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lundi, 12 mai 2008

Un pouvoir singulier Un singulier Pouvoir

10 mai, journée pour une célébration de la mémoire de l’esclavage et de la mémoire de l’abolition. Décision prise par Jacques Chirac en 2006, initiative juste, chacun en convient même si certains eussent préféré une autre date, par exemple de l’anniversaire de la loi Schœlcher, par exemple.1345654575.jpg
Le président vient encore de se prononcer sur ce sujet pour que ceci fasse l’objet d’un enseignement dans le primaire. Pourquoi pas, ou bien sûr…Rappelons malgré tout qu’il faudra bien tenir les programmes au moment même où on diminue le volume horaire.
Rappelons également que l’école et le collège voient se multiplier depuis des lustres des missions différentes, qui ne lui incombent pas obligatoirement de par sa nature et sa fonction mêmes. On a vu ainsi la prévention routière et la sécurité routière imposer chacune son intervention et son influence par l’intermédiaire de l’école…

Bref il y a là bien des domaines et des missions à définir. C’est une philosophie de l’école qui est en question et cela mérite discussion.
Les historiens sont très critiques sur la lecture, la pratique et l’instrumentalisation sarkozienne de l’histoire.
Beaucoup de Français ont fort critiqué le livre, ou au moins le titre du volume II d’Henri Amouroux : juin 40 juin 41, 40 millions de pétainistes ; est-il plus sage d’affirmer que la France, la seule, la vraie, c’est celle de la Résistance…

D’autant plus que le même pouvoir fait une chasse aux sans papiers stupide et inhumaine.

Que la France ne puisse accueillir toute la misère du monde, chacun en convient. Que les étrangers en situation irrégulière qui multiplient les délits, que ceux qui sont des délinquants notoires : proxénètes, trafiquants notoires de drogues ou d’être humains soient chassés et interdits de retour, quoi de plus juste.

Qu’on renvoie, ou tente de renvoyer sans pitié ni distinction des personnes qui suivent des traitements lourds dont ils ne peuvent bénéficier chez eux, c’est inhumain ! Qu’on renvoie de travailleurs qui font tourner des pans entiers de l’économie, dans le bâtiment et la restauration, c’est une injustice d’une stupidité crasse !

La France a, pour cette raison, et bien d’autres, cessé d’être attractive. Les cadres de haut niveau mariés à des étrangers hors communauté s’installent en Belgique ou en Suisse. Les universités américaines font le plein d’étudiants de talent de tous pays, ce n’es plus le cas de la France qui dissuade les meilleurs volontés !

Pire, ceux qui ont coûté le plus cher aux finances nationales n’ont plus qu’une idée, partir aux Etats-Unis, ou en Angleterre : un gâchis, parfois une trahison.

Dans le même temps où on affirme, à juste titre, la nécessité de développer la recherche, on se refuse à leur donner des postes convenables, et ceux-là n’ont d’autre choix que de quitter un pays si ingrat et stupide qui n’est généreux que pour las amis du pouvoir.

Rappelons, pour en revenir à notre point de départ, que sous l’occupation il y eut des milliers de justes, appartenant à touts les catégories sociales, qui ont caché des Juifs et d’autres personnes recherchées, contre la volonté d’un pouvoir singulier qui collaborait avec les pratiques inhumaines de l’occupant Nazi.

Et eux aussi, ils ont refusé d’obéir à la loi, conscients qu’il existe un devoir de résistance, une nécessité de transgresser une loi qui, par définition, est légale – puisque, comme l’écrivait Tocqueville, le despote trouve toujours un juriste pour donner forme à ses dérives, les lois antijuives de Pétain, par exemple -. Les lois sont dans ce cas illégitimes.1914533631.jpg
Puisqu’on aime bien citer à temps et contretemps Tocqueville dans les allées du pouvoir, qu’on relise donc ce texte remarquable :

« Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même ?
Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c'est la justice.
La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple.
Une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d'appliquer la justice qui est sa loi. Le jury, qui représente la société, doit-il avoir plus de puissance que la société elle-même dont il applique les lois ?
Quand donc je refuse d'obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j'en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain
».1451799833.jpg

Tocqueville établit ici la distinction essentielle, qu’Hannah Arendt développé dans La désobéissance civile (In Du mensonge à la violence, Agora Pocket, pp. 53-104) dans la vie courante je suis contraint d’obéir et j’obéis aux lois de l’Etat dans lequel je vis, et je puis aller vivre ailleurs si celles-ci ne me conviennent pas ! Mais le souverain , l’Etat, la volonté générale peuvent aller contre les lois de l’humanité, voter des lois iniques, alors j’ai non seulement le droit mais le devoir de désobéir, d’en appeler à la face du monde de ces lois évidemment « légales », puisque tout despote trouve un juriste pour les rédiger et une assemblée, démocratique ou non pour les voter : « dans tous les pays civilisés, à côté d’un despote qui commande, se rencontre presque toujours un légiste qui régularise et coordonne les volontés arbitraires et incohérentes du premier ».

Mais ces lois « légales » sont illégitimes au nom des valeurs universelles, celles du christianisme comme celles des principes des Lumières.370871522.jpg

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