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mercredi, 07 mai 2008
Caïn et Abel, Israël et Palestine.
2008 : soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, mais également de la Naqba qui, comme l’a souligné Edward Saïd, est le début de la tragédie historique que les Palestiniens vivent aujourd’hui encore, voire subissent de plus en plus violemment et injustement.
Et pourtant, il est quasi impossible de s’en sortir. Il faut dire que l’élection presque simultanée de Bush et Sharon constitua l’une de ces aberrations de la démocratie comme on en connut dans d’autres époques de sinistre mémoire. Lisez à ce propos : « Les Etats manqués » de Noam Chomsky,
particulièrement le chapitre « Israël-Palestine » et celui qui est consacré au « Messianisme démoniaque ». Chomsky montre, lui aussi, à sa façon, comment ceux que j’appelle les nouveaux Grands Inquisiteurs, déjà évoqués par Camus
dans son « Discours de Stockholm », inversent le Bien et le Mal qu’ils disent vouloir combattre. N'est-ce pas là, pour eux, le meilleur moyen de dissimuler qu’ils sont l’incarnation des forces du Mal, ou, le mal, tout simplement.
Regardez le bilan de huit années de bushisme, que de busheries, mais il voudrait encore bombarder l’Iran, pays qui contrairement à ce que dit notre propagande, est bien plus proche de nous en ce qui concerne les mentalités et le désir de démocratie, qu’on ne le pense…dès qu’il aura botté le cul à ces arriérés dont chaque discours de Bush renforce un pouvoir plus apparent que réel. (voyez « Persepolis » de Marjane Satrapi)

Mais il est content le Johnny Walker, à force de titiller l’Ours soviétique, il relance la course aux armements, et il a déjà réussi en partie : premier défilé militaire avec missiles sur la place Rouge les 8 mai, depuis 10 ans.
Car c’est cela que ni les Français ni les gouvernements européens ne comprennent : Bush veut avant tout relancer l’insécurité globale pour justifier :
- le surarmement des Etats-Unis (50%) de l’ensemble de tous les budgets militaires de la planète, et aussi, ceci devant justifier cela, la reprise de la course aux armements et le surarmement généralisé, d’où tous ces programmes que nous nous apprêtons à suivre…Il y a de l'argent à gagner pour Carlyle, Halliburton et leurs comparses!
- exploiter à fond toutes les sources d’énergies, saloper l’ensemble de la planète pour le plus grand profit des grandes firmes !
Revenons à nos frères ennemis du Moyen-Orient et relisons un peu le livre de la Genèse, non sans préciser que ces peuples ne sont ni l’un ni l’autre les descendants de l’un ou de l’autre, même dans toutes les dérives interprétatives qui ont été véhiculées par la suite et dont Hugo prend sa part dans « La légende des Siècles » :
« Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J'ai formé un homme avec l'aide de l'Éternel. Elle enfanta encore son frère Abel. Abel fut berger, et Caïn fut laboureur. Au bout de quelque temps, Caïn fit à l'Éternel une offrande des fruits de la terre et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu.
Et l'Éternel dit à Caïn: Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu? (…)
Comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua. L'Éternel dit à Caïn: Où est ton frère Abel? Il répondit: Je ne sais pas; suis-je le gardien de mon frère? Et Dieu dit: Qu'as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi… »
Texte intéressant et souvent cité par les commentateurs qui oublient deux des points les plus importants :
- Le Dieu de l’ancien testament est singulièrement violent et amateur de sang comme les idoles païennes et dédaigne les offrandes végétales de Caïn ; pour que les offrandes vaillent, il faut qu’elles relèvent du sacrifice « Faut qu’ça saigne ! » Car enfin quoi de plus joli que le jeune agneau ? L’agneau « pascal » qu’on va immoler…comme le Christ, dans la lecture sacrificielle du Nouveau testament, lecture insupportable comme le souligne René Girard. Y songez-vous : ce Dieu fâché contre l’humanité qu’il a créée, et qui, pour satisfaire à sa propre colère, a besoin de faire mettre à mort son fils…Passons !...


- Celui qui subit le premier la violence et l’injustice, c’est Caïn. Tous les psychanalystes, pédopsychiatres et autres le savent : la plus grande violence qu’un homme puisse faire subir à son enfant c’est de ne pas le reconnaître « je ne te reconnais pas, je ne te reconnais plus », et cette violence est telle qu’elle conduit à la mort de celui qui la subit et/ou qui la rend ; (Relisons « L’éloge de la Fuite de Laborit » revoyons son film « mon oncle d’Amérique » et, aussi, « A l’est d’Eden »).



Ceci pour dire, comme Itzhak Rabin, mis à mort par la violence sauvages des fascistes de son propre camp, chauffés à blanc par la droite « classique » qu’on ne fait la paix qu’avec son ennemi. Qu’elle survient au terme de meurtres et de combats fratricides mais aussi des discussions, de reconnaissance et de compromis.
Evidemment, lorsque le Hamas refuse de reconnaître l’existence d’Israël, il est tout aussi responsable, comme sont responsables ceux qui poursuivent les assassinats des militants avec lesquels il faut discuter, ceux qui détruisent pierre à pierre les infrastructures qui avaient été payées par des crédits européens, qui continuent l’installation de colonies de peuplement et lancent des représailles qui tuent à l’aveugle, y compris les enfants. Responsables également, et tout autant, tous ceux qui lancent des roquettes sur les villages du Sud Israëlien.
Alors il faut rendre hommage aux hommes qui tentent, malgré tout, de rendre possibles les conditions de la paix. Mais il faut entendre Jean Daniel expliquer combien tous les actes délibérés qui rendent la paix impossible lui sont une véritable douleur. Ils souffrent beaucoup aujourd’hui les combattants de la Paix, Israéliens (Barenboïm, par exemple, ou Elie Barnavi, qui fut ambassadeur à Paris), les négociateurs palestiniens qui veulent vraiment la paix.

Car la paix est possible, on en connaît même les conditions, seulement le pouvoir politique qui lance des leurres entend non pas faire la paix, ni ne pas faire la guerre, mais ne pas faire la paix.
Là est l’objectif, le seul, tout le reste n’a pour but – comme les propos de Bush – que de faire diversion…et pendant ce temps-là la busherie continue !

22:21 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : israél, palestine, bush, sharon, rabin, grand inquisiteur, moyen-orient


