emploi local et qui expose le moins l'État à un recours universel et soudain ». Il faut mettre un terme à la pratique bancaire qui consiste, pour ces : « établissements à [ruiner] le pauvre afin de lui préparer un asile dans sa misère ». « En réalité, ce serait le pauvre économe ou momentanément favorisé par la fortune qui prêterait à intérêt son épargne au pauvre prodigue ou malheureux.[…] Quoi de plus simple, de plus praticable et de plus moral à la fois qu'un pareil système: les épargnes des pauvres placées de cette manière ne feraient courir aucun risque ni à l'État ni aux pauvres eux-mêmes, car il n'y a rien de plus sûr au monde qu'un placement sur gage. L'intérêt de l'argent emprunté n'étant alors employé qu'à servir l'intérêt des épargnes déposées par le pauvre, on pourrait obtenir à la fois ces deux résultats si utiles: on n'aurait plus besoin de demander un intérêt usuraire au pauvre qui emprunte sur gage et on pourrait donner un intérêt plus élevé au pauvre qui dépose son épargne ». 1 - Voir l’engagement de Kokki Annan pour une politique de cet ordre en Afrique, in Le Monde du 10 juillet 2007. 2 - Intérêt dans la fabrique. Épargne des salaires (note de Tocqueville). 3 - Une de ces scops est située dans la Manche, l’entreprise Acome de Mortain (voir le site : http://www.acome.fr/fr/index.html) et réussit si bien qu’elle est aujourd’hui un leader mondial dans sa branche et constitue, bien qu’étant une authentique SCOP, une multinationale. mémoire paup 1.pdf voir le Second Mémoire sur le paupérisme sur le site de JM Tremblay de l'Université de Laval au Québec, qui a la gentillesse d'accueillir, également, certains de mes textes : http://http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/ Voir aussi : http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/memoi... et : http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoit_jean_louis/ben...

mardi, 12 juin 2007

Mes hommages de Hollande

Hollande, il est trop ! Sarko, il était beau: La panoplie de l’homme politique français La vie politique relève plus de l’imaginaire, des passions, du maboulisme, parfois, du culte du chef - souvent – que de la raison. Ce fut là la tragédie de Tocqueville qui avait pensé qu’en faisant une science politique nouvelle, établie sur la raison, on pourrait éviter les dérives qui avaient conduit des valeurs de 1789, auxquelles il ne cessa de se référer, à la folie de la Terreur. Les derniers scrutins électoraux qui se sont déroulés en France démontrent à l’envi un comportement électoral absolument extraordinaire, validé par nos politistes et journalistes qui vantent à chaque fois l’extrême intelligence ce de notre corps électoral. L’intelligence du propos est absolument remarquable ; digne de nos éminents chroniqueurs. Qu’on ne vienne pas objecter que depuis 1986, le corps électoral français aurait couru après Le Pen, comme après un leurre qui aurait été lancé par Tonton le Flingueur ! Qu’on ne vienne pas mettre en doute la rationalité du vote de ceux qui, en 2002, ont voté Le Pen, se réservant de voter Jospin au second tour et, celui-ci ayant sombré dans les oubliettes de l’histoire et du trotskisme réunis, ont voté non pas Le Pen…mais Chirac au second tour. C’était là de l’intelligence politique à l’état pur, du grand art, comme celui du camarade du lycée qui jouait au bridge, se défaussant de ses honneurs pour faire des appels indirects (expliquait-il)! Du grand art, vous dis-je, beau ...comme du Fabius appelant à voter NON au traité constitutionnel pour obtenir le plan B, comme Blair : NON pour l’Europe, car on est contre l’Europe. C’est un très bon, Fabius, ne dites pas : « s’il fait des petits, j’en retiens un » ; il en a un, je l’ai vu à la télé, dans une de ces grandes émissions culturelles dont on admire [comme disait Victor Hugo, évoquant les cultivatrices rencontrées dans un voyage en Bretagne…] la première syllabe. L’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire, voudrait que l’on respectât nos éminents journalistes maintenant qu’on a mis à l’écart les malfaisants, la honte de la profession comme Alain Duhamel. Les autres sont d’une honnêteté, d’un professionnalisme exemplaire, celui que Jean Yann avait mis en évidence dans le prologue de : « Tout le monde… ». Ils ont évoqué dans les journaux télévisés le fait que le Président Sarkozy avait marqué un coup de fatigue au sommet du G8. Normal, il tient un tel rythme. Pas un de nos éminents journalistes n’aurait eu le mauvais goût de sous-entendre que l’illustre prédécesseur du Président eût pu, histoire de plaisanter, suggérer à Wladimir quelque idée facétieuse. Pour vous en convaincre, reportez-vous aux images télévisées, celles que vous n’avez pas vues sur les chaînes nationales : http://www.dailymotion.com/video/x27s4a_sarkozy-ivre-au-g8 et http://www.dailymotion.com/video/x27xfa_non-sarkozy-netait-pas-ivre-resume Vous verrez bien qu’il s’agit d’un photomontage mis en place par des voyous. Enfin, il faut rendre hommage à Hollande, il est trop… Hollande ! Il est vraiment trop ! Ça fleure bon le hommage de Hollande ; il n’a pas la pareille, mais il a l’appareil. Il y a du Guy Mollet dans cet homme qu’évoque si bien le propos philosophique minimaliste du grand philosophe, trop tôt enlevé à notre affection, Jean Carmet, dans ses Löse Blätter : « Parti de rien, et arrivé à rien… mais tout seul… » C’est grand, c’est très grand. Beau, parfois, mais dans un autre style, comme du Georges Marchais, luttant pied à pied avec Coluche, pour faire bouger le score de son parti de 15 points, puis bientôt de 20, grâce à la fidélité de ses successeurs qui ont pris le relais, ne varietur !. Les bons remèdes du père François Le P.S est malade ; il ne s’est pas remis du second septennat du père François Ier ; aussi a-t-on vu à son chevet les familles Purgon et Diafoirus : les famille Mélanchon-Purgon, Fabius-Purgon, Mauroy-Purgon et Aubry-Purgon, ainsi que Diafoirus-Jospin, Diafoirus-Grossecanne, Diafoirus-Peillon et Diafoirus de Montebourg et de Hollande. La quasi-totalité de ces grands médecins fut d’avis qu’il fallait user des remèdes de la sainte faculté. Le malade devant être traité dans les règles, absorber motions et congrès, synthèses et discours roboratifs : « Camarades, je m’adresse à vous, moi qui suis ouvrier, fils d’ouvrier, petit-fils d’ouvrier et ouvrier moi-même. Paysans, car je suis paysan et ne possède qu’une modeste cambuse provençale, un modestissime gourbi parisien ; d’ailleurs, pour tout vous dire : je déteste les riches ! Il faut parler vrai, le discours de la vérité, car, comme disait le grand philosophe Tchernia : ‘L’avenir est pour demain !’ Quant à la maladie de langueur du Péésse : je vous dirai, comme Toinette : ‘Cela est plaisant, et ils sont bien impertinents de vouloir que vous autres messieurs vous les guérissiez : vous n' êtes point auprès d' eux pour cela ; vous n' y êtes que pour recevoir vos pensions, et leur ordonner desremèdes ; c' est à eux à guérir s' ils peuvent’. Cela est vrai, dites-vous justement : " On n’est obligé qu’à traiter le parti dans les formes. Le parti est malade, il lui faut des remèdes de cheval : Clysterium donare,postea seignare,ensuitta purgare. Gardare statuta per facultatem praescripta, non jamais se servire de remediis aucunis quam de ceux seulement doctae facultatis et doctrina tradiotionalista maladus dust-il crevare." J’écoutais Adler, hier matin, à la radio. Ce n'est pas mon analyste préféré (surtout quand il analyse la situation actuelle ou à venir), mais il est excessivement perspicace dans l'analyste du passé, notamment en raison de sa culture politique et historique. Il disait quelque chose de très juste, qui, je crois, donne une explication de fond, en distinguant chez les socialistes français des trente dernières années une double culture. Les dirigeants actuels restent marqués quasi exclusivement par une/leur culture trotskyste et n'ont jamais admis l'autre voie, la deuxième gauche, issue du monde chrétien (qu’il mettait dans la lignée des gens d'Uriage) ; le courant Rocard, seul capable de fédérer une voie vers la sociale démocratie, avec des alliances de la gauche, du centre gauche et du centre (jusqu’en limite du centre droit). C’est ce type d'ouverture qui a permis à Rocard de gouverner 3 ans, sans utiliser le 49-3 alors qu'il ne disposait pas d'une véritable majorité. Mais de cela/ceux-là, on n’en veut pas, mon François ! On veut bien d’eux, s’ils se soumettent ; on ne leur demande, comme aux Bayrouistes, que de donner leurs voix : en liquette et la corde au cou... Pas question de faire place à cette volaille, car nous monsieur, avons des principes. Pas besoin de rénover le parti disait Jojo : le parti, c’est ça le nouveau! Effectivement, il est bien parti le Parti de Jojo. J'ai souvent pensé que si Jospin avait lu 50 pages de Tocqueville, il aurait eu l’esprit plus ouvert… Mais dans cette gauche (française) là, Monsieur; on a ses allergies; on ne lit pas ces livres-là ; l’index c’est pas pour les chiens ; il y a un dogme à respecter, une orthodoxie, celle des camarades prolétaires : Fabius, DSK, Hollande, Tutti et Quanti ! Le seul qui cite Tocqueville à gauche, c'est Cohn Bendit...mais n’est-ce pas comme un traître à la cause ; et même pas français ! Je m’arrête, cette logique est efficace, Chirac vous le dira !

vendredi, 11 mai 2007

Vive Denys tyran de Syracuse

On s’étonne de mon silence, il faut bien le temps nécessaire à la réflexion. Le résultat des élections était prévisible, faute de placer Bayrou en seconde position où il devait l’emporter, on choisissait de faire élire Sarkozy. Ces choses-là sont rudes Il faut pur les comprendre avoir fait des études… Ecrivait Hugo, dans son style si particulier. La droite s’est ressaisie, décomplexée, une droite à l’Américaine, le Fouquets, le yatch, strass et plumes comme dirait Fiona ! La démocratie est rude, parfois, souvent ; Bush, Bush encore, Sharon (que devient-il ?), Berlusconi, Blair qui a été pas mal non plus, Chirac, hier, 82% ! Denys, tyran de Syracuse avait peur de se faire trucider, même par le bon peuple ; sa confiance était telle qu’il se faisait « raser » par ses filles, avec des coquilles de noix chauffées! Aussi quelle ne fut pas sa surprise quand, traversant Syracuse, il entendit une vieille qui criait de toutes ses forces : « Vive Denys ». Il la fit venir pour s’expliquer et elle lui raconta comment, étant jeune, elle avait prié pour obtenir des dieux la mort du tyran qui régnait alors. Il mourut et fut remplacé par un pire. Nouvelles prières, nouveau décès, nouveau tyran, de pire en pire... Elle lui dit alors : « Tu es le pire de tous ceux que j’ai connus, mais je prie les dieux qu’ils te gardent en vie afin d’éviter qu’ils ne nous en envoient un pire… » Chirac, ce grand type sympa, pour lequel avant chaque élection les chaînes de télévision faisaient passer et repasser La liste de Schindler, afin que le bon peuple comprenne ce qu’il avait à faire…Ce grand type sympa a été plus souvent qu’à son tour l’ami catastrophe. Mais Mitterrand, que certains ont cru socialiste, n’a pas été mal non plus, lui aussi. Certes il a été très à l’écoute des Français, surtout de certains, ou certaines, surtout vers la fin. Alors maintenant il faut s’attendre à quoi ? Chirac ne m’a pas déçu, je n’en attendais rien (de bon) ; il a même été « moins pire » comme disent les indigènes de mon pays, indigènes dont je fais partie ; il ne nous a pas engagés en Irak. Si la même chose se reproduit, gageons que cette fois…car : « ils osent tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît ». Mais les Français ont choisi, démocratiquement. Il faut dire aussi que le PS est en chute libre depuis le second septennat de Tonton. La victoire de Jospin était inattendue (pas obligatoirement ; on pouvait l’anticiper, cela m’a valu un repas au restaurant à la suite d’un pari, alors que personne n’y croyait). Mais il n’avait pas de réelle majorité ; plus le temps avançait plus il était soutenu par la corde du pendu. Il fallait faire des arbitrages, mais il n’en était pas question. Les membres de l’appareil avaient fait la peau à Rocard pour cela. Bref leur seul souci était de savoir comment rester à la tête d’un courant, fût-ce au prix de la défaite. L’engagement de Fabius contre l’Europe reste ici exemplaire, cynique et indigne. Pendant cinq ans, Hollande n’a fait que de la tactique pour garder les choses en l’état. Lui et ses petits camarades ont même affirmé qu’ils avaient gagné les régionales alors qu’en fait c’était la droite qui les avait perdues. Faute d’une refondation, d’un aggiornamento, le PS va connaître le sort du PC, de façon moindre, mais en étant incapable de reprendre au pouvoir. Pour revenir au pouvoir, ce qui est différent, il n’y a qu’une solution qui suppose la définition d’une ligne et d’une stratégie claires (qui passe éventuellement par une scission, qui n’exclurait pas une alliance électorale), et suppose également une alliance du centre gauche à (re)fonder, d’un centre et d’un centre droit compatibles pour dégager un programme de gouvernement à travers des majorités d’idées. Faute de quoi, la droite est là pour longtemps, une droite très dure derrière les apparences paillettes et plumes dans le …comme disait Fiona à son jumeau ! Et notre bon Pape… Le voila parti prêcher l’abstinence aux Brésiliens et Brésiliennes…L’un de mes amis, bibliste, disait que l’Eglise catholique était comme le chat des dessins animés qui avance fièrement, ferme les yeux, tant il est plein d’assurance, sans s’apercevoir qu’il est au-dessus du vide… Il y a belle lurette que Tocqueville a expliqué que l’Eglise catholique était à elle-même son meilleur ennemi. Et le Pontifex Maximus s’étonne que les évangélistes taillent des croupières au catholicisme romain, mais cela ne va pas s’arrêter, c’est normal. Le christianisme va-t-il mourir ? A cette question qu’il (se) posait, Jean Delumeau (assimilant christianisme et catholicisme, vieux réflexe naturel pour un catholique qui doit s’y reprendre à deux fois pour voir qu’il y a là un abus) laissait entendre que la réponse était (est) OUI. On peut s’en réjouir ou le déplorer, il faut surtout considérer qu’à force de pratiques solitaires la hiérarchie catholique est devenue sourde et aveugle. Elle déplore la disparition de ses fidèles (8% de pratiquants réguliers seulement), alors même que 50 voir 75% de nos compatriotes demeurent habités par un fond de catholicisme avec lequel ils ne demanderaient qu’à renouer, mais voilà, l’Eglise fonce à toute vitesse…vers le passé ; elle n’est pas la seule religion à le faire ; elle se condamne elle-même. Ce qui est [le] plus dangereux […] c'est l'esprit même du catholicisme, cet esprit intraitable…[…] Le catholicisme, j'en ai bien peur, n'adoptera jamais la société nouvelle il n'oubliera jamais la position qu'il a eue dans l'ancienne…[…] Le même esprit qui a perdu la Restauration perdra toujours j'en ai bien peur, le clergé et, malheureusement avec lui, la religion, écrivait Tocqueville à Corcelle, le 15 novembre 1843.

lundi, 19 mars 2007

Dernier synode des évêques

A propos du dernier texte du dernier synode des évêques réunis autour de Benoît XVI (1)

Ce qui est [le] plus dangereux […] c'est l'esprit même du catholicisme, cet esprit intraitable…[…] Le catholicisme, j'en ai bien peur, n'adoptera jamais la société nouvelle il n'oubliera jamais la position qu'il a eue dans l'ancienne…[…] Le même esprit qui a perdu la Restauration perdra toujours j'en ai bien peur, le clergé et, malheureusement avec lui, la religion. (Lettre de Tocqueville à Corcelle, 15 novembre 1843)
Dans La démocratie en Amérique, Tocqueville, qui était agnostique, mais restait marqué par le catholicisme de son milieu et de son enfance, se penche sur le fait religieux. Il juge que dans le monde démocratique qui naît, l’Église de Rome ne devrait pas multiplier les formes dogmatiques nouvelles (le dogme de l’immaculée conception – 1854 - lui semble inutile, maladroit et regrettable). Il estime, en outre, que le catholicisme devrait distinguer ce qui relève de l’ordre de la doctrine - dogmes initiaux, fondements de la croyance qui sont naturellement intangibles - de l’insertion de cette religion dans son eccéité, dans un lieu, dans un temps. Ce que l’Église de son temps, qui condamne Lamennais, se refuse, déjà, à faire. Tout ceci, estime-t-il, augure mal de l’avenir : « Une autre vérité me paraît fort claire : c’est que les religions doivent moins se charger de pratiques extérieures dans les temps démocratiques que dans tous les autres.[…] Ceux qui sont chargés de régler la forme extérieure des religions dans les siècles démocratiques doivent bien faire attention à ces instincts naturels de l'intelligence humaine, pour ne point lutter sans nécessité contre eux. Je crois fermement à la nécessité des formes; je sais qu'elles fixent l'esprit humain dans la contemplation des vérités abstraites, et, l'aidant à les saisir fortement, les lui font embrasser avec ardeur. Je n'imagine point qu'il soit possible de maintenir une religion sans pratiques extérieures ; mais, d'une autre part, je pense que, dans les siècles où nous entrons, il serait particulièrement dangereux de les multiplier outre mesure ; qu'il faut plutôt les restreindre, et qu'on ne doit en retenir que ce qui est absolument nécessaire pour la perpétuité du dogme lui-même, qui est la substance des religions, dont le culte n'est que la forme. Une religion qui deviendrait plus minutieuse, plus inflexible et plus chargée de petites observances dans le même temps que les hommes deviennent plus égaux, se verrait bientôt réduite à une troupe de zélateurs passionnés au milieu d'une multitude incrédule » (2).(De la démocratie en Amérique, II – 1840- I, ch V.) Sacramentum caritatis Le dernier texte de Benoît XVI, Sacramentum caritatis, va à rebours non seulement des réalités le la société actuelle, mais encore, de formes mises en place par Vatican II. Le pape rappelle le caractère obligatoire du célibat des prêtres, prend ses distances par rapport aux assemblées dominicales sans prêtres (lorsque ceux-ci n’existent plus, de facto, dans un lieu) rappelle l’interdiction des sacrements pour les divorcés-remariés – qui devraient en outre vivre dans la chasteté, demande le retour au latin pour les prières fondamentales, apporte d’expresses réserves vis-à-vis des concélébrations, réaffirme l’interdiction de l’intercommunion avec des non-catholiques et demande que les gestes de paix échangés avec les voisins échappent aux « manifestations excessives… » (Voir l’article d’Henri Tincq dans Le Monde du 14 mars 2007.) L’Église et le Monde, l’Église dans le Monde L’un de mes amis, le grand bibliste Etienne Charpentier, disparu depuis vingt-cinq ans, avait coutume de comparer l’église catholique, dont il était l’un des prêtres, au chat des dessins animés qui s’avance fièrement, les yeux fermés, sans s’apercevoir qu’il est arrivé au-dessus du vide. L’élection de Benoît XVI inquiéta nombre de catholiques, pratiquants ou non, mais pas seulement. Un autre de mes amis, théologien, intellectuel de haut niveau, a conseillé à ses proches d’attendre : le long pontificat de Jean-Paul II ayant laissé en suspens nombre de dossiers considérables pour lesquels des décisions devraient être prises, touchant notamment au mariage des prêtres et/ou de l’ordination d’hommes mariés, à l’accès des divorcés aux sacrements, aux questions liées directement à la société du XXIe siècle touchant à la façon dont l’Église se positionnerait face aux questions sociétales. Une partie de ces questions viennent d’être abordées dans Sacramentum caritatis ; il semblerait que nous soyons désormais fixés, ou en voie de l’être. L’orientation actuelle ne va qu’augmenter l’écart existant entre l’Église catholique et le monde dans lequel elle vit, accélérer encore le déclin de son audience et engendrer une rupture aberrante avec la majorité de ceux qui se sentent encore catholiques, qui souhaiteraient renouer les liens avec la religion de leur famille et de leur jeunesse. Rome choisit de s’enfermer dans une forme d’autisme extratemporel ! Désormais, un Français sur deux seulement se considère comme catholique, moins d’un sur dix conserve une pratique religieuse régulière. Les uns comme les autres ne sont pas bien assurés quant aux vérités du dogme et à la croyance dans les vérités de foi. La désaffection qui touche la fille aînée de l’Eglise est également le fait des deux autres grandes nations latines catholiques : l’Italie et l’Espagne. Les raisons de cette mutation profonde des mentalités et des croyances sont multiples, j’en retiendrai deux : l’une concerne le lien de l’Église et de la politique, l’autre l’évolution des mœurs et notamment le lien avec la cathéchèse. Un passé qui ne passe pas En mars 1858, Tocqueville écrit à l’évêque de Coutances. Par trois fois en trois mois, Mgr Daniel a appelé, dans des mandements, les ouailles de son diocèse à prier pour : « L’envoyé du Très-Haut », entendons par là, Napoléon III. Tocqueville rappelle au prélat que le lien de l’Église et du pouvoir a engendré les attaques de la Révolution contre le clergé et l’Église de France, alors que l’exemple des États-Unis établit clairement que la démocratie n’est pas anti-religieuse par nature. Il le met surtout en garde : si l’Église se lie au pouvoir politique, le discrédit qui s’abat sur celui-ci, qui est immoral et anti-démocratique, l’atteindra nécessairement. La désaffection qui atteint, aujourd’hui, l’Église catholique en Italie, en Espagne et en France n’est pas sans lien avec ce cadavre dans le placard que constitue le silence sur le soutient que les trois hiérarchies religieuses de ces pays ont apporté à Mussolini, Franco et Pétain. Les silences de Pie XII ont encore toute l’éloquence du non-dit ! Dans la France de Pétain, deux évêques seulement élevèrent une protestation contre les lois antijuives…! Les mœurs C’est la femme qui fait les mœurs. (Tocqueville) La cause la plus importante de la désertion des catholiques tient évidemment à la question des mœurs et au décalage de plus en plus évident entre les exigences de l’Église et de son pontife et l’état des mœurs et des lumières des individus, d’autant moins enclins à se soumettre à des exigences archaïques dont ils savent bien qu’elles n’ont rien à voir avec le message des Évangiles. Une rupture majeure s’est produite, avec les femmes de ma génération, dans les années 70, lorsque la contraception est devenue sûre et efficace. Avant la pilule, la question demeurait latente dans la mesure où il n’existait pas de possibilité de contraception réellement aisée et immédiatement accessible à toutes les femmes. Celles-ci s’arrangeaient donc avec leur confesseur (car la confession individuelle, qui a quasiment disparu, existait encore), « curieux comme un jeune prêtre », disait-on ; les femmes plus mûres disaient à leurs filles : « ce qui se passe sous (ou sur) les draps ne regarde pas le curé ! »… Tout restait, dans l’informel, l’implicite, le non-dit. En 1968, Paul VI rédige l’encyclique Humanae Vitae, qui place, de facto, toutes les femmes, jeunes et moins jeunes, devant une alternative impossible. Lorsqu’elles en réfèrent à leur confesseur, celui-ci doit leur refuser l’absolution ; mais certains prêtres faisant preuve de davantage de bienveillance vis-à-vis de leurs paroissiennes, celles-ci ne peuvent que se demander quelle peut être la valeur d’une l’absolution contraire aux directives papales. Certaines renoncent, d’autres s’arrangent comme elles peuvent en omettant désormais ce sujet, le plus grand nombre renoncent à la confession individuelle qui tombe en désuétude et perdent en même temps la pratique régulière (2). Désormais on ne va plus à la messe qu’en quelques occasions, variables selon les milieux. La rupture de la catéchèse Dans les familles les femmes avaient une pratique religieuse plus régulière et constante que leurs maris ; elles se chargeaient en outre de la catéchèse des enfants, ou du moins de son suivi. Après l’encyclique de Paul VI et tous les textes et discours qui l’ont renforcée, elles se sont considérées comme exclues de fait, au même titre que les divorcés remariés et/ou les couples adultères…Elles s’en remirent donc aux dames catéchistes ; on connaît le résultat. Le vieil aumônier d’un hôpital auquel je présentais cette analyse, dont il admit totalement la pertinence, finit par reconnaître tristement : « oui, nous avons perdu les femmes ». Quelques mots encore, à propos de la catéchèse. Étienne Charpentier, l’un de mes amis, disparu voici vingt-cinq ans, était l’un des grands biblistes français. Il regrettait comme beaucoup l’ignorance massive des textes, singulièrement les Évangiles, chez les catholiques. Il fut l’un de ceux qui initièrent le vaste mouvement de lecture des textes qui se fit dans bien des diocèses. En remarquable pédagogue, il estimait que la catéchèse devait constituer la première rencontre des enfants avec les Évangiles. Lui et quelques autres réalisèrent une entreprise remarquable en rédigeant : Pierres vivantes, un ouvrage présentant les Évangiles et permettant une nouvelle forme de catéchèse. Il semble qu’une partie de l’Église fit preuve de méfiance, le livre fut carrément mis à l’écart par