lundi, 12 mai 2008
Un pouvoir singulier Un singulier Pouvoir
10 mai, journée pour une célébration de la mémoire de l’esclavage et de la mémoire de l’abolition. Décision prise par Jacques Chirac en 2006, initiative juste, chacun en convient même si certains eussent préféré une autre date, par exemple de l’anniversaire de la loi Schœlcher, par exemple.
Le président vient encore de se prononcer sur ce sujet pour que ceci fasse l’objet d’un enseignement dans le primaire. Pourquoi pas, ou bien sûr…Rappelons malgré tout qu’il faudra bien tenir les programmes au moment même où on diminue le volume horaire.
Rappelons également que l’école et le collège voient se multiplier depuis des lustres des missions différentes, qui ne lui incombent pas obligatoirement de par sa nature et sa fonction mêmes. On a vu ainsi la prévention routière et la sécurité routière imposer chacune son intervention et son influence par l’intermédiaire de l’école…
Bref il y a là bien des domaines et des missions à définir. C’est une philosophie de l’école qui est en question et cela mérite discussion.
Les historiens sont très critiques sur la lecture, la pratique et l’instrumentalisation sarkozienne de l’histoire.
Puisqu’on aime bien citer à temps et contretemps Tocqueville dans les allées du pouvoir, qu’on relise donc ce texte remarquable :
« Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même ?
Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c'est la justice.
La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple.
Une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d'appliquer la justice qui est sa loi. Le jury, qui représente la société, doit-il avoir plus de puissance que la société elle-même dont il applique les lois ?
Quand donc je refuse d'obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j'en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain ».
Tocqueville établit ici la distinction essentielle, qu’Hannah Arendt développé dans La désobéissance civile (In Du mensonge à la violence, Agora Pocket, pp. 53-104) dans la vie courante je suis contraint d’obéir et j’obéis aux lois de l’Etat dans lequel je vis, et je puis aller vivre ailleurs si celles-ci ne me conviennent pas ! Mais le souverain , l’Etat, la volonté générale peuvent aller contre les lois de l’humanité, voter des lois iniques, alors j’ai non seulement le droit mais le devoir de désobéir, d’en appeler à la face du monde de ces lois évidemment « légales », puisque tout despote trouve un juriste pour les rédiger et une assemblée, démocratique ou non pour les voter : « dans tous les pays civilisés, à côté d’un despote qui commande, se rencontre presque toujours un légiste qui régularise et coordonne les volontés arbitraires et incohérentes du premier ».
Mais ces lois « légales » sont illégitimes au nom des valeurs universelles, celles du christianisme comme celles des principes des Lumières.
14:37 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, pétain, tocqueville, de la démocratie en amérique, amouroux, hanah, arendt


