mercredi, 07 mai 2008

Caïn et Abel, Israël et Palestine.

2008 : soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, mais également de la Naqba qui, comme l’a souligné Edward Saïd, est le début de la tragédie historique que les Palestiniens vivent aujourd’hui encore, voire subissent de plus en plus violemment et injustement.1311998753.jpg Et pourtant, il est quasi impossible de s’en sortir. Il faut dire que l’élection presque simultanée de Bush et Sharon constitua l’une de ces aberrations de la démocratie comme on en connut dans d’autres époques de sinistre mémoire. Lisez à ce propos : « Les Etats manqués » de Noam Chomsky, 1675829762.jpgparticulièrement le chapitre « Israël-Palestine » et celui qui est consacré au « Messianisme démoniaque ». Chomsky montre, lui aussi, à sa façon, comment ceux que j’appelle les nouveaux Grands Inquisiteurs, déjà évoqués par Camus1763588436.jpg dans son « Discours de Stockholm », inversent le Bien et le Mal qu’ils disent vouloir combattre. N'est-ce pas là, pour eux, le meilleur moyen de dissimuler qu’ils sont l’incarnation des forces du Mal, ou, le mal, tout simplement.1767420413.jpg Regardez le bilan de huit années de bushisme, que de busheries, mais il voudrait encore bombarder l’Iran, pays qui contrairement à ce que dit notre propagande, est bien plus proche de nous en ce qui concerne les mentalités et le désir de démocratie, qu’on ne le pense…dès qu’il aura botté le cul à ces arriérés dont chaque discours de Bush renforce un pouvoir plus apparent que réel. (voyez « Persepolis » de Marjane Satrapi)464450884.jpg 1102947012.jpg Mais il est content le Johnny Walker, à force de titiller l’Ours soviétique, il relance la course aux armements, et il a déjà réussi en partie : premier défilé militaire avec missiles sur la place Rouge les 8 mai, depuis 10 ans.1102947012.jpg Car c’est cela que ni les Français ni les gouvernements européens ne comprennent : Bush veut avant tout relancer l’insécurité globale pour justifier : - le surarmement des Etats-Unis (50%) de l’ensemble de tous les budgets militaires de la planète, et aussi, ceci devant justifier cela, la reprise de la course aux armements et le surarmement généralisé, d’où tous ces programmes que nous nous apprêtons à suivre…Il y a de l'argent à gagner pour Carlyle, Halliburton et leurs comparses! - exploiter à fond toutes les sources d’énergies, saloper l’ensemble de la planète pour le plus grand profit des grandes firmes ! Revenons à nos frères ennemis du Moyen-Orient et relisons un peu le livre de la Genèse, non sans préciser que ces peuples ne sont ni l’un ni l’autre les descendants de l’un ou de l’autre, même dans toutes les dérives interprétatives qui ont été véhiculées par la suite et dont Hugo prend sa part dans « La légende des Siècles » : « Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J'ai formé un homme avec l'aide de l'Éternel. Elle enfanta encore son frère Abel. Abel fut berger, et Caïn fut laboureur. Au bout de quelque temps, Caïn fit à l'Éternel une offrande des fruits de la terre et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu. Et l'Éternel dit à Caïn: Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu? (…) Comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua. L'Éternel dit à Caïn: Où est ton frère Abel? Il répondit: Je ne sais pas; suis-je le gardien de mon frère? Et Dieu dit: Qu'as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi… » Texte intéressant et souvent cité par les commentateurs qui oublient deux des points les plus importants : - Le Dieu de l’ancien testament est singulièrement violent et amateur de sang comme les idoles païennes et dédaigne les offrandes végétales de Caïn ; pour que les offrandes vaillent, il faut qu’elles relèvent du sacrifice « Faut qu’ça saigne ! » Car enfin quoi de plus joli que le jeune agneau ? L’agneau « pascal » qu’on va immoler…comme le Christ, dans la lecture sacrificielle du Nouveau testament, lecture insupportable comme le souligne René Girard. Y songez-vous : ce Dieu fâché contre l’humanité qu’il a créée, et qui, pour satisfaire à sa propre colère, a besoin de faire mettre à mort son fils…Passons !...

1880707093.jpg
934881989.jpg - Celui qui subit le premier la violence et l’injustice, c’est Caïn. Tous les psychanalystes, pédopsychiatres et autres le savent : la plus grande violence qu’un homme puisse faire subir à son enfant c’est de ne pas le reconnaître « je ne te reconnais pas, je ne te reconnais plus », et cette violence est telle qu’elle conduit à la mort de celui qui la subit et/ou qui la rend ; (Relisons « L’éloge de la Fuite de Laborit » revoyons son film « mon oncle d’Amérique » et, aussi, « A l’est d’Eden »).749595590.jpg1796051222.jpg
1921277921.jpg
Ceci pour dire, comme Itzhak Rabin, mis à mort par la violence sauvages des fascistes de son propre camp, chauffés à blanc par la droite « classique » qu’on ne fait la paix qu’avec son ennemi. Qu’elle survient au terme de meurtres et de combats fratricides mais aussi des discussions, de reconnaissance et de compromis. Evidemment, lorsque le Hamas refuse de reconnaître l’existence d’Israël, il est tout aussi responsable, comme sont responsables ceux qui poursuivent les assassinats des militants avec lesquels il faut discuter, ceux qui détruisent pierre à pierre les infrastructures qui avaient été payées par des crédits européens, qui continuent l’installation de colonies de peuplement et lancent des représailles qui tuent à l’aveugle, y compris les enfants. Responsables également, et tout autant, tous ceux qui lancent des roquettes sur les villages du Sud Israëlien. Alors il faut rendre hommage aux hommes qui tentent, malgré tout, de rendre possibles les conditions de la paix. Mais il faut entendre Jean Daniel expliquer combien tous les actes délibérés qui rendent la paix impossible lui sont une véritable douleur. Ils souffrent beaucoup aujourd’hui les combattants de la Paix, Israéliens (Barenboïm, par exemple, ou Elie Barnavi, qui fut ambassadeur à Paris), les négociateurs palestiniens qui veulent vraiment la paix.604893242.jpg Car la paix est possible, on en connaît même les conditions, seulement le pouvoir politique qui lance des leurres entend non pas faire la paix, ni ne pas faire la guerre, mais ne pas faire la paix. Là est l’objectif, le seul, tout le reste n’a pour but – comme les propos de Bush – que de faire diversion…et pendant ce temps-là la busherie continue ! 830786506.jpg

samedi, 15 décembre 2007

Il est parti Kadhafi, nos médias et politiques ont atteint le summum de la connerie, une fois encore, once more time

0b1d6199bdf4c1f08cbbe9766bf24966.jpgTout d’abord quelques mots de Védrine qui n’est tant point sot, qui est même le seul, ou à peu près, à avoir en France une idée d’une politique internationale globale, mais ce midi François Heisbourg, Jean-Claude Casanova 0cc4e68b5b27b5fd2a664cb1b8fd0685.jpget Colombani et ne disaient pas vraiment autre chose.L'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine a refusé lundi de critiquer "le principe de la visite" du dirigeant libyen Moammar Kadhafi à Paris, demandant d'abord à "voir" ce que cela peut apporter "d'utile" à la France. "Je ne critique pas le principe de la visite", a-t-il déclaré sur LCI, précisant qu'"après, il faut voir dans le détail le ton et les propos, ce qui est dit de part et d'autre, et ce que ça peut entraîner d'utile". L'ancien ministre de François Mitterrand a estimé que "des visites comme ça se jugent au résultat aussi, au résultat immédiat et au résultat lointain." "Je crois que les interdictions de principe sont absurdes sur le plan de nos intérêts et même de nos idées", a-t-il ajouté, soulignant qu'une rencontre avec le chef d'Etat libyen était "en soi (...) plus commode à gérer quand (elle) est ailleurs, comme quand François Mitterrand était allé le rencontrer en Crète". "Personnellement je ne suis pas sur la ligne selon laquelle les Occidentaux ne devraient parler qu'à ceux qui partagent leur valeurs, sinon les Américains n'auraient jamais négocié avec les Soviétiques, (Henry) Kissinger n'aurait pas fait de retournement d'alliance avec les Chinois", a-t-il conclu. Qui a peur de Virginia Woolf.454cbeb121481da476e1b37db1673410.jpg Nos journalistes, nos médias et une partie de nos hommes politiques se sont fait plaisir . Voyons vous êtes complètement abruti, votre femme hystérique, ou l’inverse, et vous invitez des amis, qui n’en sont pas vraiment mais vous vous faites plaisir, vous leur faites une gigantesque crise de delirium, pas grave, quelque chose de tremens comme dit l’autre. Et alors là vous vous payez les invités : "Ginette n’aurait pas dû vous inviter, moi je suis franc, vous êtes un nul". "Moi, Monsieur Popol je suis très franche : vous n’êtes pas mon type, j’aime pas les Bidochons". "Tais-toi Ginette tu es une bique". Et puis les interviews, et notre Pujadas, là il n’interrogeait pas Jacqounet, alors plein pot, avec ses petits yeux rapprochés qui en disent long sur sa largeur d’esprit qui est la même que celle de Georgie Bush, on croirait qu’il avait fait un pari avec Nicolas Demeuré qui officie sur Inter le matin. Insupportable… Je ne suis pas un admirateur de Sarko, loin de là, ni de sa politique, ni un fan de Kadhafi, seulement il avait choisi d’agir ainsi. Les défenseurs des droits de l’homme ont le droit de ne pas être d’accord, les politiques également, mais à partir du moment où la France le reçoit, on ne doit pas se comporter comme des pignoufs. Que faire : Ces messieurs de la politique et des médias qui partagent les mêmes maîtresses, les mêmes hôtels et les mêmes avions n’avaient qu’à annoncer, s’ils le souhaitaient, qu’ils n’étaient pas d’accord (est-ce le rôle des journalistes, ou sont-ils là pour informer). Ils devaient dire ensuite qu’il feraient, si tel était leur souhait, le service minimum : relayer le plus brièvement et de la façon la plus neutre, en disant qu’ensuite, ils ouvriraient un débat, sur les antennes, à l’Assemblée. Le PS a sauté sur l’occasion comme la vérole sur le bas-clergé breton, parce qu’il n’a rien à dire, ne comprend rien, aurait donné un exemple de retenue de sagesse, si son porte parole était monté à la tribune pour dire une phrase, une phrase seulement. De quoi avons-nous l’air ? Qu’est-ce que ce ministres des Affaires étrangères qui se tire. Et leurs commentaires à tous : un concours de nullité. - Il était là pourquoi Kadhafi ? - Parce qu’il était invité. - Par qui ? - Le Président. - Pourquoi ? - Pour signer des contrats….- Alors c’est vrai, il y a la réalpolitique et les principes des droits de l’homme, ça pose problème…. Et chacun a le droit de défendre et privilégier la défense des droits de l'homme, de ne pas aller voir Kadhafi, de refuser qu'on le reçoive. Mais c'est une chose; les médias, c'est une autre chose, ils ont leurs responsabilités et ils pouvaient ne rien dire ou n'assyrer que le service minimum. Rappelons-nous : Rabin, Itzhac Rabin, avant d’être tué par l’un de ces fanatiques de chez lui, chauffé à blanc par la droite « normale » de son pays, parce qu’il partait pour faire la paix, expliquait qu’on discute avec ceux qui ne sont pas d’accord, ceux qui n’ont pas les mêmes idées ou conceptions. 6809bfbff61e46cb42f99c9a96a864c0.jpg Ceci ne veut absolument pas dire que Kadhafi ait raison, mais quand il se défend en nous demandant de respecter les droits de l’homme pour nos immigrés, on répond quoi ? Ne sommes nous le pays de la démocratie ? Mais j’ai expliqué, ici même, que depuis 30 ans les élites autoproclamées qui se partagent tous les emplois, tous les pouvoirs politiques et économiques ont créé une Nomenklatura impénétrable. La France est devenue en trente ans un pays de castes, un système de castes. Il n’existe plus de mobilité sociale, les solidarités ne sont plus qu’horizontales : les amis de Neuilly au Fouquets, les gens des quartiers-ghettos dans les quartiers-ghettos, les exclus dans la rue. Sous les tentes ; non plus de tentes dit Mme la ministre. Mais ceci, cette rupture, cette immobilité, cette glaciation sociale et sociétale, je ne suis pas le seul à la signaler/dénoncer. Bébéar, l’ancien patron d’Axa, Gandois, l’ancien patron des patrons le disent. Voici 30 ans il y avait entre 25 et 33% d’enfants de familles modestes dans les plus grandes écoles, mais "nous autres grands médecins avons changé tout cela ». Ils sont passés à 20, 15, 10, 6 puis 1% aujourd’hui (dernier rapport de Michel Albert, ancien commissaire au plan). Et ceci donne l’allure générale/globale de notre pseudo-démocratie. Plus de contrat social, plus de nouvelle société. Les syndiqués sont passés de plus de 25% à moins de 8%. Mais les syndicats ne veulent surtout pas qu’on fasse le nécessaire pour que la quasi-totalité des employés/ouvriers soient syndiqués – au syndicat de leur choix -. Du moment qu’il se défendent, eux. Tant pis pour les usagers, les érémistes qui doivent aller au boulot. Tant pis si les syndicats ne s’autofinancent qu’à 20%. Le reste, c’est l’Etat, les patrons, voire des "mainmises occultes" – comme dit l’autre – sur les financements ! Cela ne vous semble pas étrange, indéfendable ? Revenons à notre Nomenklatura : ces messieurs de la famille, comme on dit chez cosa nostra, occupent 99% des places dans les plus grandes écoles, et savez vous, ma bonne, comme disait la Marquise à sa fille, que les étudiants des Grandes écoles représentent 4% du total des étudiants et 30% du budget de l’enseignement supérieur ! C’est-y pas beau et démocratique tout cela ? Il faut que les pauvres soient très très pauvres pour que les riches puissent être très très riches ! Telle est notre démocratie. C’est-y pas de la démocratie ça ! D’ailleurs on vote ! Et puis, depuis 30 ans, la droite et la gauche n’ont-elles pas été au pouvoir aussi longtemps ? Mais il y a Besancenot et Arlette, il faut pétitionner pour qu’elle se représente la prochaine fois, avec Jean-Marie. Ils ont été très efficaces : ils ont fait élire Jacquounet avec 82% des voix, J’espère qu’il leur a envoyé des nougats tous les 21 avril ! Mais les gens votent, et notre intelligence politique n’est-elle pas la meilleure du monde, tous les organes spécialisés le disent et redisent. L’exemple vient des plus hauts conseillers, j’ai appris l’autre jour que le conseiller Guano avait voté non a referendum européen ; maintenant il est pour le oui, contre le referendum (vaut mieux !) En plus les citoyens affûtent leurs analyses politiques en regardant TF1. Ca vous forme un homme, ça, et les matchs du PSG, et Le maillon faible, et La Ferme, et La méthode Coué…après ça vous pouvez aller voter. Ensuite, écoutez nos si brillants commentateurs, regardez nos interviewers que le monde entier nous envie… Alors là, mon brave vous pouvez relire tous les shitpapers écrits depuis une semaine, et vous verrez un festival : « on a posé la bonne problématique, mis la cerise sur le gâteau, aux quatre coins de l’hexagone. Certes, le char de l’Etat navigue sur un volcan, mais, si nous avons trouvé le pays au bord du gouffre, nous lui avons fait faire un grand pas en avant ! » Déjà, Jacquounet, dans sa campagne de 95, avait prévenu : « Monsieur Jospin, et le déficit de l’Etat, vous n’y pensez pas ! 500 milliards ! » et là-dessus, Chichi a été élu et son efficacité a été remarquable, quand il a quitté le pouvoir, le déficit était de 1150 milliards ! déficit de la France.xls Enfin Sarko vint. Pour relancer, il faut montrer qu’on a de l’argent ! Le paquet fiscal ! Journalistes et politiques disent : « on peut plus rien faire, y a pus d’sous, il a tout dépensé ! » Faites erreur mes braves : cet argent n’existait pas ! Question à 2 sous : Quel est le montant du déficit de la France aujourd’hui ? Je vous le répète : nous sommes les meilleurs et les plus modestes.

jeudi, 21 juin 2007

Éloge de la fuite, mon Gaillard...

Éloge de la fuite , c’est le titre d’un livre remarquable d’Henri Laborit ; celui auquel on doit le scénario et le texte du film : « Mon Oncle d’Amérique », dont le leitmotiv est au fond : « Nous sommes faits comme des rats », au sens premier de l’expression. Son propos est simple : la vie des mammifères que nous sommes nous confronte à des situations de stress et d’agression. Devant l’agression trois réponses seulement sont possibles : la riposte agressive – le rat s’attaque à son tour à son agresseur -, l’auto-gression – celui qui est attaqué retourne l’attaque, l’agression, sur lui-même, et développe un ulcère, un cancer, met fin à ses jours consciemment, par le suicide, ou inconsciemment, par l’accident – ou la fuite. Courage fuyons ; si ce n’est du courage – encore que…- c’est au moins l’intelligence de la survie. On échappe ainsi à l’agressivité ou à la connerie ambiantes ; inutile de discuter avec les imbéciles, ils ne vous lâcheront pas. Fuir la connerie ambiante et/ou éteindre la télé. Le problème, c’est aujourd’hui, pour les Palestiniens, de pouvoir fuir leur enfer. Château Gaillard : une recette exemplaire qui fait des petits ; c’est avec les vieilles recettes qu’on fait la bonne soupe ! En août 1203, Philippe-Auguste attaque le duché de Normandie et assiège le verrou stratégique de Château Gaillard. En décembre, les assiégés chassent vieillards, femmes et enfants qui s’étaient réfugiés au château. Les assiégeants refusèrent de les laisser passer : ils moururent donc de faim entre les lignes de défense des anglo-normands et celles des Français ! - C’était hier, en des temps barbares ! - Vous croyez ? Aujourd’hui on peut lire, dans Le Monde : "Au plus fort des combats entre le Hamas et le Fatah, 700 candidats à l'exil se sont bousculés devant Erez", Les autorités israéliennes ont laissé passer les ressortissants étrangers, mais les Palestiniens, hommes, femmes et enfants, ont été refoulés. "Les plus motivés se sont installés dans le 'couloir de la mort' (un long corridor qu'empruntent habituellement les Palestiniens autorisés à se rendre en Israël) dans l'attente d'un miracle". Lorsque des islamistes ont tiré sur les "traîtres", Tsahal a mis 20 heures à autoriser les 6 blessés graves a être évacués ; les autres sont restés étendus au soleil, "malgré leurs blessures et leurs supplications". L'éditorial d'Haaretz, citant la Torah, supplie le gouvernement : "Ouvrez les portes immédiatement", d'autant que l'argument de Tsahal - qui craint que ne se cachent des terroristes au sein des réfugiés - fut aussi utilisé pour interdire aux juifs de fuir l'Holocauste. Yediot note que le ministre de la défense autorise Tsahal à soigner les blessés, mais leur refuse le droit de passage, arguant que leur sort dépend de l'Autorité palestinienne, pas de l'État d'Israël".Le couloir de la mort ! L’expression est parlante. N’est-ce pas là une nouvelle forme de guerre préventive à la Bush, la « Busherie » ? Pourquoi laisser passer ces femmes qui donnent le sein à un nourrisson ? Plus tard ne sera-t-il pas un militant ; le laisser mourir tout de suite, c’est peut-être éviter un attentat plus tard ! Et puis c’est tellement biblique tout cela ! « Les parents ont mangé les raisins verts, les enfants ont les dents agacées »… Cet enfant, c’est sans doute un terroriste ; cette femme usée par l’âge et les privations aussi…Belle logique que cette logique-là qu’on a déjà connue entre d’autres temps pas si éloignés ! Le juste assassiné Isaac Rabin expliquait qu’on fait la paix avec ses ennemis ; la paix a un prix, la guerre aussi, la mort aussi, on choisit. Manifestement dans cette région du monde le problème est celui du déni du droit à l’existence. Le monde arabe refusait de reconnaître le droit à l’existence de l’État d’Israel, mais le gouvernement israélien refuse aujourd’hui le droit à l’existence d’un État palestinien viable ; qu’est-donc sinon refuser aux Palestiniens le droit d’exister vraiment, de vivre, tout simplement. J’écoutais hier les propos des chrétiens étatsuniens sionnistes ; oui ça existe ! Ils dénient véritablement aux Palestiniens le droit à l’existence, comme autrefois leurs ancêtres le faisaient à l’égard des Indiens ; leurs propos ne sont pas d’une autre nature que ceux du général Sheridan dans les années 1870. Vivre, c’est pouvoir bouger, partir, échanger. L’union européenne avait entrepris de construire un port et un aéroport à Gaza, que Sharon a fait détruire systématiquement. La bande de Gaza est devenue une prison à ciel ouvert, un ghetto. La Cisjordanie est démantelée, morcelée par les colonies, les routes, les implantations israéliennes. Tout est fait pour que les habitants ne puissent y vivre en paix. Revenons-en à Laborit Quand on met deux rats dans un sac, ils se battent jusqu’à ce que mort s’en suive. Mettre deux peuples sur le même territoire de Palestine c’était une défausse malhonnête des grandes nations, pour donner des garanties au peuple juif en raison des souffrances de la Shoah. L’État juif avait été supprimé par les Romains après Massada, en 73 après Jésus-Christ ! Mais les Juifs affirment que c’est le pays qui leur a été donné par Dieu !Que répondre à cela ? Beau titre de propriété ! Et ceux qui habitaient le pays ; n’auraient-ils donc que le droit de mourir ? Rabin est mort victime d’un fanatique enflammé par les propos de haine de la droite israélienne qui appelait à son élimination. Sharon porte une part importante du déclanchement de la seconde Intifada ; Arafat porte une responsabilité au moins aussi grande de n’avoir pas répondu positivement aux propositions courageuses de Barak ! Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Sharon a entrepris la construction du mur ; choix peut-être maladroit - qui peut se comprendre - mais ne saurait être acceptable que s’il se faisait sans multiplier les destructions et les spoliations des biens et des maisons qui appartiennent aux Palestiniens. Choix de toute façon intenable dans la durée, comme la muraille de Chine et le mur de Berlin… Lui et ses proches ont fait la politique du pire, qui est toujours la pire des politiques. La paix ne peut se faire que par des négociations et non par des décisions unilatérales. Ils ont volontairement joué le Hamas contre le Fatah ! C’est gagné ! Juifs et Américains en ont appelé à des élections démocratiques puis refusé de nouer tout contact avec le Hamas après sa victoire électorale. Ils ont joué le pourrissement et ce qui se passe était inéluctable : deux rats dans un sac, deux factions sur un même territoire ne peuvent conduire qu’à un affrontement mortel. Je t’échange ta veste contre ton pantalon Quant à jouer maintenant la carte du Fatah en Cisjordanie, c’est une illusion. Quelle sera sa légitimité ? Elle sera nulle ? Israël se dit prêt à des concessions ; il n’y a pas de concessions possibles vis-à-vis d’un peuple auquel on a pris son pays. La seule solution serait de rendre au peuple palestinien outre Gaza, l’intégralité de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est et de reconstruire toutes les infrastructures que l’Europe était en train de mettre en place. Mais la violence… La situation qui est actuellement faite au peuple palestinien est d’une violence absolue. Que peut-il faire ? Riposter ?...Mais il est tenu à la gorge et ne peut rien faire ; il ne peut plus que tenter de lancer des roquettes, ou reporter la violence sur lui-même comme il vient de le faire. Les Israéliens et les Palestiniens ont le droit de vivre, d’avoir, chacun, un État viable, faute de quoi la paix ne s’installera jamais ; dans ces conditions quelle pourrait être, à terme, la légitimité d’Israël ? En attendant, j’aimerais savoir ce que les Suisses, qui ont accueilli des Juifs fuyant l’Allemagne nazie pensent de la situation faite actuellement aux Palestiniens qui veulent fuir Gaza ? Qu’en pensent les Justes, encore vivants, qui ont, au péril de leur vie, recueilli des Juifs sous l’occupation, qui ont aidé les adultes à fuir, élevé les enfants ? Qu’attendent-ils pour dénoncer, en tant que survivants, sauvés par des Justes, pour dénoncer une pratique innommable pour un pays et un peuple civilisés ? Comment ne pas redire ici, en terminant, mon admiration pour l’un des plus grand s intellectuels du moment , George Steiner pour lequel le nationalisme est peut-être une maladie incurable de tous les peuples et qui affirme hautement, en tant que Juif, que le peuple juif est le seul peuple qui ne puisse se permettre d’y succomber.